1959

15/02/2010

Visages de l'imposture : Excellent article à lire

Mais qui est réellement BHL, le philosophe que les médias convoquent allégrement pour pourfendre les islamistes?

 

Bernard-Henri Lévy, le faire-savoir français

ÉDITION | L’affaire «Botul» pointe les dérives d’un système qui n’a rien à voir avec la philosophie.

 

© Manfred Klimek | Bernard-Henri Lévy. Trop impétueux ou véritable imposteur? Un peu des deux, sans doute.


Lionel Chiuch | 13.02.2010 | 00:00

Depuis plus de trente ans, la France dispose d’une sorte de chevalier blanc. Un «penseur» multicartes qui s’élance sur tous les fronts de l’indignation, de la Bosnie au Pakistan en passant par le Bangladesh. Bernard-Henri Lévy, puisqu’il s’agit de lui, le reconnaît volontiers: l’actualité sociale locale n’est pas vraiment sa tasse de thé.

C’est pourtant à domicile que le compagnon d’Arielle Dombasle s’est fait péter une mine dans les pieds. En s’en prenant, à la page 122 de son essai De la guerre en philosophie, à Kant, «le philosophe sans vie et sans corps par excellence, dont Jean-Baptiste Botul a montré (…) dans sa série de conférences aux néokantiens du Paraguay que leur héros était un faux abstrait».

Las, c’est Botul qui est «sans vie et sans corps», puisqu’il s’agit d’un personnage fictif créé par le journaliste Frédéric Pagès.

Des «erreurs grossières»

Les réactions à cette incroyable bévue ont été aussi disproportionnées que le matraquage médiatique saluant la sortie des nouveaux ouvrages – il y en a deux – du «philosophe». Il y a pourtant longtemps que sa rigueur méthodologique fait l’objet de critiques. Dès 1977, le philosophe Gilles Deleuze comparait l’œuvre des nouveaux philosophes à du «marketing littéraire», parlant d’une «pensée nulle».

Deux ans plus tard, l’historien Pierre-Vidal Naquet relevait les «erreurs grossières» qui émaillent Le testament de Dieu, qualifiant son auteur d’un «médiocre candidat au baccalauréat». Parmi les perles relevées, une «déposition d’Himmler» au procès de Nuremberg, alors que le chef de la Gestapo s’était suicidé six mois avant son ouverture. Il y eut aussi le «roman-enquête» Qui a tué Daniel Pearl ?, qui fit dire à la veuve du journaliste américain décapité par des fanatiques que BHL est un homme dont «l’ego détruit l’intelligence».

Yann Moix, l’allié fidèle

Sur l’affaire Botul, on remarquera que BHL a cité le faux philosophe dans le cadre d’une leçon à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm (Paris). Sachant que chaque intervention de notre homme est tarifée entre 12 500 et 50 000 euros (source: Speakers Academy), cela fait cher le canular.

Le plus surprenant pour un observateur étranger, c’est le soutien dont jouit BHL dans les médias parisiens. Au point que Marianne, qui lui a consacré plusieurs pages dans son dernier numéro, n’aborde même pas l’affaire sur son site (à l’exception de quelques lignes sur le blog de Jean-François Khan).

Jean Daniel, du Nouvel Observateur, lui réitère son amitié, tout en laissant entendre qu’il voyait venir la catastrophe. Sur le site de Libé, on a carrément fermé aux commentaires l’article (gentil) consacré à l’affaire Botul, en précisant que BHL est «actionnaire et membre du conseil de surveillance» du journal.

Le pompon revient à L’Express qui, non content de trouver toutes les excuses au «philosophe», n’hésite pas à ajouter le ridicule au ridicule. En brandissant une interview dans laquelle BHL déclare qu’après l’éreintement de son film Le jour et la nui t, il avait vu apparaître dans ses mains des «sillons de sang».

Oui, vous avez bien lu. BHL frappé de stigmates. Même s’il s’agit d’une métaphore, elle est un peu raide. C’est tout de même sur le site de la revue de ce messie, La règle du jeu, qu’est paru le pamphlet haineux de Yann Moix consacré à la Suisse.

 

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Commentaires

Le Cercle des Petits Copains disparus... Oui, oui. C'est bien ça. Le monde fonctionne en cercles, avec des amitiés, des inimitiés, des largages, des traîtrises. Le monde des intellectuels est une petite mafia bien organisée. Censurer la parole, censurer le penseur qui doute, qui attaque, qui affronte l'intelligentsia au pouvoir. c'est terrible de subir tout ça de gens qui prétendent être le summum de l'humanisme contemporain. Des penseurs qui attaquent les religions mais qui font de leur religion à eux, l'athéisme, le degré le plus haut de l'intelligence humaine tout en renvoyant les contradicteurs sur le bûcher des hérésies. Tiens tiens. C'est bizarre comme une certaine intelligence athée a retourné l'Inquisition contre les penseurs croyants qu'ils soient d'origine chrétienne ou musulmane. Mais comme par hasard, dans ces milieux-là, le judaïsme est plus souvent qu'à son tour épargné. Pourquoi? Pour quels objectifs? Je ne le sais pas sauf que ces gens ont souvent des origines juives. C'est triste, très triste d'en arriver même chez ces gens à ne pas pouvoir dialoguer franchement tout en acceptant une certaine critique de leur méthode de faire; une attaque en règle d'un pays comme la Suisse par exemple, avec ce désormais célèbre Mr Moix. Je ne comprends pas, je refuse de comprendre qu'un cercle d'intellectuels s'en prend avec mauvaise foi à un autre cercle d'intellectuels. L'intelligence est justement née pour que les êtres humains se rencontrent plutôt qu'ils se déchirent. Mais quand les luttes de pouvoir sont plus importantes que la vérité, la catastrophe pointe toujours le bout de son nez. Bonne soirée.

Écrit par : pachakmac | 15/02/2010

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