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03/11/2008

La charia islamique écarte le piège de la finance virtuelle

Je livre au lecteur de ce blog la texte qui a été publié le 30 octobre 2008 dans la Tribune de Genève, à la page Opinions.

Depuis le début de cette crise, on a pu constater chez les observateurs internationaux une tendance à relever les bienfaits de la finance islamique.

Dans la revue Challenges (No 135, septembre 2008), Vincent Beaufils n’hésite pas à déclarer : “ Si nos banquiers, avides de rentabilité sur fonds propres, avaient respecté un tant soit peu la charia, nous n’en serions pas là. Il ne faut pourtant pas voir la finance islamique comme un exercice de troc moyenâgeux, car les pays du Golfe nous ont montré combien leur mentalité entrepreneuriale savait épouser le XXI e siècle. Simplement, leurs banquiers ne transigent pas sur un principe sacré : l’argent ne doit pas produire de l’argent. La traduction de cet engagement est simple : tout crédit doit avoir en face un actif bien identifié (….). Si les banques du Golf sont sorties indemnes de la crise du subprime, c’est qu’elles n’y sont pas entrées. ” Et l’auteur de ces lignes de renchérir en soulignant qu’en appliquant l’éthique musulmane, le surendettement des personnes physiques est de facto écarté.

Jean- Noël Cuénod, dans la Tribune de Genève du 2 octobre 2008, abonde dans le même sens, lorsqu’il suggère que la crise financière est avant tout une crise de foi. Il note : “ Les confessions issues d’Abraham se sont tout particulièrement attachées à encadrer la puissance financière. “ Croyants ! Ne pratiquez pas l’usure, doublant ainsi vos profits ”, ordonne le Coran (3 ; 130). Sur ce sage précepte, les banques musulmanes ont édifié un système de prêts et de financement original. ” Et de conclure que la reconstruction de la finance internationale devrait nécessairement passer par une réactivation de la morale, qui elle-même se fonde sur la transcendance.

Toute la presse et les médias témoignent du drame que vivent les victimes d’un système bancaire impitoyable. Ceux à qui l’on a annoncé qu’ils ont tout perdu, et les 700 000 foyers qui, Outre-Atlantique, se sont retrouvés à la rue. Cette crise mondiale révèle que le système capitaliste, lorsqu’il s’écarte de l’économie réelle, finit par tomber dans le piège de la finance virtuelle.

Or, que dit l’islam en ses sources ?

Premier principe : on ne peut vendre un produit inexistant ou dont la description n’est pas donnée avec précision, le Prophète Muhammad ayant interdit la vente dite à risque.

Deuxième principe : seul le bien acquis peut être vendu, le Prophète ayant dit : “ Ne vends pas ce que tu ne possèdes pas ”. Toute ambiguïté préjudiciable à la réalisation équitable des marchés est ainsi écartée.

Troisième principe : on ne peut vendre une dette par une dette, ce qui équivaut à céder “ rien pour rien ”. Retenons un exemple original donné par les juristes : Quelqu’un vous doit un mouton à échéance déterminée. Le moment venu, il est incapable de s’acquitter de son obligation. Il vous dit alors : Vendez-moi ce mouton pour telle somme à crédit. Un tel marché est illégal.

Quatrième principe : l’usure est dénoncée comme étant une pratique immorale. La vente à intérêt, à l’origine d’endettements exorbitants, est bannie en islam.

Toute personne qui analyse objectivement ces principes sera convaincue de l’originalité et de l’actualité de la charia. C’est pourquoi, il faut le dire et le répéter sans détour : l’humanité gagnerait à mettre en pratique les principes de la Loi révélée. Sans elle, même dans la grande Amérique, même dans l’Europe des Lumières, l’homme devient un loup pour l’homme.

 

 

 

 

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Commentaires

Bonjour,
Permettez-moi de remettre en cause l'originalité de ces principes.
Il existe quasiment les mêmes préceptes dans la Bible!
Et certainement également, les mêmes principes peuvent se retrouver dans d'autres cultures et d'autres systèmes de valeurs (genre Indiens d'Amérique du Nord ou peuplades d'Asie ou d'Afrique encore pas trop polluées par l'avidité...)

Je doute également que les pays qui appliquent la charia aujourd'hui aient un système bancaire et financier si différent du nôtre!

Écrit par : Olegna | 03/11/2008

La création du corps d'armée janissaire répond aux ambiguïtés concernant l'application de la charia et les réalités de la conquête ottomane amorcée sous Orhan.

Charia ? Non, merci !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 04/11/2008

Sans doute la charia islamique a ses preceptes économiques, comme toutes les religions, mais vouloir nous faire croire que les institutions financières ,bancaires et commerciales des pays islamiques sont en dehors de la logique du capital tient du délire, de la propagande simpliste. Expliquez-nous pourquoi donc le Kuwait Investment Authority avec des banques de Sigapour vient, il y'a 2 semaines a peine, de sauver le Citigroup et s'aprete a acheter d'autres institutions du meme genre ?

Écrit par : Caton | 05/11/2008

En plus du Kuwait Investiment group le prince saudite Alwaleed bin Talal vient d’annoncer l’augmentation de sa participation (de 4 a 5%) dans le sauvetage du Citigroup américain. La banque a également annoncé la suppression de 52'000 postes de travail en 2009.
Je suppose que le prince a bien identifié l'actif du Citigroup avant de donner son crédit. On ne transigent pas sur un principe sacré, n'est-ce pas ? Mais je me demande comment notre prince a pu voir des actifs ou il n'y avait que des dettes toxiques pour employer le nouveau vocable, au point que dans les dernieres semaines le gouv. américain vient d'injecter 25 milliards dans le même groupe.
Surement dans les textes sacrés la charia islamique écarte le piège de la finance virtuelle mais dans la realité tout court les finances n'ecartent nullement la participation de la charia dans leurs affaires, surtout si c'est elle qui le demande. Sacré prince, qui a si vite conpris que "la reconstruction de la finance internationale devrait nécessairement passer par une réactivation de la morale, qui elle-même se fonde sur la transcendance", heureusement que les finances ont encore de tels visionnaires !
Il faut quand meme dire que les américains ne lui vend pas de la camelote, depuis toujours ils ont un parfait système d'étiquettage respectant ainsi le premier principe des sources de l'Islam en la matiére, c'est a dire "on ne peut vendre un produit inexistant ou dont la description n’est pas donnée avec précision, le Prophète Muhammad ayant interdit la vente dite à risque", mais pas les bonnes affaires vient de se dire le prince !

Écrit par : Caton | 21/11/2008

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