1959

06/06/2012

Un sermon : La réalité de ce monde


 

Dans ces versets, Dieu nous fait comprendre quelle est la réalité de la vie présente. Il nous montre son caractère éphémère. Elle n’est qu’une distraction qui écarte l’homme de ce qui est essentiel, et l’essentiel, c’est de se tourner vers Dieu en se préparant à l’au-delà. Car nous serons, sans l’ombre d’un doute, ramener à Dieu, soit pour être soumis au châtiment divin, soit pour recevoir le pardon de Dieu et être admis au Paradis.

Dieu nous rappelle ensuite que la vie présente n’est que jouissance trompeuse (matâ‘ al-ghurûr). Elle trompe celui qu’elle fascine par ses attraits, et qui finit par croire qu’il n’y a pas d’autres vies, alors qu’elle n’est que peu de chose, comparée à l’au-delà.

S’il en est ainsi, l’islam nous encourage à saisir sans attendre les occasions qui nous sont données de faire le bien et de nous écarter du mal, de chercher à obtenir la meilleure récompense et le plus haut degré au Paradis.

La vie est un excellent moyen, si par elle nous cherchons à atteindre le but qui la transcende ; mais elle devient un dangereux obstacle si nous en faisons une fin en soi.

 

Il existe ainsi deux catégories d’hommes :

 

 

La première est composée des êtres doués de sagesse, qui ont compris ce caractère passager de la vie ici-bas, qui ont compris que derrière ses plaisirs se cachent très souvent des regrets ou des épreuves. Ils ont compris qu’elle n’est qu’un chemin vers la vie éternelle, et ils se contentent de peu, préservant ainsi la santé de leurs corps et l’intégrité de leur foi. Le monde ne les a pas distraits de l’adoration. Au contraire, ils gardent présents à l’esprit, constamment, la perspective de rendre leur dernier souffle et de ce qui s’en suivra dans l’au-delà. Ils méditent sur leur avenir, et réfléchissent sur la façon de quitter ce monde tout en ayant préservé intacte leur foi. Ils pensent à ce qu’ils emporteront dans leurs tombes, et aux biens qu’ils laisseront à d’autres, ils pensent au « Jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d’une quelconque utilité. » (Coran, 26, 88)

Ayant compris cela, ils se sont préparés au voyage. Ils se sont préparés à l’examen, ont pris les provisions nécessaires, et « la meilleure des provision, c’est la piété. » Ils ont eu peur, Dieu les a apaisés. Ils se sont montrés bienfaisants, Dieu les a reçus. Un poète a dit d’eux :

Dieu a des serviteurs sages et sagaces

Qui ont répudié le monde et ont craint ses séductions

Ils l’ont observé, et lorsqu’ils ont su

Que ce n’est pas là la patrie d’un vivant

Ils l’ont considéré telle une mer profonde

 

Et ont fait de leurs bonnes œuvres autant de navires !

 

Quant à la deuxième catégorie, elle est composée de ceux qui sont aveuglés par leur ignorance. Ils ne voient pas la réalité des choses. Ils n’en comprennent pas le caractère nuisible. Ils sont séduits par les ornements de la vie. Ils s’y éternisent et s’y sentent en sécurité. Au point qu’ils oublient Dieu et l’obéissance à Dieu. Le Coran parle ainsi de ceux : « qui ont oublié Dieu, de sorte que Dieu a fait qu’ils s’oublient eux-mêmes. Ceux-là sont les pervers. » (Coran, 59, 19)

Ils édifient la vie présente ; et elle, elle les détruit.

Ils subissent l’attrait de ses séductions et s’écartent de Dieu ; et elle, elle les humilie.

Ils y ont mis toutes leurs espérances, se complaisant dans l’idée de vivre indéfiniment, et ils ont oublié la mort et le terrible jugement qui les attend. Leurs espoirs et leurs efforts ont été rendus vains, et ils ont perdu la vie présente et l’au-delà.

La vie présente comprend tout ce que les hommes désirent et tout ce qui les préoccupe, comme cela est énoncé dans le Coran : « On a enjolivé aux gens l’amour des choses qu’ils désirent : femmes, enfants, trésors thésaurisés d’or et d’argent, chevaux marqués, bétail et champs. Tout cela est un objet de jouissance pour la vie présente, alors que c’est près de Dieu qu’il y a bon retour. » (Coran, 3, 14)

Celui qui est prêt à obtenir ces choses de façon illicite, ou qui en oublie ses obligations vis-à-vis de Dieu, entre dans la catégorie de ceux que le Coran décrit en affirmant : « Quant à celui qui aura transgressé, et qui aura préféré la vie d’ici-bas, la Fournaise sera alors son refuge. » (Coran, 79, 37-39)

Le Coran dit encore : « Ceux qui veulent la vie présente avec sa parure, Nous les rétribuerons exactement selon leurs actions sur terre, sans que rien leur en soit diminué. Ceux-là n'ont rien, dans l'au-delà, sinon le Feu. Ce qu'ils ont entrepris ici-bas sera un échec, et sera vain ce qu'ils faisaient. » (Coran, 11, 15-16)

Le Prophète Muhammad a dit : « La vie présente est la demeure de qui n’a pas de demeure, le bien de qui n’a pas de bien, n’y amasse des biens que celui qui manque d’esprit. » (Rapporté par Ibn Abî ad-Dunyâ et al-Bayhaqî avec une excellente chaîne de transmission.)

Si donc, mes frères et sœurs en Islam, nous voulons connaître la qualité de la foi d’un croyant, nous pouvons faire référence à deux critères : le premier est celui de la piété (at-taqwâ), et le second est celui de la conscience du caractère passager de cette vie. En d’autres termes, l’homme de foi authentique craint Dieu, et vit dans la conscience que l’existence est un cheminement vers l’au-delà. Le Coran affirme :

 

« Et rappelle-toi Abraham, Isaac et Jacob, nos serviteurs puissants et clairvoyants. Nous avons fait d'eux l'objet d'une distinction particulière : le rappel de l'au-delà. » (Coran, 38, 45-46)

 

Cela signifie que ce qui distinguait ces grands hommes, c’est la conscience lucide qu’ils avaient de la réalité de cet univers passager et éphémère.

 

Mes frères et sœurs,

Qu’en est-il de nous aujourd’hui ?

Quelle part de notre vie consacrons-nous, volontairement, à l’au-delà ?

Est-ce que l’adoration de Dieu et l’au-delà sont nos préoccupations essentielles ?

 

Nous demandons à Allah qu’Il fasse que nous soyons du nombre de ceux qui se préoccupent de l’au-delà plus que de ce bas monde.

 

Allâhumma âmîn !

 

 

 

 

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