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04/07/2013

Quand la presse trahit la démocratie

 Jamais la presse occidentale n’aura à ce point soutenu une armée contre un processus démocratique en cours. La manipulation pour faire tomber un président élu par la majorité des Egyptiens aura été totale.


Il y a d’abord des chiffres fallacieux avancés pour soutenir l’idée d’une contestation sans précédent.

Le Monde avance le nombre de 14 millions de manifestants le dimanche 30 juin sur la place Tahrir, voire de 17 millions ! Or, ces chiffres ont été donnés par des sources militaires et policières uniquement pour justifier numériquement la remise en cause de l’élection de Morsi, élu par 13,2 millions de voix (Le Monde du 2 juillet 2013). Les observateurs indépendants ont constaté au contraire qu’il n’y a eu en tout et pour tout que quelques centaines de milliers de participants. Il est ahurissant que les agences de presse se livrent à une telle forme de désinformation !

Il y a ensuite la couverture médiatique des événements : France 24 organisait le soir du 2 juillet 2013 un débat sur ces revendications populaires. Pendant toute l’émission, l’image bien cadrée du rassemblement sur la place Tahrir revenait pour donner l’impression que toute l’Egypte était en colère. A un seul moment, une prise de vue présentant le regroupement des partisans de Morsi a fait son apparition, sans doute pour conserver à cette présentation un semblant d’objectivité. Or, dans le même temps, c’est tout le peuple égyptien qui est sorti pour dire non à l’ultimatum de l’armée et marquer son soutien au gouvernement légitimement élu.  Sur la place Rabi‘a Al-Adawiya, ils étaient quatre millions. Sur la place Al-Nahda, à Giza devant l’université du Caire, ils étaient plusieurs centaines de milliers. A Alexandrie, Assiout, Al Mina, Qina, Bani Souef, Souhag, Doumiat, Al Sharqia, Tanta, Port Said, Al Arish, Al Ismailiyya, Al-Fayoum, Al-Monofeya, Luxor, 6 Oktober, Kafr el-Sheikh, Al-Mansoura, Assouan, Sharm el-Sheikh, dans chacune de ces villes, une foule innombrable a clairement fait savoir qu’elle n’était pas dupe. Le journal Misr 25 qui diffusait en direct, dans la nuit du 2 au 3 juillet,  les séquences montrant une mobilisation plus importante que celle de la place Tahrir, a été ignoré par les médias internationaux.  L’armée a fini par interdire toute prise de vue aérienne de ces rassemblements gigantesques dans au moins 19 villes. Et depuis le coup d’Etat, Misr 25 ne diffuse plus. Trois de ses journalistes ont été arrêtés.

Le journal Le Temps lui-même a utilisé des procédés similaires : présentant le 1er juillet 2013 en première page une vue aérienne de la foule immense place Tahrir, et le surlendemain un gros plan inquiétant sur un barbu, avec en profondeur une photo floue du président, image censée illustrer la mobilisation  pro-Morsi. Page quatre de la même édition du 3 juillet, c’est à nouveau une photo faisant ressortir quelques personnes qui nous est présentée.  

En fait, l’effet médiatique escompté par les opposants minoritaires au gouvernement Morsi, destiné à appuyer une manœuvre militaire qui n’est rien moins qu’un coup d’Etat, a parfaitement fonctionné. Je le répète : c’est une image, toujours la même – la place Tahrir, sur laquelle les médias sont revenus en boucle, encore et encore, avec ces feux d’artifice à l’évidence bien préparés et des lasers opérant –  qui a pu contrebalancer, aux yeux de l’opinion publique internationale, une majorité défendant la légitimité du scrutin, réduite à la « non-visibilité »,  pour être encerclée finalement par des chars déployés.

Le devoir des journalistes libres et honnêtes n’était-il pas de dénoncer ces abus, au lieu de se tenir à une version officielle confortable ?

Il y a enfin l’hypocrisie qui consiste à faire croire que Morsi a mené une action partisane destinée à favoriser son clan. Quelle aberration ! Lui qui dès son investiture a tenu à être le président de tous les Egyptiens, désignant des ministres et des responsables de tous les horizons. Lui qui n’a cessé d’appeler l’opposition à participer à l’effort gouvernemental pour construire ensemble l’avenir du pays. Le respect de la volonté populaire suppose l’acceptation des élections selon une réglementation précise. Ceux qui sont à l’origine de ces troubles n’ont jamais admis la présidence de Morsi. Vaincus par le scrutin, ils se sont unis pour semer le désordre : payant des jeunes gens pour jeter des pierres, et allant même jusqu’à fournir des armes aux voyous qui ont tué de sang-froid des civils.

Les faits attestent que ce sont les Frères musulmans qui ont été victimes de ces transgressions contraires aux principes de la citoyenneté. Jamais ils n’ont admis le recours à la violence. Des membres de l’organisation ont été tués, et plusieurs de leurs bureaux ont été saccagés.

On nous avait mis en garde contre la prise de pouvoir des « islamistes » qui allaient prétendument confisquer les libertés. Qu’a-t-on vu ? Un gouvernement qui a refusé d’interdire l’expression des revendications. Le débat en Egypte était complètement ouvert, ce qui n’est déjà plus le cas aujourd’hui, alors que les arrestations se poursuivent contre la liberté de parole et contre la Constitution.

Il est donc parfaitement regrettable de voir la presse et les médias occidentaux jongler avec les chiffres et se faire l’écho d’une iniquité flagrante, pour justifier en fin de compte que des militaires se substituent à l’arbitrage des urnes.

Aucun esprit libre et éclairé ne peut accepter ce coup d’Etat.

 

 

 Hani Ramadan


P.S. : Nous aurions aimé que Le Temps accepte de publier cet article en admettant nos remarques. La transparence aurait voulu que la rédaction du journal reconnaisse une manipulation des images.

 

 

 

 

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Commentaires

Inacceptable, insupportable et scandaleux.

De la manipulation dans tout les sens du terme, vous faites bien de le rappeler car aucun de ces hommes politiques Français n'oserait dénoncer le coup d'état militaire.

Le courage manque, la lâcheté de nos politiques ainsi que les médias font rages. L'avenir appartient à ses hommes courageux de dénoncer les manipulation dont les citoyens sont victimes.

Vive la démocratie, vive l'islam et vive les frères musulmans !

Écrit par : Jawad | 04/07/2013

Ajoutons que les États-Unis (i.e. tous les amis de l'entité sioniste) soutiennent ce coup d'état. Monsieur le président a parlé de "révolution".
Au nom de la démocratie, ils approuvent et financent des guerres aussi meurtrières que stériles politiquement, mais quand la démocratie n'est pas à leur avantage, il calomnient, mentent, et destituent les pouvoirs officiels (Palestine, Iran, Égypte).

Écrit par : Aladine | 04/07/2013

Effectivement M. Ramadan personne n'est dupe de cette mascarade !
Ce qui me chagrine, c'est qu'encore une fois le manque d'unité qui permet aux ennemis de l'Egypte de mettre à mal la souveraineté de ce pays !
L'Histoire n'est jamais écrite à l'avance !
Merci à vous,

Othmane,

Salam

Écrit par : Othmane | 05/07/2013

Le propre des révolutions n'est-il pas, précisément, d'écouter les aspirations des peuples par-delà la démocratie et les urnes?

On ne saura sans doute jamais combien de manifestants ou de pétitionnaires ont marqué le refus de la politique de Morsi, pourtant effectivement élu.

Mais, en Egypte, la démocratie est trop forte et trop jeune pours'en laisser compter par les discours légitimistes des Frères Musulmans. Et l'armée a toujours été un acteur incontournable de la vie politique de ce grand pays, contrairement à beaucoup d'autres états arabe...

Et puis la force des symboles dépasse souvent les intentions et les actions politiques. Les massacres de chrétiens ont entaché le discours de Morsi sur l'unité de tous les égyptiens.

Enfin, rendre les Frères Musulmans victimes de je ne sais quel complot participe de cette dialectique qui vous est habituelle.

Je suis un esprit libre et je me méfie des gouvernements composés de forces religieuses. On a vu ce que cela a donné dans l'histoire, que ce soit chez les chrétiens comme chez les musulmans. L'Islam polique doit se redéfinir à l'intérieur des démocraties au sein desquelles il existe. En Suisse par exemple... Et en Egypte aussi.

Écrit par : Déblogueur | 05/07/2013

Si je comprends, les centaines de milliers de gens qui ont osé descendre dans la rue sont tous des idiots manipulés ? Quelle basse opinion du peuple égyptien !

Écrit par : archi-bald | 05/07/2013

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