1959

24/02/2009

ELIE WIESEL, POURQUOI?

Lettre ouverte à Elie Wiesel

 

Il y a quelques semaines, alors que Tsahal agressait Gaza, une chaîne française consacrait un reportage à votre vie. Trois points ont retenu mon attention :

D’abord, le caractère ignoble de la Shoah. Votre témoignage est essentiel : les atrocités commises par les nazis vont bien au-delà de ce que les hommes peuvent imaginer. En particulier lorsque vous décrivez ces enfants jetés vivants dans les flammes.

Deuxièmement, votre rencontre avec Mitterrand, ami d’abord jusqu’à ce que son lien avec René Bousquet,  Secrétaire général de la police du régime de Vichy, fût révélé. Vous lui avez demandé de reconnaître son erreur, ce qu’il a refusé de faire. Vous lui avez dit enfin : « Monsieur le Président, reconnaissez que vous vous êtes trompé. Dieu même peut se tromper. »

Enfin, au terme de ce reportage, manifestant votre refus du destin des juifs persécutés, vous dites que vous interrogerez votre Créateur après votre mort, en lui demandant : « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, pourquoi ? »

Nul ne doute que le « devoir de mémoire » demeure une nécessité. L’extermination programmée des juifs a été un événement marquant du XXe siècle, au cœur d’une Europe qui pourtant se réclamait des Lumières. Il ne faut pas l’oublier. Il reste cependant que la Shoah  ne doit pas devenir une croyance imposée, et qu’elle ne saurait faire partie d’une forme de catéchisme particulier.

L’écrivain juif Norman Finkelstein avait dénoncé cette tendance à vouloir ériger la « solution finale » en dogme absolu et unique. Déjà le philosophe Steven T. Katz avançait cette idée que l’Holocauste est « phénoménologiquement unique ». Argumentation dont on retrouve l’écho dans vos oeuvres, et qui devient, selon l’expression de Novick dans son livre The Holocaust, une religion du « mystère ». Vous affirmez en effet, Monsieur Wiesel, que le mystère de l’Holocauste est « incommunicable ». Comparer la souffrance subie pendant cette tragédie avec la souffrance des autres peuples constitue pour vous « une trahison absolue de l’histoire juive. » Et vous allez plus loin encore : « L’Holocauste est une tragédie juive aux implications universelles ; son universalité réside dans son unicité. »

( Wiesel, Against Silence)

Le problème, c’est que la revendication de cette unicité, énoncée de façon dogmatique, conduit comme l’explique Chaumont dans son livre La Concurrence des victimes, à une forme de « terrorisme intellectuel ». Finkelstein relève que « le corollaire de l’unicité de l’Holocauste est qu’il constitue un Mal unique. La souffrance des autres, si terrible qu’elle soit, ne peut tout simplement pas lui être comparée. Les tenants de l’unicité de l’Holocauste récusent en général cette implication, mais ces protestations ne sont qu’hypocrisie. » (L’Industrie de l’Holocauste) La Shoah est donc « le crime raciste absolu ». Pas question de lui comparer la souffrance des Noirs (combien de millions exterminés ?) ou celle des Indiens d’Amérique.

A force de présenter la Shoah comme le crime et la faute suprêmes, la tragédie insurpassable qui efface par son terne éclat toutes les misères du monde, c’est indirectement la souffrance des autres qui est minimisée et reléguée au second plan. Ce dont nous avons besoin pour dénoncer la barbarie, c’est le partage, non l’exclusivité. La Shoah ne doit pas être présentée comme un dogme distinct, avec sa mystique ineffable, sa vérité indiscutable, et ses hérétiques à excommunier. Elle n’en a pas besoin.  La réalité historique, avec le cortège d’atrocités que l’on sait, lui suffit amplement.

 

Alors, permettez-moi de vous poser une seule question, Elie Wiesel : Pourquoi, alors que les soldats de Tsahal utilisent le feu contre les enfants palestiniens, massacrent des populations civiles, volent une terre qui ne leur appartient pas, pourquoi n’entend-on pas votre voix ?

C’est l’arrogance des hommes, Monsieur Wiesel, qui est coupable. Ce sont les hommes qui se trompent, qui sont lâches et injustes.

Jamais le Créateur.

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Commentaires

Cher Professeur,

Je suis vos cours d'arabe depuis deux semaines, et vos écrits sont d'une qualité incomparable. J'ai lu que la ""colombe"" S. Perez demandait à tous les gouvernements de l'UE de cesser tout contact avec le Hamas. En assistant à une soirée de gala pour mon travail, j'ai rencontré une femme travaillant pour le bureau des affaires humanitaires de l`ONU, qui, tapant du poingt sur la table, a dit: c'est un scandale, ils ont été élus démocratiquement.

En Suisse, la vraie neutralité c'est de : vendre des armes à tous (Israël état terroriste, bien que le terrorisme d'Etat ne soit pas reconnu en droit international) et au Hamas, mouvement de résistance tels que l'étaient leurs homologues en France durant 39-45.

Puisque le dialogue est fermé sur l'article au sujet de Peres, je me permets de dire que: Israël n'est pas membre de l'UE, nous ne le sommes pas, de quel droit demande-t-il cela? La Suisse doit pouvoir parler avec les résistants et les belligérants. Si après ça ils n'ont pas, disons, 1/4 de main-mise sur le monde, c'est que, malgré toutes les études que j'ai fait sur le sujet, mes voyages sur place, mes lectures abondantes, spécialement sur leur lobby aux USA, et mon mémoire sur la question du mur autour de la Cisjordanie avec une note excellente, je n'ai rien compris. Merci Hani, je vous soutient de tout coeur.

Écrit par : myriam | 24/02/2009

Le génocide des Indiens d'Amérique du fait des seuls Espagnols se monte à 12 millions de personnes, estimation basse de Bartolomé de Las Casas. Deux fois la shoah.

Les massacres de Temujin sont de l'ordre de 30 millions, un cinquième de l'humanité de l'époque.

Alors pour l'"unicité", il faudra repasser. Ras le bol du soi-disant "peuple élu".

Et rappelons enfin qu'il n'y a pas de peuple juif. Mais des Ashkénazes descendants des Khazars et des Slaves, peuples convertis, et des Sépharades, descendants des Berbères convertis au judaïsme.

Écrit par : Johann | 24/02/2009

Je crois qu'Hani Ramadan est naif. Il connait mal, ou feint de connaitre, qui est elie wiesel. Cette personne s'est donné comme principe de défendre Israel quoi qu'elle fasse. Par cette raison il a défendu les massacres de gazaouis ou des libanais il y a 3 ans. Jajoute que je tiens tout homme qui prend Dieu pour vulnérable un être égaré. Elie wiesel met de la mystique partout pour montrer le caractère intouchable des juifs et de leurs oeuvres. Non Dieu dans sa toute puissance infini ne se trompe jamais. Celui qui a crée l'univers et ses êtres dans leur vulnérabilité est Invulnérable. Il faut qu'il se rappelle que c'est Dieu qui a sauvé Wiesel et le reste de sa communauté quand ils étaient dans les camps. Et c'est gace a Dieu qu'aujourd'hui il peut parler des morts ou les justifier. Dieu Seul est Grand.

Écrit par : Nabil | 25/02/2009

Excusez-moi, faute d'inattention; je voulais dire: En Suisse, la vraie neutralité SERAIT de : vendre des armes à tous (Israël état terroriste, bien que le terrorisme d'Etat ne soit pas reconnu en droit international) et au Hamas, mouvement de résistance tels que l'étaient leurs homologues en France durant 39-45. Et surtout parler avec toutes les parties: Hamas comme Kadima.
A ce sujet je ne comprends pas les récriminations du DFAE contre 4 parlementaires genevois partis à Gaza et ayant parlé avec des interlocuterus du Hamas.

La Suisse reste-t-elle neutre??

Écrit par : Myriam | 25/02/2009

A Myriam qui dit que la vraie neutralité c'est de vendre des armes à tous...

Non.. la vraie neutralité, c'est de ne pas vendre d'armes à personne.. Le droit Suisse d'ailleurs interdit de vendre des armes à des peuples en guerre; je me demande bien quelle interprétation tordue de la loi permet que l'on vende des armes à Israel.

D'accord pour le reste.. Toutefois, je crois que Micheline Calmy-Rey se fait taper dessus par le reste du Conseil fédéral et qu'elle ne fait pas tout ce qu'elle veut dans cette histoire.

Écrit par : Christiane | 01/03/2009

En tant qu'historienne, je suis tout à fait d'accord avec Hani Ramadan. J'ajouterai que je n'ai jamais bien compris pourquoi c'était plus grave d'être antisémite que raciste. Les deux sont tout aussi graves et détestables.

Écrit par : Christiane | 01/03/2009

voici un beau travail sur les atrocités commis à Gaza, que je vous invite à voir


http://www.letemps.ch/Page/Uuid/9fd8a6dc-f81d-11dd-92d8-fec09178b248/

Écrit par : Yaser | 04/03/2009

Salam, cijoint des interviews avec des victimes gazzaouis

22/01/2009 10h48

il y avait des enfants ici, lorsque ça a commencé à bombarder, ils sont descendus en bas mais après l'armée a pris les jeunes qui étaient dans la région et les ont emmené dans l'école, ils les ont fait se denuder, soit disant pour les fouiller.
Et après, ils leur ont dit sortez allez chercher un coin tranquille, un coin plus sur. Les gens sont partis sous les bombardements ect..
C'est quand eux étaient dans l'école, quand ils les avaient ramassé, rappelés et mis dans l'école, qu'ils ont commencé à tirer sur l'école pour les faire sortir plus vite, il y en a qui ont été blessé dans l a ... en sortant.
Une cinquantaine d'enfants, de femmes et d'hommes sont morts dans ces bombardements, il y en a qui couraient avec des drapeaux blancs et qui ont été abbatus par des snippers.




22/11/2009 11h23
Ils nous ont dit « on va vous faire une route sécurisée » et en fait ils leur tiraient dessus. Son fils a été blessé à la tête, sa mère a été blessé dans le dos et lui il portait sa femme qui était morte déjà depuis la veille parce qu'ils les ont fait dormir en caleçon dans l'école toute la nuit dans le froid et pendant ce temps sa femme étaient toujours sous l'escalier, ni la croix rouge, ni les secouristes du croissant rouge ne pouvaient venir, ils ont dit que c'était une zone militaire fermée.
Et le lendemain quand on les a laissé partir en .... Il est venu récupérer sa femme, il l'a porté sur ses épaules.
Pour finir, il a dit «  Il n'était d'aucun parti, ni du Hamas ni quoi que ce soit, mais que maintenant il était près à recevoir une ceinture de n'importe qui pour aller se faire exploser... »

22/11/2009 11h43
Ils les ont emmenés dans une autre école encore, pas celle là, pendant 24 heures dans le froid, seulement les hommes.
Quand ils étaient las bas ,ils ont essayé d'appeler le croissant rouge pour évacuer la femme, ils n'ont pas réussi.
L'officier qui était là a dit « si vous voulez l'évacuer, vous l'évacuer tout seul ». Et c'est lui, le beau frère de la victime, qui l'a porté sur 3 kilomètres.
Il y a des missiles qui sont tombés d'avion, dans sa maison, qui ont fait des trous énormes. Sa maison est toute brûlée, ils ont brûlé les couvertures, ils ont même tiré sur les armoires pour détruire les vêtements à l'intérieur. Ils ont volé tout leur argent, et ont détruit les oreillers...

On dit les sept merveilles du monde , en arabe , on dit les sept miracles du monde. Il dit qu'ici si on monte voir le résultat, c'est une nouvelle merveille du monde......
22/01/09 12h53 Témoignage d'Omar

Le 5 janvier , l'après midi.
Après le déjeuner, j'ai dit à la famille, je vais chez mon oncle qui habite juste en dessous.
Après il a commencé a entendre des explosions des bombardements et il a vu que la maison brûlait.
Il a débarqué ici, il a trouvé des morts et des blessés.
Sa belle soeur était blessée, celle qui est partie se faire soigner en Egypte maintenant car elle était brulée, sa mère, deux de ses frères également.
Il n'y avait aucune ambulance dans la région, ni croissant rouge, on a pris les blessés sur des tracteurs.
Après s'être occuper des blessés, on est revenu voir les morts, il y avait mon père et mes 4 frères.
(Quand ils ont évacués les blessés.)
Sur le chemin en descendant, ils ont été arrêtés par l'armée. Ils ont tirés sur mes deux cousins,qui sont morts sur le coup, ils avaient 18 et 19 ans, ils faisaient partie de ceux qui evacuaient les blessés.
Après avoir tué mes deux cousins, ils m'ont dit de lever ma chemise. J'ai fait cela et ils m'ont tiré dans le bras. Après avoir été blessé, je me suis enfui.
Dans la remorque du tracteur, il restait cinq personnes, la femme de mon oncle, son fils, sa soeur qui est morte et deux autres, il y en a deux qui ont pu s'échapper et trois qui sont restés.
Il y en a un a qui l'armée a dit de se déshabiller et une fois qu'il a été en caleçon, ils lui ont dit de prendre les deux blessés.
Lorsqu'il a demandé si il pouvait prendre les morts, l'armée a dit non.
Ils les ont forcé à marcher sur 200 mètres alors qu'ils étaient blessés. Lorsqu'ils sont arrivés en terrain a peu près sur, ils ont trouvé un camion, un véhicule de transport.

En fait, il y avait une autre voiture derrière eux qui transportaient quatre des morts.
Une morte était dans le tracteur et les quatre autres étaient dans la voiture derrière avec ses frères.
Ses frères aussi se sont fait arrêter au rond point de ...... avec les quatre martyrs.
Ils ont commencé a tirer et leur on dit « vous allez descendre et continuer à pied et laisser vos morts. »
Ces frères et soeurs,sont descendus à pied, et ils ont laissé les morts dans la voiture.
Un bulldozer est venu et a bulldozer la voiture avec les morts dedans. Les morts sont restes dans le magma de voiture et de terre pendant quatorze jours et on a pu les enterrer jeudi dernier seulement.


24/01/09 08h44
C'était deux jours avant la trêve, il ne restait plus que des fragments d'une petite fille, ils les ont mis dans un sac, cela faisait trois kilos. Ils ont aussi bombardé un puits d'eau.

(Première partie inaudible)
Ils tiraient aussi sur les ambulances, la voiture des pompiers aussi s'est fait tirer dessus.
Les morts et les blessés l'ont été par les bombardements, pas par les forces spéciales. Les deux blessés qui ont été touchés sur la route furent emmenés en Égypte pour se faire soigner.
Les maisons qui sont à coté de vous ont été bombardé par hélicoptère Apache avec des bombes aux phosphores, elles ont été brulées, incendiées.
C'est une guerre qui n'a pas d'équivalent dans le monde. Ils ont bombardé les terres, les animaux, les oiseaux, tout ce qui bougeait était visé.
Un des morts avait soixante-quinze ans, un autre seize ans, sa petite fille avait seize ans et un autre avait vingt et un ans.
Deux de ses neveux ont été brûlés au phosphore, ils ont du être emmené en Égypte pour être soigné las bas.
Il y en a deux autres qui ont reçu des éclats d'obus ou de missiles qui sont soignés à l'hôpital européen.
Cette maison , le rez de chaussée a été détruit. Il y avait une petite épicerie qui a été complètement incendié.

24/01/09 09h07

C'était le onze janvier, les forces israéliennes ont envahi la bande de Gaza et démoli toutes les maisons.
Ils ont détruit et bulldozé l'ensemble des maisons de la zone. Ils ont largué des bombes aux phosphores.
Avant l'arrivée des bulldozers et des chars, il y avait des forces spéciales.
Des forces spéciale qui ont arrêté des gens, ils sont entrés dans cinq ou six maisons, ils étaient déployé entre les oliviers.
Ils ont dit aux gens de sortir et de se rassembler. Il y avait environ deux cents personnes rassemblées. Ils leur ont dit de sortir. Ils avaient des drapeaux blancs, les forces spéciales leur ont tiré dessus à bout portant.
Ils ont tué une femme et blesser une autre à la jambe.
La femme qui a été tué était celle qui avait le drapeau blanc.
Les gens se sont avancé vers le centre du village et les juifs se sont mis à larguer des bombes aux phosphore qui ont causé beaucoup de blessés parmi les gens qui étaient là.
Quand l'ambulance est arrivée pour evacuer la martyre, les juifs se sont mis à tirer sur l'ambulance.
Ils ont appelé la croix rouge mais les ambulances n'ont pu accéder à la martyre que douze heure plus tard.
Ils ont bulldozer les maisons, il y avait huit bulldozers. Les gens étaient dans les maisons, ils ont bulldozé les maisons sur la tete des gens.
Ils ont bulldozé soixante-quinze maisons de la famille El Najjar.
C'était des bulldozers énormes. Ceci était un bâtiment de quatre étages.
Ici, il y a avait sa maison, on ne la voit plus, sous le sable quelque part.
Ils ont fait de la pâte avec les maisons, ils ont pétri la terre et les maisons ensemble pour faire disparaître toutes les traces.
Il n'y a pas eu de mort ni de disparu mais des blessés.
L'armée israélienne avait embarqué à peu près quinze personnes, ils sont restés trois jours et ils sont revenus.
Ils les ont transfèrés en israel, il y a eu interrogatoire, ils les ont frappé.
Des coups? Des cotes cassées, des hématomes..

Je ne sais pas pourquoi ils sont venus ici, c'est une région ou il n'y a aucun résistant.
Je ne sais pas, pourquoi, c'est une région agricole.
C'était des arbres et des maisons, pas une zone de résistance.
Les maisons étaient éloignées les une des autres, en général les résistants sont dans des zones ou il y a une concentration de maison ca c'est plus facile pou r..
Ici on peut tout voir de la frontière, ce n'est pas une zone stratégique pour les résistants. La frontière e est à quatre cents mètres.
L'armée ne s'est pas du tout fait tirer dessus ici, il n'y a eu aucune riposte.
Au début, avant qu'il n'envahissent, avant l'arrivée des forces spéciales, ils ont largué par tir de mortier des bombes incendiaires pour ouvrir la voie aux forces spéciales.

Écrit par : benji | 14/03/2009

La Shoah est un crime ignoble, cruel, infâme ; c’est une forfaiture abominable et innommable. Mais, le dogme de « l’unicité de la Shoah » est pour le moins choquant quand il n’est pas insultant pour les autres victimes. « L’unicité de la Shoah » que défend Elie Wiesel effectivement nous oblige à nous demander si nous sommes encore égaux dans/devant la mort. C’est donc choquant pour les vivants et insultant pour les autres morts.
Les victimes aztèques, mayas, incas, sioux, apaches, navajos, pueblos, que sais-je encore, doivent se retourner dans leurs tombes ou dans leurs fosses communes quand ils avaient eu la chance d’avoir une sépulture. Sans oublier bien sûr la déportation massive des noirs d’Afrique et leur réduction en esclavage. Las Cassas suggéra, paraît-il, cette solution aux conquistadors parce que « le réservoir » de la main d’œuvre indienne diminuait à vue d’œil sous la répression cruelle et barbare des envahisseurs. Pour attraper un africain, on tuait par la force (la violence) des choses plusieurs autres. On entassait les déportés à fond de cale. Ceux qui succombaient pendant la traversée étaient jetés, par-dessus bord, en pâture aux requins. Ceux qui survivaient au voyage étaient vendus comme esclaves. La traite négrière, en plein siècle des Lumières, avait saigné l’Afrique aux quatre veines.
Singularité de la Shoah ? Où sont les civilisations maya, aztèque, inca ? Où sont les tribus indiennes et leurs cultures ? Dans des réserves pourrait-on me rétorquer avec un fatalisme narquois.
Singularité de la Shoah ? Il faudrait réécrire l’histoire. Il faudrait effacer les mémoires. Il faudrait se contenter de racontars. Il faudrait…
M. Wiesel la mort ne connaît ni haut de gamme, ni bas de gamme. La mort, c’est la mort. Je n’ai pas votre notoriété, car je ne suis qu’un quidam. Mais un quidam qui pleure tous les morts sans exception aucune. Car, pour le Transcendant, une vie est une vie. Personne n’a le droit de la flétrir, ni de la piétiner. Mon frère et ma sœur sont ceux qu’on opprime et qu’on réprime. Sans rancune.

Écrit par : najib ELAGGUIR | 16/03/2009

La route vers Gaza

Dr Zouhair
Médecins du Maroc


La violence de l’agression sur Gaza a suscité beaucoup d’émoi chez les musulmans. Le choc des images, insupportables et passées en boucle ne pouvait laisser les consciences tranquilles partout dans le monde. On avait l’impression qu’un seuil a été franchi par l’armée d’occupation.

Dès le deuxième jour, le 28 décembre 2008, j’ai commencé à chercher le moyen de partir vers Gaza. J’ai travaillé dans le milieu associatif et humanitaire à Paris, depuis une dizaine d’année. De l’Afghanistan aux Comores et de l’Ethiopie vers la Cisjordanie. Le travail au sein d’ONG internationales comme Médecins Sans frontières ou Médecins du Monde m’a permis d’avoir des amis dans le monde humanitaire français.
Ce sont ces militants d’horizons divers qui ont constitué, à Paris, le Collectif Urgence Gaza, que j’ai pu joindre avec l’Association Médecins du Maroc, créée avec des amis en 2003.
Je faisais partie du deuxième groupe de médecins, constitué de quatre praticiens.
Dr Manar, médecin égyptienne nous a organisé un rendez- vous au siège de l’Union des Médecins Arabes.
Dès notre arrivée, on s’est adressé d’abord à l’ambassade de France en Egypte pour nous enregistrer et demander une autorisation pour nous rendre à Gaza et ensuite vers le siège de l’Union des Médecins Arabes qui nous ont reçu aimablement, d’abord au Caire puis à Al Arish et faciliter notre déplacement jusqu’au poste frontière de Rafah, devenu tristement célèbre.
Face à la police aux frontières, il nous fallait un accord des autorités françaises. C’est là où commencent les va-et-vient entre les responsables français; sans le dire, on nous faisait poireauter. Mes amis entreprenaient de passer des coups de fil un peu partout en France, jusqu’à faire des interventions auprès du ministère des Affaires Etrangères où s’est créée pour l’occasion, une cellule de crise.



Les deux jours passés devant le poste frontière de Rafah, attendant le papier de l’ambassade, n’étaient pas dénués d’intérêts. Tout d’abord, cela nous a fait vivre ne serait ce qu’une infime partie de ce que les palestiniens endurent des journées entières, en attendant un passage vers un sens ou vers l’autre. Et d’assister au défilé des camions d’aides, leurs difficultés à passer et leurs déboires s’ils transportaient autre chose que les médicaments. Une fixation est faite sur les médications, comme si le fait de boire une eau saine, manger un peu de blé ou de riz et se vêtir chaudement n’était pas des nécessités dans ce climat de guerre. Mais le temps n’était pas aux explications. Il y avait des ordres et les policiers des frontières les appliquaient sans état d’âme !!






Une fois la demande de l’ambassade de France au ministère des Affaires Etrangères égyptiennes, de nous laisser passer vers Gaza, en main. On a pu finalement passer de l’autre côté, non sans avoir certifier sur papier libre qu’on assume les conséquences d’aller vers une zone dangereuse. De l’autre côté l’accueil a été plutôt amical. Vérification des passeports et de la profession par des policiers palestiniens en civil.
On a été mis dans une ambulance, direction l’hôpital de khan Younes.



Nous nous sommes installés à l’hôpital du Croissant Rouge Palestinien. Bien accueillis par le corps médical et les administrateurs. Le maximum de l’attaque et les blessés étaient au nord, vers Gaza city et ses alentours. J’ai commencé à exercer dans l’hôpital Mère- Enfant de Nacer (du nom du Raïs égyptien), et faire des consultations dans l’hôpital du Croissant Rouge Palestinien. En réalité, le nombre de médecins était suffisant et les palestiniens se sont organisés pour affronter les urgences. Cependant, ils sont touchés par l’arrivée de confrères et toutes les personnes qui se sont déplacés pour les soutenir, en ces temps si difficiles.

La plupart des délégations de médecins européens, voir américains et même sud- africains que j’ai pu croiser durant mon séjour à Gaza, étaient composés de musulmans. Les ONG habituelles ont eu du mal à trouver leurs places, du moins au début. Mention faite pour les médecins norvégiens qui ont été très tôt dans le centre hospitalier Achifa à Gaza city, et qui ont fait un travail remarquable, aussi bien en soins, qu’en témoignages. Leurs témoignages ont eu un grand effet en Norvège.
Les premiers médecins égyptiens qui ont accouru vers le poste frontière de Rafah, resté fermé au début, ont dû emprunter la voie des tunnels pour arriver à Gaza. Ainsi, on m’a parlé d’un anesthésiste qui a dû avancer en rampant 600 m dans un tunnel avant d’arriver à Gaza. Ce courage et cette volonté lui ont valu beaucoup d’admiration de la part du corps médical palestinien.


Le cesser le feu fut annoncé par l’agresseur suite à une mise en scène orchestrée à Washington et applaudie en Europe, juste avant le 20 janvier 2009 date de la cérémonie d’investiture du nouveau président américain.












Le retrait de l’armée nous a permis d’accéder vers le nord de Gaza. C’est le choc des destructions et des témoignages.
Les quartiers périphériques ont été rasés de façon méthodique. Les témoins nous racontaient comment les soldats procédaient. Après avoir encerclé une maison par les chars, les soldats capturent un palestinien, lui demande de casser la porte, de réunir les habitants, les hommes d’un côté, les femmes et les enfants de l’autre, les compter. Ensuite faire des ouvertures entre les murs des pièces attenantes et revenir vers les blindés. La deuxième étape consiste à envoyer un chien muni d’une caméra, d’un écouteur et d’un gilet pare balles. Le chien fait un tour dans la maison en suivant les indications transmises via l’écouteur ! On vérifie la véracité des dires du palestinien pour commencer la troisième étape, qui consiste à évacuer la maison de ses occupants et placer des mines afin de raser complètement l’habitation Si des tirs émanent de la maison ou si le chien est blessé, alors c’est une avalanche de tirs à bout portant par les chars sur la maison avec ses occupants.
L’histoire la plus sordide est celle qui a été vécue par la famille Samouni à Hay Zeitoun. Suite à l’explosion d’une bombonne lors du passage des blindés, le quartier a été encerclé. Les soldats se sont appliqués à tirer de tous les côtés et avec toutes les armes qui étaient en leur possession, sur la maison suspecte. Une fois la famille réunie, trente huit personnes seront exécutées : hommes, femmes et enfants. Un massacre.

Mes visites des quartiers sinistrés m’ont énormément marqués. Chaque soir, je rentrais exténué. Rien n’a été épargné, les arbres ont été arrachés, les animaux exécutés à bout portant par des blindés ou des mitraillettes, les champs dévastés par les chars, même les morts n’ont pas été laissés en paix dans le cimetière. Les mosquées ont été détruites ou abîmés. Il nous paraissait qu’il y avait chez certains pilotes, un malin plaisir à viser les minarets. Les hôpitaux n’ont pas été en reste, ainsi que les ambulances et les écoles de l’UNRWA.

Depuis une dizaine d’années que je travaille dans les ONG de solidarité internationale, que je voyage dans des parties troubles ou sinistrées, je rencontrais peu de musulmans sur le terrain. Non pas qu’ils soient insensibles aux conditions difficiles des personnes. Mais simplement, ils sont pris par le quotidien ou ce qu’appelle Stuart Mill dans son livre ‘’ De la liberté ‘’, ils s’occupent d’abord des besoins primaires comme la nourriture, assurer un logement et une éducation à leurs enfants et leurs permettre de se soigner. Prendre de son temps, son énergie, son argent et son savoir pour aller vers l’autre et sans contrepartie immédiate, fait partie de la réalisation d’un besoin secondaire, comme s’organiser en associations caritatives, syndicales ou politiques, se cultiver et se surpasser. Et c’est justement ce qui a motivé les dizaines de médecins musulmans à tout laisser (hôpitaux, cabinets, familles, enfants, argent…) et à vaincre leurs phobies pour s’aventurer dans une zone de guerre !! Les autres intellectuels ou les élites n’étaient pas en reste, et chacun souhaitait faire quelque chose pour les palestiniens de Gaza.
Tout le monde a ressenti une profonde humiliation. Même l’élite arabe acculturée et qui ne jure que par l’Occident s’est trouvée désorientée.
Voilà, le monde civilisé, moderne, démocrate et bien pensant. Les donneurs de leçons, apôtres des droits de l’homme et des libertés, ne bougent pas le petit doigt, face aux exactions d’une force militaire occupante et destructrice. Une mise en scène occidentale qui ne cache plus son visage et une faiblesse régionale humiliante pour les arabes et les musulmans.
Nous avons du mal à interroger l’histoire, surtout récente, celle des colonisations et de la création d’un état sur la terre de Palestine. Malheureusement, on est pressé, on souhaite faire une lecture rapide et sans retour aux sources. Et justement, cette agression sur 1.5 millions de palestiniens encerclés dans une bande, qui va peut être réveiller une partie des musulmans. Du moins, on ne peut que l’espérer !!

Certes, nous sommes nés dans le sous développement et l’humiliation, mais nous n’en sommes pas responsables !! Par contre, nous sommes responsables de nos pensées et nos actes !!


Malgré tout ce que j’ai observé, les sinistrés que j’ai rencontrés restaient dignes. Personne ne demande quoi que se soit. Ils vous invitent à visiter ce qu’ils leur reste, comme maison ou à s’assoir sur les débris des leurs anciens abris. Ils nous racontaient ce qui s’est passé. Une sorte de thérapie et de transmission du témoignage. Pas mal de fois, on a refusé la modeste aide matérielle qui m’a été confiée par des amis. J’ai dû utiliser des astuces pour leurs donner un petit quelque chose.
Cette dignité qu’on a perdu dans d’autres pays laisse le voyageur que je suis admiratif. Je me suis dit c’est ce peuple meurtri qui donne des leçons de courage et de résistance à tous les autres peuples musulmans.
Je ne savais plus qui a vraiment besoin de l’autre. Les palestiniens de Gaza ou les peuples arabes ?
Un mot revient souvent ces derniers temps c’est celui de l’embargo des individus et de leurs volontés. Le temps passé sur place m’a permis de mesurer une partie des difficultés qu’endurent les palestiniens de Gaza.
Ils ont du mal à quitter le territoire, d’avoir l’électricité, le gaz, de trouver le nécessaire pour cuisiner et manger, voir s’habiller. Ils ont développé des astuces pour continuer à vivre. Comme mon ami Abdelhalim Abousamra du Centre Palestinien des Droits de l’Homme qui utilise une batterie avec quatre petites ampoules afin d’assurer une lumières pour ses enfants, afin qu’ils puissent continuer à étudier, et s’affranchir partiellement du courant électrique qui n’est disponible que trois heures par jour, de façon aléatoire. La batterie est rechargée par une énergie fournie d’un tapis roulant de sport. Les cuisinières fonctionnent désormais au pétrole par un système inventé sur place afin de palier la pénurie du gaz. Abou Nidal, notre chauffeur m’apprend que le gaz arrive d’Egypte vers l’état sioniste à prix modique, traité et mis dans des bonbonnes, son prix est multiplié par 40, et il n’est disponible que par la volonté des occupants.

A Gaza, la famille est soudée et tout le monde se supporte et je dirais même s’aime et s’entraide. Ce qui les éloigne de la culture de l’individualisme et l’égoïsme.
L’esprit de la grande famille y résiste encore. On trouve dans les maisons trois voire quatre générations.
A Gaza, les acteurs médicaux que j’ai côtoyé traitent les patients avec respect et diligence. Il n’y a pas de corruption pour avoir ses droits, les services des urgences et les ambulances sont équipés en matériel et médicaments et les soignants font de leur mieux, leur travail tout en respectant le patient, personne ne se permet de se servir pour ses besoins personnels !!

A Gaza, les femmes ont un niveau d’étude des plus élevés dans le monde arabe, travaillent souvent, ce qui ne les empêchent pas d’avoir beaucoup d’enfants, de s’en occuper correctement et veiller à leurs réussite scolaire. Elles ont mis en échec tous les plans de limitation de naissances avec une moyenne annuelle de 6.2 enfants par femme. C’est leur façon de résister !!
Je ne sais plus qui est à plaindre, les palestiniens de Gaza, colonisés et encerclés dans un petit territoire, mais libres de toute aliénation malsaine. Ou nous autres libres dans nos déplacements mais privés de liberté, car dépendants et aliénés. J’ai compris pourquoi les palestiniens de Gaza sont agressés si cruellement, c’est pour casser une volonté et faire fléchir une dignité. Les autres peuples qui n’ont ni l’une ni l’autre, il n’y a pas besoin de leurs faire la guerre. Ils sont vaincus tous seuls.


J’avais expliqué plus haut que mes collègues français ne sont restés en ma compagnie que deux jours, ensuite je suis resté en compagnie de mes collègues palestiniens. Le fait de rester indépendant d’un groupe, permet au voyageur que je suis de faire plus ample connaissance avec les différents acteurs que je côtoie. Petit à petit, j’ai eu ma place dans l’hôpital Al Amal à Khan Younes où je résidais. De jour en jour, j’ai eu des patientes qui venaient me voir, d’abord au niveau du personnel médical ensuite de bouche à oreille. Ma première intervention, quelque peu spécifique m’a fait un peu plus de notoriété. Les jours où je n’avais pas d’activités, j’accompagnais une délégation française conduite par la sénatrice des Verts d’origine marocaine Mme Alima Boumediene et les acteurs du Centre Palestinien des Droits Humains dans leurs visites sur le terrain et leurs recueils de témoignages. Ces visites étaient intenses. Samir Abdallah qui fait partie de la délégation française, a commencé son film qu’il a appelé dans un jeu de mot subtile ‘’Gaza-strophe, le jour d’après ‘’. L’ampleur des dégâts et l’intensité des témoignages nous sortaient de notre flegme. Plusieurs fois par jour, Nos émotions sont mises à rudes épreuves, entre la colère, le sentiment de faiblesse et d’incapacité ou encore une forte envie de pleurer. Quelques uns d’entre nous ne pouvaient plus retenir leurs larmes.

Un soir, j’au reçu un coup de fil de France d’un militant associatif de Paris. Il souhaitait venir à Gaza. Il m’a appris qu’il a pu rassembler une quantité de médicaments. Je lui ai appris que les médicaments, il y en avait peut être assez, mais il serait intéressant de penser à autre chose. Les images de début ont imprimé chez tout le monde l’idée de besoins en médecins et en médication. Ce qui est vrai mais seulement pour les premiers temps. Ensuite, il faut passer au secourisme proprement dit. Le logement, les aliments, l’eau potable, les habits chauds, les couvertures, etc.
Les palestiniens de Gaza ont perdus plus de cinq milles logements et vingt cinq milles familles sont sans toits. Combien, j’ai été attristé de savoir qu’un bateau iranien qui contenait des sheltters (maisons préfabriqués) n’a pas été autorisé à décharger son contenu à Al Arish !! Il a du repartir vers le Liban. Et jusqu’à présent les palestiniens sinistrés devraient trouver refuge chez leurs familles ou se contenter de tentes s’ils en trouvent.
Deux semaines après l’arrêt de bombardements, j’ai dû quitter mes nouveaux amis palestiniens pour reprendre le chemin du retour. J’ai été fatigué de mes longues journées, mais je ne pouvais leur dire qu’un au revoir. J’essayerai de revenir les voir, travailler, soigner et enseigner. Revenir pour partager les repas de Houmous, huile d’olive et fallafel. Boire du thé et du café turc. Sentir ce vent doux des après-midis et la bonté des habitants de cette terre bénie. Parler avec des personnes plus proches de mes préoccupations et mes espérances.
Je disais toujours à ma famille et mes amis qui me demandent depuis de longues années pourquoi j’aimais tant voyager vers des zones de troubles. Je leur répondais à chaque fois, qu’il faut remettre les choses dans leurs dimensions. Ce ne sont pas les personnes que je vois et je soigne lors de mes voyages qui ont besoin de moi, c’est plutôt le contraire. Allez vers l’autre c’est une partie de toi que tu retrouves, et les gens dans leurs milieux, même dans les pires situations, comme on peut imaginer actuellement que Gaza, peut offrir un trésor d’humanité.

Écrit par : benji | 17/03/2009

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