1959

02/01/2014

Sagesse d’Ibn ‘Atâ’i -Llâh sur la vraie modestie

 

 

 

Rien ne te fera sortir de la qualité (humaine), sinon la contemplation de la qualité (divine).

 


Commentaires 

 

Rien n’extirpera de toi la considération que tu as pour tes propres qualités, comme la vanité et l’orgueil, sinon la contemplation de l’immensité des qualités divines, comme Sa Grandeur et Sa Majesté.

Il s’agit là d’une règle générale qui est toujours valable. Celui qui est témoin de la Grandeur de Dieu ne conserve aucune trace d’orgueil. Celui qui est témoin de Sa Richesse, ne peut que se considérer pauvre. Celui qui est témoin de Son pourvoir, n’a plus aucun pouvoir.

Ainsi, celui qui est témoin des attributs divins perd la notion même de ses propres attributs, qui deviennent insignifiants.

L’adorateur authentique s’en remet à son Seigneur et ne se tourne pas vers son ego. Il ne s’attribue aucune de ces qualités, et il sait que Dieu Seul les possède de façon réelle et absolue

C’est seulement de cette conviction existentielle profonde que naît, selon Ibn ‘Atâ’i - Llâh, la vraie modestie.

 


 

(Extrait du Commentaire des Sagesses d’Ibn ‘Atâ’i -Llâh, par Hani Ramadan, à paraître aux éditions Tawhid in sha Allah)

 

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Le « tawhid » ou la « réduction à l’unité » ou « l’expérience de l’Un » est loin d’être un simple dogme que l’on décline afin d’étaler sa petite science. Le tawhid est un paradigme. Il ne vaut que par ce qu’il implique aux niveaux éthique, philosophique et épistémologique. Il postule effectivement une conversion pleine et entière loin de toute tartufferie et de tout pharisianisme. L’un des piliers de la « réduction à l’unité » est l’humilité devant les Beaux noms d’Allah. A ce niveau de pertinence l’humilité devient donc un principe initial censé structuré la personne humaine jusqu’à ses pensées les plus intimes, jusqu’à ses engagements les plus frontaux, jusqu’à ses actes les plus anodins. Le tawhid devenant ainsi une promotion de l’esprit via une hygiène mentale et un style de vie qui en donne la pleine mesure et qui sont aux antipodes des prérogatives de l’ego.

L’humain, en effet, est plein de lui-même au point qu’il déborde tous les cadres et qu’il enfreint toutes les limites. Il voit tout et comprend tout selon son tempérament qui imprègne ses grilles de lecture et d’analyse. Il a une conscience exacerbée de ses intérêts, de ses opinions et de ses positions. Il n’agit jamais, même quand il a tort, aux dépens de lui-même. Il cultive à des degrés paroxystiques le culte du « moi ». L’égoïsme et ses dérivées sont carrément devenus un créneau vendeur (1). De plus, l’intériorité personnelle est comme un prisme qui déforme et défigure la réalité. Plus le tempérament est marqué par des tendances passionnelles, voire compulsionnelles, plus la réalité subit les méfaits des inclinations erratiques de l’ego. Mais lorsque le tempérament est dépollué par un travail d’assainissement et d’élagage de l’intériorité personnelle, la réalité est perçue telle qu’elle est, sans aucun travail de projection et de dénaturation. La perception gagne en clarté et en pertinence loin de toute surenchère, de toute exagération et de toute négligence (simplisme, manichéisme, réductionnisme, auto-justification…).

C’est pourquoi la tradition prophétique authentique nous enseigne, en substance, qu’il faut « rendre ses passions compatibles avec les impératifs éthiques ». Il faut se donner tout entier en offrande. Car, la demi-mesure est un frein à l’élévation spirituelle, à la sortie de soi en vue de tendre vers l’Altérité et de s’installer dans les qualités divines (générosité, clémence, amour…). Contempler le Vrai, le Beau, le Majestueux, le Parfait devient effectivement la condition sine qua non de l’acquisition de stations spirituelles seules aptes à métamorphoser l’ego en cœur et à faire jaillir « l’esprit » qui anime le cœur et dont la nature est divine. Cet esprit habite tout cœur, est-il besoin de le souligner. C’est uniquement dans ces conditions hautement exigeantes que l’humain se sublime et que le divin s’exprime (2) . Parler le langage de la Révélation ainsi que celui de la Prophétie suppose en amont un travail de sublimation de l’ego qui favorise la résurgence du cœur. Un cœur exempt des « passions » qui émoussent l’esprit et des chimères qui subjuguent les sens. Un cœur tourné vers la contemplation des « Qualités divines ». Un cœur qui soupire après la Grâce : don divin aux âmes saines qui marchent humblement sur la terre et qui ne cherchent point à créer la discorde entre les hommes.

Ainsi, quand le cœur goûte à la Grâce divine, l’humain réalise à quel point il est démuni malgré les signes extérieurs de la puissance et de l’aisance. Il se sent lié au Transcendant qui lui inspire/imprime sa plénitude/finitude (3) . Il accède alors à une vision claire de lui-même loin des illusions de l’ego. Il est désormais libéré des poids-morts de l’individualisme, de l’égoïsme/égocentrisme et de la suffisance. C’est l’humain qui obtient les grâces du Divin. C’est l’ego qui devient logos divin. C’est le cœur qui éclot. L’aventure terrestre prend alors des directions et des sens insoupçonnés. Des chemins s’ouvrent devant le cœur. Il les emprunte avec gratitude et allégresse. L’horizon n’a plus de limites et la personne humaine de peur et de tristesse. De découverte en découverte, le cœur se dilate, s’exalte et se communique avec liesse et largesse. Sans démonstration, la Transcendance s’éprouve, au creux de soi, avec subtilité et finesse. Une nouvelle épistémologie voit le jour et flamboie au travers de paradigmes inédits/inexpérimentés générant une philosophie de la concorde et de la miséricorde et une éthique de la conciliation et de la réconciliation.

C’est seulement grâce à la métamorphose de l’ego en cœur que l’individu peut sortir de la configuration humaine qui l’attache au parcellaire et à l’éphémère aux dépens des valeurs éternelles que véhicule l’expérience de l’unité. C’est seulement grâce à ce changement de niveau de conscience que la personne humaine peut déployer un trésor de qualités spirituelles qui permettent l’accès à l’invisible, à l’indicible. Ces derniers donnent le ton de ce que sont vraiment penser et agir qui se vivent, d’ores et déjà, sur le mode humilité ; humilité devant Dieu et les hommes. Et tout le reste est dispersion et émiettement.

Il y a de l’exaltation dans la culture du cœur, dans l’expérience du Divin.


1) « Égoïste » est un parfum.
2) Dans un beau hadith « qodsi », il est dit, en substance, que lorsque, par devoir, le serviteur d’Allah s’acquitte de l’obligatoire et qu’il s’investit, par amour, dans le surérogatoire, « Allah devient les yeux avec lesquels il voit, les oreilles avec lesquelles il entend, etc. » Cela veut dire que les voiles tombent et que le cœur, récipiendaire de la Lumière divine, se libère. Alors, le serviteur d’Allah voit avec les yeux du cœur, entend avec les oreilles du cœur etc.
3) « C’est devant la mort que se justifie et se valide toute conception de la vie. » a dit, une grande dame, avec raison.

Écrit par : Najib Elagguir | 24/01/2014

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