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02/11/2011

Les émeutes, la dette et l’usure

 L’islam rejette fermement l’usure. Le Coran affirme : « Dieu a rendu licite la vente et illicite l'intérêt usuraire. » (Coran, 2, 275)

 

 


Dans son sermon d’adieu, le Prophète Muhammad a définitivement mis un terme à la dette alimentée par l’usure, exigeant la seule restitution des capitaux empruntés :

« Ô peuple ! Toute part d’intérêt est abolie, mais le capital vous revient sans que vous ne soyez injustes ou que l’on ne soit injuste à votre encontre. Dieu a décrété l’interdiction de l’intérêt. La part d’intérêt qui revient à ‘Abbâs Ibn ‘Abd al-Muttalib est complètement abolie. »

Il est intéressant d’observer que le Prophète a appliqué la loi divine en commençant par les siens. Ici, c’est son oncle paternel ‘Abbâs qui devait renoncer aux intérêts qui lui étaient dus.

On nous parle aujourd’hui de la « crise de la dette ». Les émeutes en Grèce révèlent l’ampleur des dégâts occasionnés par le système de la finance virtuelle, qui repose sur la procédure usuraire. Elle touche des Etats et des peuples pris en otages, qui pour rembourser ce qu’ils doivent s’endettent davantage. Elle touche les pays pauvres dévorés par la spirale du surendettement. Mais elle s’acharne aussi, plus près de nous, sur les jeunes et moins jeunes pris aux pièges de la consommation et du crédit.

Et remarquez : la dette, la dette ! On ne nous parle que de cela. Pourtant, toute dette suppose un créancier. On ne nous dit rien de ceux qui, au sommet de cette tour de la madoffisation du monde, s’enrichissent à circuit fermé. Il y a plus de 1400 ans, le Prophète abolissait l’usure pour le bien de l’humanité.

Existe-t-il une autre solution ?

Hani Ramadan

Paru dans la Tribune de Genève

1er novembre 2011 

 

 

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Commentaires

Les gredins de la finance et de la politique

Le plus court chemin qui mène à la "gloire" est d’être « un gredin de la finance » qui possède assez de "talent" pour simuler la faillite afin que l’Etat inféodé aux diktats de la Bourse vole à son secours en volant les petites gens ou d’être « un gredin de la politique » qui a assez d’imagination pour « donner ce qu’il n’a pas et promettre ce qu’il ne peut donner » ou encore de gagner au loto ou d’écrire un best-seller qui parle de tout et de rien… et ce en vue d’acquérir une Rolex (1) signe ostensible d’une "vie réussie". Mais, l’homme humble n’aime pas les jeux de hasard et il ne sait ni compter à la manière d’un trader, ni écrire à l’instar d’un notaire. Il ne sait, de surcroît, ni promettre la lune ni la décrocher sans oublier que son rapport au temps même une Rolex ne peut le saisir ni l’apprécier. Il n’a non plus aucune imagination fantasmatique. Quant au "talent", il est son talon d’Achille. Il est donc condamné, selon les arrivistes et autres opportunistes, à demeurer "pauvre et anonyme". Les nuits blanches et les idées noires sont son épreuve. Les difficultés au quotidien sont sa crise. Il est jugé sans envergure, selon « les gredins de la finance et de la politique », alors qu’il ambitionne de se changer d’abord lui-même en vue de « changer la vie » et de « transformer le monde ». Il est taxé d’idéaliste par les tenants d’un réalisme autiste parce qu’il veut, au final, changer les cœurs. Selon les ténors de la réussite facile, son étoile est terne cependant il désire éclairer le monde. Il faudrait un miracle pour qu’un éclat de verre devienne diamant ou la pierre philosophale afin que le plomb se transmue en métal précieux spéculent les « golden boys » sur son cas. Ils surenchérissent en ironisant qu’il faudrait découvrir la « Source de jouvence » pour que L’Oréal fasse faillite et la « Corne d’abondance » afin que la « grande distribution » mette la clef sous le paillasson. Il faudrait mille et un Hercule pour dépolluer cette énorme écurie qu’est devenue notre planète, mille et un saints pour spiritualiser la politique ainsi que mille et un Ulysse pour déjouer tous ses stratagèmes… Les gredins de la politique et de la finance ont, selon leurs pronostics, de beaux jours devant eux.

L’homme de l’humilité vécue comme « vertu de l’âme » est condamné sans appel. A son mal, point de remède. A ses problèmes, point de répit. Car la fortune sourit aux vicieux. Mais c’est compter sans la force du rêve et la puissance de l’utopie (2) ! Le monde doit être dépollué, l’homme refait selon des impératifs autres que mercantiles et la vie réinventée et réorientée vers davantage de sens et d’équilibre. La politique doit revoir ses fondamentaux afin que l’homme retrouve sa place dans le cours de l’histoire. Ce n’est plus le monde effectivement qui doit tourner autour de l’homme mais c’est l’homme qui désormais doit graviter autour du monde (3). Vaste programme ! La volonté seule ne suffit guère. Il faudrait davantage : un homme neuf développant une conscience neuve ainsi qu’un paradigme inédit sécrétant des idées inédites. L’homme doit désormais subir une nouvelle « blessure narcissique ». Plus profonde et plus radicale que les précédentes. Peut-être aussi portée là où il faut et sans état d’âme. Car l’homme est trop satisfais de ses performances existentielles. Mais surtout il est trop suffisant… Ce qui s’oppose à ses désirs et à ses plaisirs, il le voue aux gémonies. Ce qui le réfute, il l’occulte. Il n’a d’yeux que pour lui-même. Il est malade mais il s’ausculte lui-même. Il est névrosé mais il est son propre analyste. Il est lourdement handicapé mais il se complaît dans la confection de prothèses. Il est dans l’impasse mais il s’invente des perspectives hypothétiques. Il n’a d’autres références et d’autres référentiels que lui-même. Il est le serpent qui se mord la queue. L’homme s’étouffe d’être « trop humain ». Sa vocation ne consiste pas à se vouer culte et rites suivant les pulsions de ses carences. Il est fait d’une étoffe qu’il ne peut confectionner selon son propre patron. Il est fait d’une matière qu’il ne peut galber selon ses phantasmes. Il ne peut être considéré comme un héros : héros d’une histoire qu’il a écrite lui-même, qu’il a embellie à force d’affabulations et qu’il a gobée tel un adulte infantile.

L’homme serein demeure conscient de la gravité de la crise, mais il focalise, sans alarmisme aucun, sur sa gravidité. Or pour la faire accoucher, il faudrait une herméneutique aux paradigmes révolutionnaires ou un collège de Socrate d’un genre nouveau. Mais l’homme reste trop humain pour inventer autre que lui-même, pour agir sur une crise dont il est l’artisan et le promoteur, pour adhérer à des références dont il ne serait pas l’auteur… Toute crise est grosse de l’inédit, de l’avenir. Mais l’homme reste borgne et borné. Il ne perçoit de la crise que sa dangerosité au risque de la faire avorter. Toute crise nous offre l’opportunité de faire un saut qualitatif pourvu que l’homme cesse d’être trop humain, pourvu que l’homme invente d’autres schémas qui ne soient pas simple reflet de lui-même. Car l’homme qui invente l’homme fait, suivant des procédés trop humains, de la reproduction en s’installant paresseusement dans la réaction pendant que l’homme qui transcende l’homme en recherchant de nouveaux schèmes peut nouer des liens spontanés avec ce qui n’est pas lui en étant inventif et créatif. Réaliser une performance existentielle quelconque ne fait pas de l’homme autre chose que ce qu’il est, c’est-à-dire trop humain. Le malheur de l’homme vient du fait qu’il pense selon l’urgence et l’exigence de ses carences. Car la pression des insuffisances est restrictive. Il faudrait qu’un jour l’homme apprenne à penser ses limitations et à composer avec elles. La conscience des carences est métamorphose. En attendant, battre des records ne résout point le mal des limites. La pression du manque qui s’exprime au travers de prouesses simplement existentielles demeure la prison d’homo demens. Prison que l’homme serein refuse d’habiter.

Il est des prisons sournoises, en effet, qui n’ont besoin ni de barreaux ni de bourreaux. Elles créent l’illusion de la liberté. Du coup, on ne cherche même plus à s’en évader. On y prend racine et on essaime : la prison devenant plan de carrière, vocation et ambition de toute une vie jusqu’à ce que la raison devienne une vertu de l’âme et non pas un intervalle entre deux projets déments. Mais, l’homme de « l’inconscient cognitif ne sait pas qu’il sait » pendant que celui de « l’inconscient freudien fait semblant de ne pas savoir ». Et dans ces conditions hautement obscurantistes, l’homme demeure l’automate d’une logique inversée. Il croit marcher la tête haute alors qu’il pratique la politique de l’Autruche. Il patauge désormais dans l’auge malsaine du déni de réalité. Il vit tout sur le mode phantasmatique : le savoir, l’autonomie, la liberté… Il fantasme sa vie au lieu de la sculpter au ciseau et à la force de son énergie créatrice mise sous le boisseau de ses détentions narcissiques et névrotiques. La prison de Guantanamo nous apprend que dorénavant ce sont "les prisonniers" qui libèrent leurs geôliers en les initiant à la véritable liberté. Belle leçon de la vie et belle revanche du sens sur le nihilisme qui fait de la vie « une passion inutile » ! La fureur des armes ploie devant les vertus de l’âme ! Le réalisme des idéologies rationalistes/obscurantistes en a pris un sacré coup. Quelle ironie du sort ! L’homme de « l’inversion des valeurs » peut-il relever la tête ou préfère-t-il encore l’enfoncer dans le sable ?
Car sans la véritable liberté aux desseins sereins, l’homme à la Rolex existe-t-il encore ?
Car sans le vrai talent, « les gredins de la banque » et autres trader peuvent-ils aimer Pythagore ?
Car sans l’authentique imagination, « les gredins de la politique » peuvent-ils apprécier Platon et sa République ?
Car sans le vrai sens de la réussite, le quidam qui soupire après le gros lot peut-il s’affranchir de l’organisation infernale de son quotidien prosaïque : métro-boulot-loto-dodo en vue de s’élancer vers des altitudes éthérées et des attitudes libérées de la possession névrotique ?
L’homme humble, quant à lui, continue de cultiver les vraies valeurs loin du « bruit et de la fureur » de la Bourse temple maudit des nouveaux adeptes de la « confusion/inversion des valeurs ».



1) Jacques Séguéla, le publicitaire, a dit sans rougir : « Comment peut-on reprocher à un président de la République d’avoir une Rolex ? Tout le monde a une Rolex. Si à cinquante ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie. »
2) « L’utopie est à l’action sociale ce que l’hypothèse est à la recherche scientifique »
3) Le monde est à entendre au sens de « Livre déployé » (al’kitab al’man’chour).

Écrit par : Najib Elagguir | 02/11/2011

Oui ,il y a une autre solution la finance islamique.
Cette dette avec usure ,c'est une forme d'esclavagisme moderne.Travailler gratuitement et sans fin à cause des interets qui courrent, pour rembourser son usurier.C'est un traitement inhumain de l'homme ,cette façon d'aliener des hommes à leurs créanciers.En Afrique cela s'est traduit de façon dramatique par des famines gigantesque car la dette empeche ces pays d'investir dans le secteur agricole pour pouvoir etre competitif face à l'Europe notamment et auto suffisant.Des millions de gens de part le monde ,mais principalement en Afrique meurt à cause de la famine chez eux.Et plus d'un milliards de gens souffrent de la faim.Alors que notre monde riches pourrait nourrir en tout et pour tout pres de 9 milliards d'hommes.Un autre crime contre l'humanité à l'actif de ces rentiers occidentaux

Écrit par : magnolia | 02/11/2011

Cher Monsieur,

Merci pour votre bon message.
Vous le savez déjà : la monnaie était inventée pour permettre l'échange de biens. Mais jamais, au grand jamais, la monnaie n'avait été créée pour servir la monnaie.

Faire de l'argent (intérêt) sur l'argent est un aberration que certains utilisent pour un enrichissement illégitime.
Le système bancaire islamiste l'a très bien compris.

Au lieu de réclamer un intérêt, les banques islamistes proposent, comme rémunération, une gestion du compte avec les outils modernes.

Cela signifie que l'argent sert à obtenir un l'échange d'un service, et non pas à créer un bénéfice.

je découvre sur la TdG cette parabole:

http://www.michaeljournal.org/ilenauf.htm

Je le disais déjà et je le répète : nous venons nus sur cette Terre, et nous repartons nus.

Paix et Lumière.

Écrit par : Denise | 02/11/2011

Je trouve le commentaire de Denise intéressant, de même qu e l'article initial.

La rémunération de l'argent prêté, et c'est sain, devrait consister en un échange de services et non en intérêts. Reste à définir, quand ce sont des Etats qui sont débiteurs, en quoi pourraient consister ces services. En outre, sur le plan technique, il faudrait alors redéfinir le rôle des banques centrales. Celles-ci, pour l'heure, peuvent lutter contre l'inflation en intervenant sur leur taux directeur, et donc sur les taux d'intérêt ; quel nouveau moyen mettra t-on alors à disposition des banques centrales pour lutter contre l'inflation ?

Enfin, une question à M. Ramadan. Je connais trop peu l'Islam pour en avoir la réponse. L'interdiction des intérêts par le prophète, me semble-t-il, avait été édictée à une épique où seuls étaient en jeu les prêts à des particuliers. Cette interdiction s'étend-elle vraiment aux prêts consentis à des Etats ou à de grandes sociétés multinationales ? EN d'autres termes, les propos du Prophète concernant les intérêts s'étendent-ils à tous les prêts ou seulement à ce qu'on désignerait aujourd'hui comme entrant dans la catégorie du "petit crédit" ?

Écrit par : J.-L. Masson | 03/11/2011

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