1959

24/06/2009

DE L'HUMILITE EN ISLAM

Sagesses de Ibn ‘Atâ’i -Llâh

 

Il se peut qu’Il te donne accès à l’obéissance, sans pour autant qu’Il accepte les actes par lesquels tu manifestes cette obéissance. Et il se peut que Dieu inscrive dans ta destinée un péché qui sera la cause de ton salut final !

 

Commentaires :

 

Un croyant peut accomplir ses devoirs, s’écarter des interdictions divines et se conduire de façon exemplaire, et cependant, manquer totalement de sincérité et d’humilité dans ce qu’il entreprend : il se mêle au contraire à son engagement de l’orgueil et de la vanité, et il finit par mépriser ceux qui ne sont pas à sa hauteur et qui n’agissent pas comme lui. Raison pour laquelle son action n’est pas acceptée par Dieu.

A l’inverse, il se peut qu’il commette un péché par lequel il reconnaît sa faiblesse et son indigence spirituelle devant Dieu. Le souvenir de cet acte permet l’effacement de l’ego qui s’humilie devant Dieu, et le remords qui l’accompagne rapproche l’être humain du Très Miséricordieux.

 

Un acte de désobéissance faisant naître un sentiment d’humiliation et d’indigence (de l’âme devant Dieu), vaut mieux qu’un acte d’obéissance faisant naître un sentiment de considération et d’orgueil. 

 

Commentaires :

 

Réaliser notre foi, c’est aller dans le sens de l’humilité et de la soumission la plus complète à notre Créateur. A travers le culte et le respect des prescriptions divines, ce n’est pas tant l’image et la forme de ces prescriptions qui sont visées, mais le sentiment d’adoration : la conviction de notre servitude et de notre dépendance, accompagnée d’un manque certain de considération pour notre petit moi. Celui donc qui, après avoir commis un péché, ressent avec profondeur sa faiblesse, et se tourne vers Dieu qui Seul pardonne, est plus proche de Dieu que celui qui agit conformément à Sa loi dans la forme, mais qui au fond de lui-même en conçoit un sentiment de vanité et de satisfaction : il se tourne vers son ego, et s’éloigne ainsi de Dieu.

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18/06/2009

OBAMA : EMOTION ET RAISON

Comment peut-on interpréter le discours tenu au Caire par Barack Obama à l’adresse du monde musulman ? Beaucoup d’émotion dans le propos, certes, et une façon habile de rapprocher deux mondes en rappelant des valeurs communes.  Mais au-delà des bons sentiments, il convient de revenir à la raison, et de questionner la réalité d’un système qui dépasse largement un seul individu, quelles que soient ses bonnes intentions.

Il y a d’abord le fait qu’Obama ne dispose que d’un pouvoir de décision limité dans son propre pays sur les questions liées au Proche-Orient. Avant d’être élu, il avait été ainsi dans l’obligation de déclarer que Jérusalem est la capitale éternelle d’Israël. Position qui rend impossible, à long terme, le règlement de la question palestinienne. Il s’est entouré de collaborateurs résolument sionistes, comme David Axelrod et Rahm Emanuel, chef d’état major de la Maison-Blanche. Le père de ce dernier  a été volontaire dans Tsahal en 1991.

Obama ne peut ainsi « qu’inviter » le gouvernement israélien à geler les colonies de peuplement. Proposition à laquelle Netanyahou oppose sans vergogne un non catégorique. En d’autres termes, la stratégie sioniste du fait accompli reste de rigueur même sous la nouvelle présidence étasunienne, et il en sera ainsi tant que les lobbies sionistes, dont l’Aipac (American Israel Public Affairs Committee) domineront le Congrès et imposeront leurs vues.

Obama dit respecter la démocratie. Qu’en est-il du Hamas qui a été choisi par les Palestiniens, mais dont il n’admet pourtant pas la légitimité, tant que le mouvement de résistance n’aura pas déposé les armes et reconnu l’existence de l’Etat de ses agresseurs ? Ici réside la faille, qui révèle que la parole d’Obama n’est finalement pas si équilibrée que cela, ni même vraiment équitable. Il aurait été plus juste de dire que c’est la colonisation qui doit impérativement cesser, afin que cesse le combat de légitime défense. Plus juste de souligner que les Palestiniens ne peuvent raisonnablement pas reconnaître un Etat dont les frontières restent indéfinies, et qui s’étend chez eux à leurs dépens. On peut rappeler que depuis les accords d’Oslo, le nombre des colons est passé, de 1993 à 2009, de 263 000 à 485 000, dont 200 000 à Jérusalem-Est ! Lorsque le Hamas dénonçait la légitimité de ces transactions, on l’accusait d’extrémisme. Mais depuis, et rétrospectivement, les faits lui ont donné raison.

Enfin, derrière les belles paroles, il y a la réalité atroce des faits, qui montre que la politique étrangère américaine demeure un véritable désastre pour le monde musulman. Ainsi, l’administration d’Obama a poussé le gouvernement pakistanais à agir contre sa propre population sous le prétexte d’en finir avec les talibans. Résultat ? Plus de deux millions de réfugiés déplacés dans des circonstances épouvantables. Et si Obama promet de quitter l’Irak, ce n’est que pour mieux occuper l’Afghanistan et y renforcer ses troupes. La multiplication des bases militaires américaines constitue-t-elle d’ailleurs vraiment le signe d’une pacification du monde ?

En d’autres termes, s’il n’est pas interdit d’être sensible au discours éloquent du Président, les musulmans sont en droit d’exiger que ses paroles se traduisent par des faits. Malheureusement, Obama mettra probablement des années à « inviter » Israël à cesser l’implantation de ses colonies, (on peut douter qu’il se montre aussi patient avec les Iraniens en ce qui concerne le nucléaire). Autant de temps gagné par un Etat extensible qui s’est servi, depuis plus de soixante ans, de Présidents américains à la chaîne pour étendre la puissance israélienne. L’aide militaire à Tsahal, qui se chiffre depuis des années en milliards de dollars, se poursuivra au gré de l’influence du Congrès. Même si Tsahal massacre des populations civiles.

Qu’importe. Obama fait bonne figure. Belle allure et belle prestation. Cela suffit à ceux qui déjà ont oublié le martyre de Gaza.

 

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03/06/2009

ISLAM ET LIBERTE

En Islam, la notion de la liberté n’est pas purement théorique, mais elle s’est inscrite au contraire dans l’existence et le vécu des musulmans, caractérisée par le mépris des usurpateurs et des fausses divinités. Le modèle du Prophète  était édifiant en ce sens : c’était celui d’un homme en rapport constant avec Dieu, habité par une confiance sans limite et un amour débordant. Un homme qui n’était pas venu pour contraindre les autres à croire sans intelligence, à se soumettre sans raison et à se conformer à un dogme qu’ils ne comprenaient pas. Son message était cependant simple et clair : c’est dans la foi seule que l’homme saisit le sens de sa destinée, et c’est par la piété seule qu’il s’élève à son Créateur, s’imposant une discipline qui lui permet de dominer sa passion et son désir.

Le savant Abu Al-Hassan ‘Ali Nadawî cite l’exemple, tiré du livre d’histoire de At-Tabarî, de ce combattant musulman qui rapporta à ses chefs un trésor fabuleux après la victoire de Al-Madâ’in, sans rien en conserver. Voyant à quel point il n’accordait aucune importance à ces richesses, ces derniers voulurent connaître son nom, mais il refusa en disant : « Je ne peux vous dire mon nom, car vous commenceriez à me louer, alors que toute louange revient à Dieu seul. Je me contenterai de la récompense qu’Il daignera m’accorder ! » Rien n’égal ainsi la sincérité dans les œuvres, et lorsque l’amour de Dieu est authentique, les trésors  de la terre perdent leur éclat, et l’idée même de devenir célèbre semble dérisoire.

Les hommes formés par le Prophète  étaient ainsi devenus humbles devant leur Créateur, mais fiers devant les tyrans et les oppresseurs. Les polythéistes poursuivirent ainsi les compagnons du Prophètes qui s’étaient réfugiés en Abyssinie. ‘Amr Ibn Al-‘Âs  et ‘Umâra Ibn Al-Walîd[1], tous deux alors ennemis de l’Islam, mirent le Négus en garde contre l’esprit rebelle de ces jeunes convertis à l’Islam, soulignant qu’ils n’accepteraient pas de se prosterner devant lui, comme c’était la coutume. Ja‘far Ibn Abî Tâlib répliqua sans hésitation : « Nous, musulmans, ne nous agenouillons que devant Dieu et devant personne d’autre. »[2] Fidèles aux enseignements de leur Prophète, les croyants préféraient ainsi prendre le risque de s’attirer la colère d’un roi dont leur sort semblait dépendre, et de se voir ainsi renvoyés à La Mecque où les idolâtres les attendaient pour leur faire subir toutes sortes de supplices, plutôt que de renier leur foi. Le Négus était alors un chrétien éclairé : il admira cette détermination et choisit de protéger les réfugiés musulmans.

Autre exemple historique donné par Nadawî, celui de Rib‘iy Ibn ‘Âmir et de Rustum. Le grand compagnon du Prophète  Sa‘d Ibn Abî Waqqâs avait en effet envoyé Rib‘iy pour expliquer au commandeur en chef des Perses l’objet de la présence des armées musulmanes aux portes de son royaume. Lisons le récit de cette rencontre tel que l’expose Nadawî :

« Le commandeur en chef de l’Iran, Rustum, le reçut dans une grande salle d’audience, ornée de tapis magnifiques. Le commandeur en chef portait une couronne et des vêtements scintillants de pierres précieuses. Il était assis sur son trône. Rib‘iy, au contraire, était pauvrement vêtu. Il était presque en haillons et son bouclier était trop petit pour lui. Son cheval n’avait pas de race. Monté sur cette pauvre bête, il s’avança vers Rustum et l’animal piétinait de ses sabots le précieux tapis. »[3] Rib‘iy n’enleva ni son casque ni ses armes, ce qui choqua l’assemblée. Interrogé sur le sens de la mission des musulmans, il déclara : « Nous avons été envoyé par Dieu pour faire passer ceux qu’Il a choisis de la soumission aux hommes à la soumission au Maître des hommes ; des étroites limites de ce bas monde à l’immensité sans limite de la vie dernière ; de l’oppression des autres religions à l’équité et à la justice de l’Islam. »[4]

Cette parole de Rib‘iy est restée célèbre à tout jamais dans l’histoire de la civilisation musulmane. Elle résume en quelques mots l’essentiel de son message : soumission à Dieu seul et rejet de toutes les idoles, dépassement de soi vers la transcendance et l’au-delà, refus de la cupidité et du matérialisme sous toutes ses formes, établissement de la justice et de l’équité sur les fondements de la raison et de la Révélation, opposition à l’idolâtrie religieuse recelant l’oppression, la tyrannie et la superstition.



[1] ‘Amr s’est converti par la suite à l’Islam et il est devenu le célèbre compagnon que l’on connaît. ‘Umâra, lui, est mort dans l’incroyance, et n’a pas suivi le même chemin que trois de ses frères qui sont entrés dans l’Islam : Khâlid, Hishâm et Al-Walîd (Cf. Al-Isâba, Ibn Hajar, vol. 5, p. 216).

[2] Ibn Kathîr, Al-Bidâya wan-Nihâya, vol.  III

[3] Abu Al-Hassan ‘Ali Nadawî, Seul un Prophète pouvait le faire, éd. Centre Islamique de Genève et Tawhid, Lyon 2001.

[4] Ibn Kathîr, Al-Bidâya wan-Nihâya, vol.  III

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02/06/2009

MALHEUR ET PRIVATION. UNE SAGESSE DE Ibn 'Atâ'i-Llâh

 Tu ne souffres de la privation que parce que tu ne comprends pas la sagesse divine qu’elle recèle.

 

Commentaires :

 

Le Coran affirme : « Et il se peut que vous détestiez quelque chose, alors que c’est un bien pour vous, et il se peut que vous aimiez quelque chose, alors que c’est un mal pour vous. Et Dieu sait, et vous ne savez pas. » (Coran, 2, 216)

L’homme ne désire pas toujours ce qui est un bien pour lui. Après coup, et parfois des années plus tard, il se rend compte qu’il aurait fait un mauvais choix. Dieu Seul sait ce qui est vraiment un bien pour chacun de nous. En avoir pleinement conscience nous aide à accepter le destin. Si nous avions une pleine appréhension de l’infinie sagesse de Dieu, nous ne connaîtrions pas la souffrance en étant confrontés à un événement qui nous prive de ce que nous aimons.

Le problème réel n’est pas dans ce qui apparaît comme étant un malheur : le problème essentiel, c’est d’apprendre à le gérer intérieurement.

 

 

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