1959

31/10/2012

Islam : guerre contre les juifs et les chrétiens ?

 

 Denise me pose cette pertinente question :

 

 

 


   « En vérité, rendre grâce à Dieu pour ce qu'Il nous accorde doit être la légitimité de nous nourrir, nous et notre famille.

"Célébrez le Seigneur, bénissez son nom. Car le Seigneur est bon, sa fidélité est pour toujours et sa loyauté s'étend d'âge en âge." (Psaumes 100.4-5)

Mais je suis perplexe en lisant:

« Vous qui croyez, ne prenez pas de juifs et de chrétiens pour amis. Ils sont amis entre eux. Qui les prend pour amis sera des leurs, mais Dieu ne conduit pas le peuple coupable. » (Coran 5 : 51)

Quel est le sens de ce verset? »

 

 Réponse

 

 La traduction du verset que vous citez n’est pas correcte. En voici une plus précise :

 

 « Ô vous qui avez cru! Ne prenez pas pour alliés les juifs et les chrétiens; ils sont alliés les uns des autres. Et celui d'entre vous qui les prend pour alliés, devient un des leurs. Dieu ne guide certes pas les gens injustes. » (Coran, 5 : 51)

 

Le terme arabe awliyâ’ signifie effectivement alliés, et non pas amis. Pour preuve, cet autre verset où il est utilisé :

 

 « Ô vous qui avez cru ! Ne prenez pas pour alliés (awliyâ’) vos pères et vos frères s'ils préfèrent la mécréance à la foi. Et quiconque parmi vous les prend pour alliés... ceux-là sont les injustes. » (Coran, 9, 23)

Le verset que vous citez doit par ailleurs êtres compris dans son contexte : les musulmans ne doivent pas établir d’alliance avec les nations qui les agressent sans droit. Ce verset conserve toute son actualité. Ainsi, les musulmans palestiniens n’ont pas à établir d’alliance avec le régime sioniste alors que ce dernier poursuit sa colonisation et ne respecte aucune convention. Les musulmans syriens n’ont rien à attendre de la communauté internationale qui – sionistes et chrétiens sionistes en tête – a pris la décision qu’ils pouvaient être massacrés sans que personne n’intervienne.

Lisez cet extrait, que je livre pour la Xe fois,  de la revue Kivounim (Orientation), publié par l’« Organisation Sioniste mondiale » à Jérusalem (n° 14, février 1982) : « L’éclatement de la Syrie et de l’Irak en régions déterminées sur la base de critères ethniques ou religieux, doit être, à long terme, un but prioritaire pour Israël, la première étape étant la destruction de la puissance militaire de ces États. (….) Riche en pétrole, et en proie à des luttes intestines, l’Irak est dans la ligne de mire israélienne. Sa dissolution serait, pour nous, plus importante que celle de la Syrie, car c’est lui qui représente, à court terme, la plus sérieuse menace pour Israël. »

 

Que nous dit le Coran ? Il n’y a rien à attendre d’un système d’alliances (observez le rôle misérable de l’ONU !) qui voue une telle haine à l’islam et manifeste une telle hostilité contre les musulmans. On ne doit pas pactiser avec le diable.

 

Cependant, le Coran ne nous interdit pas de nourrir les meilleures relations – fondées sur la bienfaisance et l’équité – avec ceux qui, juifs ou chrétiens – respectent les droits humains.  Le Coran lui-même indique quelle est la nature des liens qui unissent les musulmans et les non-musulmans dans des conditions normales de paix:

 

« Dieu ne vous défend pas d'être bons et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures.  Dieu aime les équitables.

Dieu vous défend seulement de prendre pour alliés (le verbe  tawallawhum a la même racine que le mot awliyâ’)  ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes. » (Coran 60, 8-9)

 

Le verbe barra signifie « se montrer bon, bienfaisant, charitable ».  Le mot birr est aussi utilisé pour désigner la bonté envers les père et mère. Al-birr évoque ainsi le plus haut degré de la bienfaisance.  Et c'est à cette attitude morale que nous invite le Coran vis-à-vis de tous ceux qui ne sont pas musulmans !  A quoi il faut ajouter l'équité.  La différence de religion ne saurait en aucun cas être le prétexte de discriminations au niveau de la justice qui s'applique pareillement à tous les êtres humains.

 

Hani Ramadan

 

 

 

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Commentaires

Salamû 'Aleykûm,

Ainsi je reste stupéfait sur la réflexion aussi approfondie dont vous faites preuve !

Merci Hani :-)

Écrit par : Jawad | 27/10/2012

Bonjour,

Pour celui qui veut comprendre, l'explication de ce verset et de ceux cités dans la réponse, ne peut être plus claire.

Merci à vous Dr Ramadan.

Eïd Moubarak

Écrit par : Cellou | 27/10/2012

Au passage, Denise pourait-elle nous éclairer sur le sens de ses versets ?

"Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère;et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison"

Matthieu 10.35-36.

Écrit par : Jean | 27/10/2012

Assalam Aleykoum Sheykuna,


Encore une fois je suis époustouflé par la profondeur et la pertinence de vos poste,


Qu'Allah vous accorde le Firdaws

Qu'Il libère tous nos frères et soeurs opprimés en Syrie, en Palestine, au Mali etc...

Écrit par : Aness | 28/10/2012

Merci Monsieur Ramadan pour votre commentaire. Les choses sont en effet bien plus claires lorsqu'elles sont exprimées avec clarté et compréhension.

Pour répondre à Jean, "Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère;et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison" : cela signifie très probablement que les familles - les peuples, les nations sur Terre - sont symboliquement représentées par "homme et son père", "fille et sa mère", "belle-fille et belle-mère". Ce sont les familles de Dieu.

Autrement dit, "l'homme qui a pour ennemis les gens de sa maison" signifie que c'est au sein d'une communauté ou dans nation que les divisions vont surgir. Parce que

L’œuvre de Dieu est de rassembler Ses croyants. Dieu est universel, mais Ses croyants ne le savent pas tous encore. Certains croyants oublient peut-être que la religion est un chemin, la Foi un moteur, et Dieu est au bout de la route et nous attend au tournant, si on n'y prête garde, mais Il est aussi le pilote qui nous guide et nous éclaire si on Le vénère.

Tout comme le sage auteur de ce blog, qui ne nourrit point de haine envers ses frères chrétiens ou ses frères juifs ; il peut même en avoir parmi eux pour amis, sans pour autant s'allier avec eux.

Jeudi 1er novembre 2012.

Écrit par : Denise | 01/11/2012

Les syriens qui tirent sur des syriens ne sont donc pas des musulmans?
Vous restez maiktre dans l'art de la taqiya.

Écrit par : JJ Hannot | 01/11/2012

Je ne veux pas me substituer à Monsieur Ramadan pour la réponse qu'il déciderait de vous apporter, cependant je crois que le sens même du verset cité dans Matthieu 10.35-36 s'applique à nos frères musulmans, à savoir qu'il n'est pas concevable qu'un croyant qui respecte l'Islam puisse attaquer un autre croyant qui respecte l'Islam. L'un des deux est forcément dans l'erreur...

Écrit par : Denise | 02/11/2012

Je souhaite mentionner que vient de se dérouler un colloque à l'ING, pour la commémoration évoquant le 150e anniversaire de la parution du témoignage émouvant d'Henry Dunant "Souvenir de Solferino" (1862).

Cet ouvrage fait une franche évocation d'un champ de bataille : et cela débouche heureusement - malgré cette terrible horreur - sur la création de la Croix-Rouge (et du Croissant-Rouge, par la suite).

Aujourd'hui, les faits relatés dans cet ouvrage sont totalement d'actualité.

Je regrette vivement que M. Hani Ramadan n'a pas été convié à ce colloque, pour deux raisons:

- d'abord, parce qu'il est Homme de Paix et que je le salue et le respecte en tant que tel,

- ensuite, parce que les multiples intervenants de ce colloque - ont mis en évidence la première nécessité et l'urgence du message d'Henry Dunant : porter secours aux blessés sans distinction d'uniforme, d'origine, de croyance, de langue ou de couleur de drapeau, même si cela se passait à une bien autre époque, dans le passé, en réalité un passé très proche, il y a approximativement juste 1$0 ans.

- et pour conclure, que les événements que rapporte Henry Dunant sur un champ de bataille (Solferino, 1862) sont hélas totalement et entièrement compatibles ou transposables aujourd'hui en 2012 avec ce qui hélas se passe en Syrie - soit: qu'il soit bien compris que les blessés - soldats, civils, etc, - ne peuvent pas être achevés comme moins que des animaux, comme le démontre une vidéo, soit qu'ils puissent avoir droit d'être traités comme des blessés : " tutti fratteli ".

les terribles images que les moyens modernes comme internet nous apportent sont bouleversants et nous ramènent à des barbaries qu'on croyait bannies.

Mais lorsque ce sont ces "chefs de guerre" ou ces "guerriers talibans" qui sont des interlocuteurs, lorsqu'il s'agit d'action humanitaire, comment leur parler?

Comment être en égalité avec eux, en langage, en symbiose culturelle et surtout confessionnelle?

Il ne suffit pas d'arriver en disant "Allah Oh Akbar" pour être écouté.

Comment gagner leur confiance, les amener à exposer leurs attentes ou leurs revendications, sans les trahir (entendez : permettre à des puissances étrangères de localiser leurs abris pour envoyer des drones afin de les éliminer).

Encore une fois, je pense que toutes les routes de Foi mènent à la semblable et pareille sortie ; mais, au-delà du chemin choisi ou imposé par la culture ou la confession, que ce soit par les parents, par la famille ou par la tradition : comment se sortir de cet épouvantable SPECTRE qu'est "Dieu-Allah-Jahwé" si on n'y adhére pas, et cela sans être mis au ban, sans être condamné à l'exil, voire même se retrouver proscrit dont l'existence être mise en péril?

Je vous remercie pour votre réponse.
Paix et Lumière

Écrit par : denise | 04/11/2012

Bonjour,

La question de Denise est légitime, très pertinente et reste d'actualité.

Le texte Coranique est explicite pour celui qui considère correctement le contexte dans lequel il a été révélé. L'explication de notre Cheikh (que je remercie) en est un ebon exemple: elle reste fidèle au message de l'Islam, un message cohérent de paix et de respect des droits humains.

Nabile
Les droits de l'Homme, souvent cités comme référence, sont bafoués à tout-va! Ils ne sont pourtant qu'une infime partie de ce que nous enseigne Dieu à travers Sa Religion: l'amour de son prochain, le respect et le bon comportement envers nos amis ET nos ennemis. Nul ne pourrait garantir cela aujourd'hui, si ce n'est un musulman dont le coeur est véritablement empli d'Amour et de Crainte pour Son Créateur.

"La notion de bien et de mal restent inchangés. Seule notre vision, loin de la lumière divine, peut se perdre dans l'obscurité."

Écrit par : Nabile | 27/11/2013

Bonjour,

"les musulmans ne doivent pas établir d’alliance avec les nations qui les agressent sans droit", quelle est votre definition de l'agression sans droit? Une restriction des pratiques de l'Islam en terre d'occident, comme par exemple l'interdiction du proselytisme Islamique constituerait-il "une aggression" ?

Cordialement,

Luc

Écrit par : Luc Charbon | 02/01/2015

Bonjour Luc,

La réponse à votre question provocatrice est dans la question elle-même.

Cordialement,

Jean

Écrit par : Jean | 06/01/2015

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