1959

18/12/2012

L’Egypte et sa révolution

Il faut entendre ce que dit le président Morsi

 

La presse et les médias occidentaux se sont largement fait l’écho des accusations portées par les opposants du gouvernement Morsi.


 Ce dernier serait en passe d’accumuler tous les pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire. Mohamed ElBaradei, qui s’était retiré de la course électorale, parle d’une nouvelle dictature.

Pourtant, on gagnerait à entendre ce que dit Morsi. Il s’est récemment exprimé à deux reprises sur la première chaîne publique égyptienne, et s’est expliqué clairement.

On remarquera d’abord le ton libre, voire offensif des journalistes interrogeant le premier homme du pays. Chose qui eût été impensable il y a à peine trois ans sous le régime de Moubarak. Ensuite, on relèvera les arguments dont il est difficile de ne pas reconnaître la pertinence :

Morsi soutient l’ensemble des manifestations, y compris celles de ses rivaux. Il demande seulement à tous de respecter les individus et les lieux publics, et d’éviter la violence. Ces revendications sont pour lui le signe que le pays s’engage résolument sur la voie du respect de la volonté populaire.

Le président refuse en outre la désignation des chrétiens coptes comme étant une « minorité ». Cette appellation ne pourrait concerner que des personnes venues de l’extérieur. Or, les Coptes sont chez eux dans la vallée du Nil au même titre que leurs concitoyens musulmans.

A la journaliste qui l’interroge sur le sort et l’inquiétude des femmes, il déclare sans ambiguïté que tous les Egyptiens, quel que soit leur sexe, doivent bénéficier des mêmes droits.

Il n’a par ailleurs aucune intention de limiter l’action des juges, mais au contraire de distinguer nettement les appareils exécutif et judiciaire. Ceux-ci sont  priés en revanche de ne pas entraver la mise en œuvre de la Constitution permettant d’établir dans le pays un véritable Etat de droit. Rappelons que ce sont ces mêmes juges qui ont eu l’audace de dissoudre le Parlement égyptien en juin dernier, alors qu’il venait d’être élu par le peuple. Soulignons qu’une partie de ces magistrats s’est compromise dans des malversations sous l’ancien régime, et qu’il faudra bien qu’ils rendent des comptes. L’action de Morsi signifie que nul n’échappera à la justice, quand la justice sera vraiment indépendante.

Morsi entend respecter le mandat qui lui a été confié, en prenant ses responsabilités. L’alternance sera en tous les cas garantie et le peuple choisira de sanctionner ou de plébisciter son président le moment venu. L’Egypte est un pays riche de potentialités : au niveau de sa culture, du développement, des entreprises, des terres agricoles exploitables. Une vaste réforme doit être à présent engagée, dans le respect des traités avec les pays partenaires.

En écoutant cet homme, qui a passé six mois en prison avec d’autres parlementaires élus sous Moubarak, et qui dit comprendre, pour cette raison, les exigences de ceux qui réclament la liberté, on ne peut qu’être impressionné par sa modestie qui n’est pas feinte, sa détermination qui s’inspire d’un authentique humanisme, et sa vision de l’avenir qui décrète qu’aucun obstacle n’est désormais infranchissable.

Alors, soyons prudents lorsque la coalition des opposants qui n’ont pas encore digéré leur défaite électorale, appelle à de vaines agitations, et entonne le refrain de la menace islamiste.

Le peuple, dans sa grande majorité, soutient son président.

 

Hani Ramadan

L’invité

24 Heures, 7décembre 2012

La Tribune de Genève, 12 décembre 2012

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Commentaires

Bonjour,

Merci de votre billet sur la situation actuelle de votre pays d'origine. On l'attendait un peu, disons-le franchement.

Toutefois, il faut croire que la situation politique n'est pas aussi claire et apaisée que celle que vous décrivez, à lire notamment une dépêche de l'ATS qui vient de tomber :

http://www.romandie.com/news/n/Acces_au_dossier_des_fonds_Moubarak_refuse_a_l_Egypte97181220121216.asp

On peut lire notamment :

" Dans l'affaire des fonds Moubarak, le Tribunal pénal fédéral (TPF) annule la décision du Ministère public de la Confédération (MPC) d'accorder aux autorités du Caire le droit d'accès au dossier sans restriction. Il juge que la situation est trop instable en Egypte. "

Puis plus loin :

" Pour justifier sa décision de contrecarrer le feu vert du MPC, le TPF relève lui que la République arabe d'Egypte affronte actuellement "une transition interne incertaine caractérisée par une instabilité des institutions". "

" "Les mesures adoptées de manière abrupte par le président (Mohamed, NDLR) Morsi à la fin du mois de novembre" le confortent dans son appréciation. D'autant que des "luttes internes" semblent compromettre "l'indépendance et le respect" entre les pouvoirs exécutif et judiciaire. "

Instabilité des institutions et indépendance des pouvoirs entre l'exécutif et le judiciaire sont les maîtres-mots de ce communiqué du TPF (Tribunal Pénal Fédéral).

L'avenir de l’Égypte, un magnifique pays que j'ai connu jadis, m'inquiète au plus haut point.

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 18/12/2012

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