1959

04/01/2014

Une sagesse d'Ibn 'Atâ'i -Llâh

 

Rien ne peut être plus utile au cœur que le fait de se mettre à l’écart pour se plonger dans le champ d’une réflexion.


 

  Commentaires

 Les défauts tels que l’inconscience, la rancune, l’envie, la dispute, la calomnie, la flatterie et l’ostentation n’ont cours que dans la société des hommes. Le détachement de cet univers permet de considérer avec lucidité le caractère passager du monde sensible et de ce qu’il comprend. Alors, l’âme humaine prend son essor et tend de toutes ses forces vers la Vérité suprême. Elle peut ainsi méditer sur le plus minuscule des éléments de la création, qui la renvoie au Créateur. Le cœur n’est vivant que s’il est habité par cette forme de rappel qui chasse les ombres et les idoles. Il vit alors de la vie essentielle, la vraie vie que recherchent poètes et philosophes, par la pensée et l’élévation à Dieu.


(Extrait du Commentaire des Sagesses d’Ibn ‘Atâ’i -Llâh, par Hani Ramadan, à paraître aux éditions Tawhid in sha Allah)


22:31 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Notre société moderne pose aujourd'hui la question de la relation du corps à l âme , comme l'avait déjà pose Bergson dans son livre " esprit et matière " , nous assistons à une société qui fait la promotion du culte du corps en cherchant à donner un sens à l'existence à travers le plaisir et les bien de la vie, alors que l'esprit est à bout de souffle , l' élévation de l'âme par la morale et l'exercice spirituel est occulté par la vie moderne qui veut faire de l'homme un objet un corps , un vivant mort.
L'homme à besoin de faire un retour à soi pour retrouver le chemin qui mène vers la vérité suprême , celle qui établie la vraie relation entre corps et âme.

Écrit par : Zaini | 06/01/2014

« Le bruit et la fureur » du monde nous détournent de l’important et de l’essentiel, nous éloigne de ce qui, en nous, compte vraiment, nous font oublier que « nous vivons en-dessous de nous-mêmes », nous font oublier jusqu’à nous-mêmes. Ils nous plongent effectivement dans une espèce d’hystérie qui accroît notre dispersion en accélérant notre dissolution dans la boue du monde, notre dilution dans les illusions de l’ego. Ainsi l’être se noie dans un agenda qui organise et ritualise la routine quotidienne, la hisse au rang de mission et d’engagement. Et nous voilà embarqués dans des activités sans « fin », dans la double acception de ce terme, et presque toujours sans fond. Cet activisme et cet affairisme ne nous laissent guère le temps de faire un retour salutaire sur nous-mêmes. Il nous coupe des vraies valeurs. Du coup, nous sommes complètement désaxés. Les priorités s’inversent alors pendant que la vision et la pensée deviennent confuses. Les diktats de l’agenda nous immergent ainsi dans un oubli radical. Et voilà que le « je » est pris au piège de sa propre rhétorique à la perspective tautologique. Il ne renvoie qu’à ses illusions. Et son plaidoyer devient un discours pro domo. Il se caractérise par l’auto-justification et l’autocélébration. Tel Chronos qui dévore ses propres enfants, le « moi » subjugué par « le bruit et la fureur » du monde, foule au pieds ses propres principes.

Le « moi », bruyant et furieux, dynamite le cœur en le réduisant à la portion congrue. Plus le moi effectivement est véhément, plus le cœur s’étiole jusqu’au scellement… Plus la conscience se réduit aux perceptions de "l’ego-roi", plus elle devient la science d’un énorme désarroi. Car il n’y a pas de place aux côtés de soi pour autre chose que le « moi ». N’est-il pas carrément la cristallisation de l’oubli de l’altérité ? Du coup, il faut batailler dur pour que le cœur trouve sa place aux côtés du moi qui tient davantage d’un capharnaüm que d’une entité que caractérisent l’ordre et l’unité. De plus, le moi est versatile. Il n’a pas de configuration stable et fiable. Il navigue à vau-l’eau. Il n’a pas de port d’attache. Il suit tous les courants tel un poisson mort. Il fait sienne toutes les idées qui le caressent dans le sens du poil. C’est pourquoi, sans complexe aucun, il tire à hue et à dia faisant ainsi argument de tout boniment. Ce qui fait de lui une machine à produire des opinions. Ses opinions se caractérisent par la volatilité pendant que son existence porte la marque de la fragilité. Cette instabilité et ce manque de fiabilité rendent le moi très explosif. Il doit donc être manié avec prudence. Le « moi » est également/surtout oublieux. Il est oublieux de tout sauf de ses intérêts. Il est effectivement hypermnésique quant à ses droits, amnésique quant à ses devoirs. Dans ces conditions complètement erratiques, le cœur est mis sous le boisseau. Il brille par son absence. Il est condamné au silence. Il est verrouillé. Il est oublié. Ainsi les critères de l’humain s’estompent quand le cœur devient aphasique. Aussi, les cratères de la subjectivité humaine s’élargissent-ils laissant jaillir une lave qui dévore l’altérité du fait de l’hyperactivité d’un ego aux impératifs volatiles.

Ainsi, afin de ne pas se claustrer dans l’oubli, il faut se couper, ne serait-ce que par intermittence, du bruit et de la fureur du monde en plongeant dans la pensée du beau, du juste, du vrai. Ce besoin de décentrement dans un monde que caractérise l’inauthenticité devient urgent. Cette inauthenticité tous azimuts réduit le cœur comme peau de chagrin. Elle le réduit au degré zéro de la pertinence. Il n’a plus voix au chapitre. Il s’ensuit que c’est dans la solitude qui n’est pas esseulement et dans l’isolement qui est recueillement que le cœur éclot, se développe et se forge un nom, une stature. Il apaise ainsi le bruit et la fureur de l’ego dans l’épaisseur de la sérénité et la fraîcheur du sens. Les sentiments négatifs s’effilochent pendant que le coeur s’étoffe. Il couvre d’un voile de compassion le spectacle lamentable du monde. Il l’enveloppe dans le drap de la miséricorde. L’ego est désormais pacifié pendant que le cœur déploie son élan vers des altitudes sans bruit et des attitudes sans fureur. Car seul le cœur peut redessiner les traits originels du visage de l’humanité qui est une tout en étant diverse. Si l’humanité, en effet, se prête plusieurs visages, elle n’a qu’un seul cœur. Elle doit, sans tarder, travailler à son éclosion et à son épanouissement puisque seul le cœur est apte à accueillir un visage humain. Et si l’humain reste multiple et parle plusieurs idiomes, le cœur, lui, demeure un et son langage est universel.

Peut-être y aurait-il, en ceci, un souvenir pour celui/celle qui possède un cœur ? Souvenir que seul le cœur est habilité à reconnaître dans ses moments de retraite et de recueillement, loin du bruit et de la fureur du monde de l’homme sans cœur.
Il faut cultiver notre cœur.

Écrit par : Najib Elagguir | 17/01/2014

Les commentaires sont fermés.