1959

20/11/2013

Non, Monsieur Pierre-Alain Courvoisier

 Ou l’impossible mariage des armes et des urnes

Dans le Courrier des lecteurs de la Tribune de Genève du 15 novembre 2013, M. Pierre-Alain Courvoisier s’est exprimé suite à notre article paru le 13 novembre 2013 : Le président devant ses juges, ou L’admirable président (http://haniramadan.blog.tdg.ch/archive/2013/11/13/l-admir...)

 

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Il aligne dans ses propos un certain nombre de généralités et d’erreurs, comme celle qui présente le vote en faveur  de Mohamed Morsi comme étant la seule alternative au représentant de l’armée, alors que plusieurs candidats se sont présentés aux élections, et n’ont été évincés que par la popularité de Morsi. Or, cette popularité, dans une population estimée à plus de 80 millions, n’a cessé de grandir, contrairement à ce que nous a dit la presse en se faisant l’écho de la désinformation. Raison pour laquelle les militaires se sont précipités avant l’échéance des élections législatives qui auraient dû se tenir l’automne dernier, et révélé le soutien de la majorité des Egyptiens à Morsi !

 

Il trouve une justification à l’intervention de l’armée, en estimant à tort que Morsi n’a pas su faire preuve d’ouverture, alors que les Frères musulmans étaient minoritaires dans la composition de son gouvernement, et alors que le vice-président de son parti était un Copte (Voir à ce propos la lettre d’un Copte adressée à Morsi : http://haniramadan.blog.tdg.ch/archive/2013/11/08/chretie...).

Chacun sait aujourd’hui que dès son investiture, l’administration américaine orientée par les lobbies sionistes et soutenant les putschistes, a tout fait pour saboter le processus en cours de la nouvelle démocratie.

 

Voici la lettre que nous avons remise à Pierre-Alain Courvoisier en plus de ces remarques :

 

 

L’Egypte est un grand pays, avec ses musulmans aussi !

 

Afin de travestir leur coup d’Etat, les putschistes ont misé sur un argument fallacieux, mais qui reste malheureusement efficace : ils ne s’en prennent qu’à une minorité dont la vocation serait d’instaurer une dictature religieuse.

 

Soigneusement examinés, les faits hélas révèlent exactement le contraire : c’est l’ensemble de la société civile qui a défilé sur l’estrade de Rabaa, avant le massacre du 14 août 2013, pour soutenir le président Morsi. Depuis, la revendication a gagné tous les milieux. Le coup d’Etat finira par s’effondrer.

 

IL suffit d’ailleurs de considérer que lorsque le processus démocratique est sérieusement enclenché en terre d’islam, les pays musulmans, à commencer par la Turquie, font le choix de la défense des valeurs traditionnelles, sans pour autant écarter la modernité.

 

Pierre-Alain Courvoisier appelle de ses vœux de nouvelles élections. Et si le résultat ne convient pas aux militaires et à ceux qui les soutiennent ? Un nouveau coup d’Etat trouvera d’autres éminents intellectuels pour nous expliquer que la chose était malheureusement  nécessaire.

Il est étonnant, Cher Monsieur, de vous voir célébrer ainsi le mariage impossible des armes et des urnes…

 

Avec tous mes vœux.


 

Hani Ramadan

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