1959

03/11/2011

Islam et spiritualité aujourd'hui

Emission de Gilles Soulhac

Entretiens avec Hani Ramadan

 

Radio Cité : http://www.radiocite.ch/spiritualite.html

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L’absolue problématique

La thématique de l’ego/âme (nafs’), « l’absolue problématique » (1), est et restera l’occupation/préoccupation de nombre de spiritualistes, philosophes et autres thérapeutes de l’âme du fait de la tyrannie qu’exerce l’ego sur tout un chacun parce que lui-même subit de plein fouet « la tyrannie du plaisir ». Du coup, l’ego ne peut donner ce qu’il n’a pas.

L’ego effectivement répugne à la discipline (2). C’est qu’il aime la facilité ! Il n’hésite pas, de surcroît, à inventer théorie sur théorie afin de s’y maintenir. Il peut être l’artisan d’hypothèses saugrenues et autres prothèses pourvu que son "plaisir" soit sauf. Il a la fâcheuse tendance de proclamer haut et fort ses droits et de taire sans honte ses devoirs. Ce qui s’inscrit effectivement en faux contre ses désirs et ses plaisirs, il le voue, sans état d’âme, aux gémonies. Il est intraitable quand il s’agit de son confort qu’il se veut princier/seigneurial. Il s’offusque et se formalise de toute entrave à ses délires. Quand il verse dans la difficulté, c’est uniquement pour entretenir la facilité qu’il chérit tant. C’est pourquoi, à des fins égotiques, il nous fait traverser le désert à pied, la manche à la nage et l’océan à la rame. C’est pourquoi il nous fait faire le tour du pôle nord à la raquette et en traîneau et le tour du monde en vélo… Il adore, en outre, toutes sortes de prouesses ainsi que les stéroïdes nécessaires à tout exploit physique. Il convoite toujours la première place du podium même s’il faut pour cela se doper, tricher, mentir, diffamer, donner des coups de poignard dans le dos… Car, la performance engendre la célébrité/notoriété qui génère la facilité.
Loin de moi l’idée de dénigrer, ces exploits physiques qui exigent une énergie phénoménale, une volonté de fer et un mental d’acier. J’aimerais juste signifier qu’il est plus "aisé" de réaliser une performance physique ou cérébrale que de bannir le mensonge de sa vie en plébiscitant la vérité à vie (3), d’être honnête et loyal même à ses dépens, gentil et jovial même avec les méchants et surtout d’être d’humeur égale (4) quelque que soient les événements… Ce sont là des prouesses éthiques que l’ego méprise et auxquelles il répugne.

L’ego, énonce en effet le Coran, est « instigateur du mal ». Or la pratique du mal est toujours plus facile que celle du bien. Il devient ainsi plus aisé de mentir pour se tirer d’affaire que de dire la vérité et ce pour ne pas nuire à ses propres intérêts. Il devient ainsi plus commode de rester fidèle à ses propres déterminismes/allégeances que d’en vérifier l’authenticité et la portée éthique... Il devient ainsi plus pratique d’enfoncer son ami/collègue/confrère… que de perdre la face… L’ego nous mène la vie dure parce que la facilité est son credo, son dogme et son paradigme. Comment l’en extirper ? En le caressant dans le sens du poil ? En étant aux petits soins de ses caprices et autres lubies ? En cultivant ses fantasmes et autres élucubrations ? En abondant dans son sens et autre non-sens ? En l’inscrivant « Par-delà bien et le mal ? »

Avec lui la "psychologie inversée" devient nécessaire parce qu’elle lui coupe l’herbe sous les pieds. L’ego doit être contrarié, secoué parce qu’il manque de maturité, de patience et de pertinence. Tel un bébé qui emplit l’espace de cris et de pleurnicheries parce que le biberon n’est pas prêt, l’ego demeure enchaîné à ses appétits personnels/compulsionnels. On trouve des excuses au bébé, mais l’ego doit être grondé. Sinon, nous resterions tous de grands bébés ou des adultes infantiles qui râlent à longueur de journée, qui se défaussent sur autrui, qui sont dans la comparaison systématique, ou dans le dénigrement tous azimuts... Il faut s’inscrire à rebours des tendances égotiques et des passions narcissiques en vue d’accéder à davantage de performances éthiques (5).

Mais, l’ego n’aime point les entraves. Et l’éthique, selon ses catégories de compréhension et d’action, est le pire des boulets. Il faut donc la lui administrer même à des doses infinitésimales. Car faire toujours ce que nous aimons peut mener, parfois, à l’addiction la plus handicapante. Qu’est-ce qu’un plaisir qui mène à la dépendance ? Une réduction en esclavage volontaire. Du coup, le plaisir se transmue en dégoût et l’existence en calvaire (6). L’horizon s’obscurcit et l’ego devient un abîme dans lequel tous les repères se perdent ainsi qu’une nébuleuse qui rend floue toute perception de la « vie vraie ». S’en sortir commence donc par se méfier de son propre ego. Mon ennemi n’est pas l’autre mais moi-même. D’où l’importance de la "psychologie inversée" qui prend le contre-pied des manipulations égotiques et qui avalise et labellise les réticences narcissiques. Il ne faut rien évaluer à l’aune de l’ego afin de ne pas commettre de vilenie, ni d’injustice… Il faut plutôt le faire évoluer vers des niveaux de compétence/performance ainsi que des plans de conscience aux antipodes des tendances égotistes/narcissiques. Pour ce faire, l’assainissement/maîtrise de l’ego devient une nécessité et une priorité afin de sortir des infantilismes dans lesquels l’ego « cette vilaine portion de nous-même » nous emprisonne.

C’est à ce niveau de difficulté et d’engagement, me semble-t-il, que le « grand combat » commence. Car, comme l’affirme, avec raison, Gaston Berger : « c’est le moi plus que les choses qu’il faut mettre en question. Si la liberté n’est pas un vain mot, je ne dois me comprendre que pour me transformer et parvenir à m’accomplir. » M’accomplir dans la responsabilité, la lucidité, le respect, la miséricorde… Là est l’absolue problématique qui ne sera résolue que le jour où la personne humaine transformera son ego plutôt que « les mots et les choses ».


1) « Dieu ne modifie rien en un peuple avant que les individus qui le composent ne changent leur ego (ce qui est en eux-mêmes. » (13/11). Tout changement reste conditionné par la transformation en profondeur des individus. Il ne sert de rien de changer de look en vue de changer sa vie. Il faut changer d’ego. Et c’est la grande affaire !
2) « L’excellence est la contrainte et le difficile. Et il est difficile d’être excellent. » C’est pourquoi l’ego opte toujours pour la facilité comme méthodologie/idéologie.
3) Des livres ont été écrits, des films ont été tournés, des pièces ont été mises en scènes qui font l’apologie du mensonge.
4) Être d’humeur égale est, à mon sens, un vrai exploit dont trop peu de gens sont capables.
5) Personne n’est exempt de défauts ; c’est une évidence. Mais l’éthique exige de chacun qu’il apprenne à circonscrire ses défauts à sa propre personne. C’est un minimum. A quoi bon courir le cent mètres en moins de dix secondes et faire subir ses sautes d’humeur à son entourage constamment !
6) Pensez, par exemple, aux personnes dépendantes des jeux (Casino, PMU, Poker…) ou des drogues dures/douces ou d’habitudes neutres en apparence… Le plaisir fugace des premiers instants, hélas, se transforme en souffrance quotidienne qui inscrit, malgré soi, dans l’esclavage. Lorsque l’addict décide de s’en sortir, la dépendance implique un combat non moins douloureux : le sevrage qui exige volonté et lucidité, qui plus est, dans la durée.

Écrit par : Najib Elagguir | 10/11/2011

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