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19/11/2008

ISLAM: DESTIN ET LIBERTE

La croyance en le destin ne signifie pas que l’homme se voit privé de son libre arbitre. Elle signifie d’abord que Dieu, étant omniscient, connaît notre passé, notre présent et notre avenir. Cependant, il nous a donné la liberté de choisir notre chemin, après nous avoir montré la voie du bien et la voie du mal. Êtres doués de raison, nous sommes donc responsables de notre choix. Nous ne pourrons prendre pour prétexte la prédestination lorsque nous aurons, devant le Tout- Miséricordieux, à rendre compte de nos péchés et de nos crimes.

Dieu connaît notre avenir, mais nous, nous l’ignorons, et cette ignorance fonde entièrement notre responsabilité. Ainsi, lorsque nous arrivons à un carrefour, et que deux chemins se présentent à nous, l’un ascendant et l’autre descendant, notre décision nous appartient : les chemins sont tracés, et nous ne pourrions aller plus loin s’ils n’étaient pas praticables. Mais c’est nous qui optons librement pour un sens ou pour un autre. Tant que nous ne connaissons pas notre destination finale, (ce qui ne nous sera révélé que dans l’après vie), tant que nous disposons de notre faculté de juger, nous avons le devoir d’assumer nos actes.

Tout est écrit : aussi bien les événements qui nous dépassent et sur lesquels nous n’avons aucune prise (le moment de notre naissance, nos parents et nos ancêtres, notre aspect physique, etc.), que les actions où notre responsabilité se trouve complètement engagée (le fait de remplir nos obligations vis-à-vis de Dieu et vis-à-vis de nos semblables, d’être bienfaisants et de nous conformer à la loi divine, etc.).

Une remarque encore sur cette question épineuse du destin : - Nous devons faire une distinction entre ce qui relève de la Volonté absolue de Dieu (tout ce qui arrive dans l’univers n’arrive que par cette volonté, car Dieu ayant tout pouvoir, Il peut empêcher n’importe quelle action), et l’Agrément de Dieu. Exemple : lorsqu’un vol est commis, on doit être convaincu que cette action ne pouvait se produire sans la Volonté absolue de Dieu. Par contre, Dieu nous a bien fait comprendre, par le biais de notre conscience morale, mais aussi par la loi révélée, que le vol est un crime et qu’il n’entre en aucune façon dans Son Agrément. En d’autres termes, Dieu peut vouloir une chose qu’Il n’agrée pas. Cette Volonté absolue, bien comprise, ne signifie en aucune manière que Dieu nous impose de faire le mal, mais au contraire qu’Il nous a créés libres. Seulement, notre espace de liberté ne dépasse pas le cadre qu’Il a fixé pour nous. C’est en ce sens qu’il faut comprendre les versets du Coran qui affirment :

 

“ Oui, Nous l’avons guidé (l’homme), soit reconnaissant, soit ingrat. ” (Coran, 76, 31)

 

“ Ne l’avons-Nous pas guidé sur les deux voies? ” (Coran, 90,10)

 

“ Et par l’âme et Celui qui l’a harmonieusement façonnée,

et lui a alors inspiré son immoralité, de même que sa piété !

A réussi, certes, celui qui la purifie.

Et est perdu, certes, celui qui la corrompt. ” (Coran, 91, 7-10)

 

Le Coran insiste sur cette disposition naturelle qui a été donnée à l’homme, qui le distingue du reste des créatures et lui confère sa dignité. Par la raison et par la faculté de connaître, par la liberté que Dieu lui a octroyée, il est en partie maître de la destinée de l’univers que Dieu lui a confié ; il est capable du pire comme du meilleur : plus égaré que les bêtes rampantes ou plus noble que les créatures célestes. La raison humaine et la pensée, qui se déploient sur le support du langage et des mots, donnent ainsi aux enfants d’Adam une supériorité qui dépasse aussi bien l’instinct animal que l’inspiration des anges.

 

 

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Commentaires

Salam 'aleykoum,


Il me semble que cette explication est contradictoire :
le fait que je ne connaisse pas les plans de Dieu, le livre où toute la prédestination est écrite, ne me rend pas plus libre ni plus responsable!
Par exemple, un type qui se ferait drogué à son insu, avec une substance excitante et galvanisante, et qui dans son délire tuerait un de ses amis, devrait-il être considéré comme libre et responsable de son acte? (il ne savait pas quel "plan" était inscrit dans la drogue)
Au contraire, je crois que le fait de ne rien savoir des plans de Dieu nous rend absolument soumis à ces plans. Pas moyens d'y échapper puisque nous ne pouvons même pas les connaître!

Peut-être ai-je mal compris... Expliquez-moi une nouvelle fois!

shukran jiddan

Karima

Écrit par : Karima | 08/10/2009

@Karima

Destin et liberté

La problématique du destin et de la liberté implique, à mon sens, une bonne maîtrise de l’économie globale de l’Islam au travers des catégories coraniques et prophétiques qui dessinent les contours du paysage mental islamique, voire du référentiel islamique.

Dans le cadre de ce référentiel, il convient, me semble-t-il, de saisir les choses religieusement parlant. Tout en sachant, bien sûr, que la religion n’exclut point la raison de son champ de compétence et de pertinence. Seulement, il faut s’interroger sur la teneur des mots que l’on utilise afin d’étayer un raisonnement.
Une première remarque, dans le cadre du régime global de l’Islam, le concept de Destin n’a rien à voir avec le « Fatum » où la personne humaine est une marionnette entre les mains sadiques des dieux. Le fatum nie la responsabilité. L’individu devient un jouet plus ou moins apprécié selon l’humeur joviale ou massacrante des dieux. Aussi, Ulysse avait-il subi la colère de Poséidon pendant de longues années et avait été ainsi maintenu loin de sa famille parce que le dieu la mer voulait se venger de lui.
Ainsi dans le cadre du paysage mental islamique, le Destin n’est en aucun cas le Fatum, tant s’en faut. La religion ne nie pas la responsabilité* : elle la requiert. La pratique religieuse ne peut se concevoir sans la responsabilité. La responsabilité de la personne humaine donc est établie. De plus, la responsabilité est individuelle**. L’adepte de l’Islam ne peut donc se défausser sur autrui ou se dérober à ses responsabilités sous prétexte qu’il croit au « destin faste ou néfaste ».

Au commencement donc était la responsabilité ! Et c’est à sa lumière que l’on évalue, que l’on évolue… La responsabilité convoque, de surcroît, le concept de liberté, laquelle liberté est tempérée par deux autres concepts : le savoir et la raison.
Si l’Islam souligne avec vigueur la responsabilité de la personne humaine et la fait reposer sur le trépied suivant : savoir, raison et liberté, nous sommes en droit de nous interroger sur le sens que recouvre le concept de Destin dans l’économie globale de l’Islam ? Nie-t-il la responsabilité ou remplit-il d’autres fonctions au sein de l’univers de la religion ?

Dans beaucoup d’esprits, hélas, la Prescience divine se confond avec la prédestination. De quoi s’agit-il ?
Dieu, dans son Omnipotence et son Omniscience, crée la Vie et lui désigne un terme final. La Vie a donc un début et une fin. Ce qui se déroule du début jusqu’à la fin est inscrit dans la Science de Dieu***. Rien n’échappe donc à sa Connaissance. Ainsi, la vie de la personne humaine, de par sa naissance, sa carrière, ses aventures et autres péripéties, n’a pas de secret pour Dieu l’Omniscient et l’Omnipotent. Dieu sait tout, mais l’Homme ignore tout. Aucune science ne lui dévoilera les événements qui, dans la prescience divine, jalonnent sa vie. Cette ignorance n’est pas un handicap, mais un stimulant. Ce qui laisse toute latitude à la personne humaine de mener la vie qu’elle aura choisie et d’en rendre compte en bien ou en mal. D’ailleurs, Dieu, et c’est une évidence, ne peut condamner une personne quant à ce qu’Il lui a prédestiné. Cela coule de source. Dieu n’est-Il pas « Le Juste » par excellence. Donc, selon l’optique de la Prescience divine tout est écrit, mais selon le principe responsabilité qui traverse de part en part l’Islam rien n’est prescrit (décrété). Dieu a prescrit seulement « l’excellence » (al’ihsan’) en toute chose » en vertu d’un hadith bien connu. De plus, le Bien vient de Dieu et le mal de nous-mêmes selon le Coran. Il s’ensuit que le Destin ne saurait être ni injuste, ni tyrannique etc.… C’est pourquoi d’ailleurs, les Compagnons du Prophète qui avaient de la religion une compréhension fine demandaient à Dieu de décider à leur place parce qu’Il incarne la Justice, la Miséricorde et bien d’autres qualités et tout ce qui émane de Lui est foncièrement bénéfique.

Comment donc entendre et vivre le concept de Destin ?

Le concept de Destin n’est nullement une imposition ou une punition, mais plutôt et surtout une hygiène de l’esprit. Pourquoi regretter effectivement ce que l’on perd ? Pourquoi verser dans le remords quand on faute ? Pourquoi nourrir la rancœur quand on est victime d’une indélicatesse ? Le regret, le remords et la rancœur ne permettent nullement de remonter le temps. Ils n’entretiennent et n’attisent que le chagrin et le ressentiment. Ils sont le combustible de la frustration et de la culpabilisation. Ils ne sont au final que l’expression de notre orgueil. La vie étant jalonnée de moments heureux comme elle l’est d’instants tragiques, et ce de manière continue, la croyance au Destin apparait, dans ces conditions, comme un stimulant et non comme une drogue. C’est la croyance effectivement au Destin qui permet de se ressaisir et d’aller de l’avant après avoir fait la part du feu. C’est la croyance au Destin qui met sur les rails de la liberté/libération puisqu’elle agit comme un baume psychologique sur les blessures existentielles. Ainsi libérée des poids-morts de l’adversité, la personne humaine ne perd jamais de vue l’horizon de sa vie qui l’appelle à plus d’application, à davantage d’implication. Dans cette perspective, la croyance au Destin n’est point une contrainte mais bel et bien une consécration et une célébration de la liberté/libération. Ce qui fait de la croyance au Destin la gestion salvatrice des tuiles qui nous tombent sur la tête. La liberté, par conséquent, n’est pas niée mais plutôt réaffirmée dans ce qu’elle a de libérateur et d’édifiant. Ce qui fait de la religion non pas « l’opium du peuple » mais le creuset de la libération de tous les jougs et pour toujours. C’est pourquoi « musulman » veut dire, selon la belle traduction de Youssef Seddiq, « Insoumis-sauf-à-Dieu ». Insoumis même par rapport aux événements désagréables et malheureux qui nous accablent.

Afin d’illustrer cette conception du Destin et de la liberté, je vais citer deux exemples concernant la vie du second Calife Omar dont la compréhension fine de la religion est devenue proverbiale.
Un jour, le Calife Omar, que Dieu l’agrée, se trouvait à la porte d’une ville ravagée par une maladie contagieuse****. Il demande donc à ses hommes de faire demi-tour.
Un de ses compagnons lui dit : « Vous fuyez le destin de Dieu ? »
Et Le grand Omar de répondre : « Je fuis un destin vers un autre destin ».
Ainsi, le Destin n’est pas nié et la liberté est réaffirmée.
En ce qui concerne la deuxième histoire, Omar, que Dieu l’agrée, tournait autour de la Ka’ba en implorant Dieu de l’inscrire parmi les bienheureux au cas où il ferait partie des malheureux. Car il n’y a pas de fatalité. Il n’y a que la responsabilité qui nous engage vis-à-vis de nous-mêmes, des autres et de Dieu. De plus, dans toutes les circonstances la liberté n’est jamais niée.

Le Destin, dans la perspective islamique, est aux antipodes du « Fatum » qui est négation de la liberté pendant que le Destin via les catégories islamiques de compréhension et de communication est une célébration de la liberté. Il est une miséricorde qui permet de garder la tête froide devant l’adversité et l’imprévu.
Seul Dieu est Savant !
Courtoisement

* « Celui qui aura fait le poids d’un atome de bien, le verra. Celui qui aura fait le poids d’un atome de mal, le verra » (99/7-8).
** « Nul ne portera le fardeau d’un autre ».
*** [« Dieu créa le Calame (la Plume) et lui ordonne : « Ecris ! »
« Que dois-je écrire Seigneur ? » demande le Calame.
Et Dieu de préciser : « Ecris ce qui sera/adviendra. »].
**** « Si vous êtes à l’intérieur d’une ville en proie à une maladie contagieuse, n’en sortez pas. Et si vous êtes à l’extérieur de la ville n’y entrez pas » a dit, en substance, le Prophète (PSDL).

Écrit par : Najib Elagguir | 10/10/2009

*Mon cher Hani, honni soit qui mal y pense. Je respecte toute religion et dans chacune il y a de la sagesse. Il suffit de la vivre, mais l'homme n'est pas parfait et la vit mal. La convoitise, la possession, le pouvoir etc. Vouloir dominer l'autre est la marâtre et contraire à l'esprit de liberté respectueuse et responsable.
"C’est pourquoi d’ailleurs, les Compagnons du Prophète qui avaient de la religion une compréhension fine demandaient à Dieu de décider à leur place parce qu’Il incarne la Justice, la Miséricorde et bien d’autres qualités et tout ce qui émane de Lui est foncièrement bénéfique". C'est en quoi cela différencie du christianisme?

Quant au minarets, j'ai pondu un article pour les lecteurs de la Tribune de Genève:
Minarets sur sol helvétique ?
Le minaret est un élément architectural des mosquées, comme l’est le clocher pour nos églises. Il s’agit généralement d’une tour élevée, dépassant tous les autres bâtiments. Son but, en plus d’être un symbole pour l’Islam, est de fournir un point élevé au muezzin pour lancer les 5 appels journaliers à la prière.
Je n’ai aucun problème avec les églises, les synagogues, les mosquées dans notre pays, mais quand il s’agit d’accepter des minarets pour fleurir notre paysage, je m’en offusque. A priori, on peut prier sans tour. Nous avons accordé en Suisse la liberté de religions et je ne vois pas la nécessité de l’étendre aux minarets ; je demande en retour que nos hôtes respectent nos traditions, en s’intégrant bien dans notre contrée, et n’essaient pas de nous imposer les leurs. Je voterai donc sans arrière-pensée pour l’initiative.
Bien à vous Bruno Mathis Onex, le 5 octobre 2009

Que pense notre cher professeur Hani, sans conteste supérieurement intelligent, mais pour certains dangereusement manipulateur ?

Écrit par : Etoile de Neige | 11/10/2009

Le destin pour moi est très simple: tout ce qui peut arriver fait partie du destin. Tout ce qui ne peut arriver ne fait pas partie du destin. Le destin est un PROGRAMME à échelle universelle. Et le Satan est un virus. Nous, humains, avons été créés avec un LIBRE ARBITRE. Nous avons la possibilité de faire la différence entre le mal et le bien. Et le coran nous a été envoyé pour nous aider à naviguer à travers ce PROGRAMME. Mais notons bien que nous sommes responsables de nos actes commis consciemment. Réfléchissons et nous verrons que les cinq PILIERS de l'Islam (avec une bonne éducation) constituent un antivirus.

Écrit par : Dahirou Sy | 20/07/2014

Sans vouloir insulter personne, Bruno Bettelheim qui fut prisonnier puis rescapé des camps du régime nazi montant a noté que ceux qui disait qu'il n'y a rien à faire, à espérer, que c'est le destin n'ont pu s'en sortir vivants des camps et que leur référence au destin est la raison pour laquelle ils étaient surnommés "musulmans" par leurs camarades. Il valait mieux, précise Bettelheim, observer, se taire et appelé chez un officier non pas se dire que c'était la fin, que tout était écrit, que c'est le destin mais que l'appel de l'officier pouvait l'être pour une raison anodine ce qui modifiait le "regard" d'approche du prisonnier sur l'officier (Bruno Bettelheim, Le cœur conscient, Laffont Pluriel)

Écrit par : Myriam Belakovsky | 21/07/2014

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