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18/08/2015

Rabaa, bien plus qu’un symbole égyptien

Deux univers qui s’affrontent

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Le 14 août 2013 se déroulait dans le sang la dispersion d’un des plus grands sit-in organisés pour protester contre le coup d’Etat orchestré par la junte militaire d’al-Sissi.


Ce terrible événement, nous pouvons l’examiner à la lumière du contexte égyptien : une partie du peuple, qui a vu le choix qu’il avait exprimé par les urnes volé par les armes, a décidé de manifester pacifiquement, en parcourant les rues à mains nues, en se rassemblant notamment à Rabaa, pendant plus de quarante-huit jours.  Pour mettre fin à ses contestations légitimes, l’armée s’est livrée à un véritable crime contre l’humanité, visant sciemment des civils, et provoquant un horrible massacre (lire : Les crimes du Maréchal al-Sissi dénoncés à Genève, septembre 2014 : 27e session du Conseil des droits de l’Homme, http://haniramadan.blog.tdg.ch/archive/2014/09/13/les-cri...)

Mais il est possible également de comprendre ce qui s’est réellement passé en prenant de la hauteur et en considérant l’importance que revêt Rabaa à l’échelle planétaire. Disons les choses simplement, pour aller droit au but, ce qui facilitera notre perception du triste tableau qui s’offre à nous :

Il existe deux camps qui s’opposent aujourd’hui sur le pan mondial :

D’un côté, ce que nous appelons l’alliance américano-sioniste euro-compatible (AASEC).  Elle défend strictement les intérêts liés à la domination des oligarchies financières, et son fer de lance, au Moyen-Orient, c’est l’Etat d’Israël, qui saigne depuis des décennies le monde musulman agonisant.959338457.jpg Les gouvernements étasuniens se succédant, tout comme l’Union européenne assurent le développement du projet sioniste dans la région de façon indéfectible : la preuve en est la poursuite en Palestine d’une colonisation qui fait fi de toute résolution de l’ONU. La presse et les médias, conquis par les lobbies et l’obsession culpabilisante de l’holocauste,  sont généralement acquis à cette cause.

 

De l’autre côté, il y a les peuples qui sont doublement exploités : par les gouvernements illégitimes qui abusent de leur autorité ; et par les affairistes étrangers, les multinationales qui ne sont pas là pour apporter la démocratie et les droits de l’homme,  mais pour épuiser les ressources de pays riches en matières premières, et appauvris cependant par l’alliance des États usurpateurs et des oligarques peu scrupuleux.

Ce qui se passe ainsi en Palestine, en Syrie et en Egypte doit être compris sous l’éclairage de cette confrontation : l’élitisme financier et les enjeux économiques dictent à l’AASEC sa conduite politique et ses orientations géostratégiques. La survie du peuple palestinien, comme celle des Syriens qui depuis quatre années se font massacrer, comme celle de la démocratie réelle en Egypte, ne sont pas des priorités dans l’agenda du pouvoir des « grands » qui visent depuis longtemps le redécoupage du Moyen-Orient, même si cela doit engendrer la perte de millions de femmes et d’hommes. Notons que ce processus est également mis en œuvre dans toute l’Afrique. (Voir notre article : Le sionisme, ennemi de l’islam et de l’humanité,  http://haniramadan.blog.tdg.ch/archive/2013/09/28/le-sion...)

L’alliance américano-sioniste euro-compatible n’est donc pas une entité humaine ou humaniste. Non. C’est un monstre qui dévore les richesses des peuples par l’exploitation et les intérêts, à tel point que le système mis en place donne tous les droits aux usuriers, et culpabilise des nations sur qui la honte et l’opprobre sont jetés pour la raison que leur dette grandit, redevance dont les générations à venir pâtiront.

Bien sûr, cette alliance dispose de toute une série d’éléments lui permettant de cacher son jeu et de brouiller les pistes :

-         Il y a d’abord le rôle ambigu de certaines pétromonarchies : où situer celles-ci, alors qu’elles se réclament d’un islam peu apprécié des Occidentaux, qualifié à tort de rigoriste ou radical ? Or, il est clair que les gouvernements de l’Arabie Saoudite, comme des Emirats, sont à placer plutôt dans le camp des oligarques. D’où leur prise de position flagrante en faveur des putschistes égyptiens qui bafouent les valeurs de l’islam, et que les rois préfèrent à un gouvernement musulman élu, qui deviendrait un modèle dangereux pour les dynasties au pouvoir.

-      Il y a l’action bienvenue de DAESH, ce mouvement encouragé directement et indirectement par l’AASEC pour semer le désordre, accentuer les divisions, nourrir une actualité révélant la « barbarie islamiste », et relativisant par là même les crimes abominables commis par Bachar contre le peuple syrien.

-       Il y a bien entendu l’opposition de plus en plus marquée dans la région entre les sunnites et les chiites, attisée par la main cachée de l’AASEC qui a agi en Iraq autant qu’en Syrie selon les plans de l’Organisation sioniste mondiale (lire notre article : Quand le « djihadisme » sert l’alliance. Un « calife» venu à point http://haniramadan.blog.tdg.ch/archive/2014/08/08/quand-l...), tensions éminemment favorables à l’établissement du Grand Israël.

-      Il y a encore, plus proche de nous, le climat d’islamophobie qui gagne du terrain, agrémenté d’attentats terroristes aux provenances douteuses, destinés à court ou à long terme à provoquer un amalgame qui s’installe durablement alors même que l’on prétend à la nuance : l’islam, c’est l’islamisme, c’est donc le terrorisme.

Logique – et nous en revenons au début de notre article – qui est celle du gouvernement Sissi : ses opposants sont des terroristes, qu’il faut éradiquer sous le regard complaisant de la plupart des gouvernements occidentaux. Et le fait qu’un président français ignore ce que signifie un coup d’Etat pour entretenir les meilleures relations avec un dictateur militaire afin de vendre ses rafales de malheur, illustre parfaitement le degré de déchéance morale atteint par l’AASEC.

Or, qui voit-on partout derrière ces masses humaines gémissantes à n’en plus finir, qui hurlent sous le feu et les bombes et à qui personne ne vient en aide, sinon sous la forme d’interminables négociations et résolutions dans l’enceinte déserte de l’ONU ?

Qui, en Palestine, en Syrie, en Égypte et ailleurs ? Sans conteste possible : les Frères musulmans. Banna.jpgHier considérés comme les partisans d’un islam modéré (ce qui ne veut rien dire), et aujourd’hui diabolisés et soupçonnés de terrorisme (ce qui a encore moins de sens), alors que tout le monde a pu voir avec clarté quel engagement a été le leur : le respect de la volonté populaire, un chef d’État légitimement élu appelant à ses côtés les femmes et les Coptes pour diriger, ensemble, la nation égyptienne ; un homme intègre entreprenant les réformes économiques permettant au peuple de disposer de ses biens, et s’engageant à nettoyer le pays de la corruption liée aux manœuvres malsaines des barons militaires.

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Or, le monde « civilisé » a pris le parti des élites financières armées, et par son silence complice a décidé de donner carte blanche à al-Sissi pour étouffer une révolution porteuse de tant d’espoirs. Pour l’Égypte, mais aussi pour tous les peuples africains et asiatiques qui auraient vu en elle un modèle de libération, détrônant les dictatures et inquiétant les oligarchies transnationales.   

Et je dis que la vieille Europe elle-même, comme les Etats-Unis, auraient tiré le meilleur profit de l’aboutissement de cette révolution égyptienne. A voir en effet à quel point les lobbies financiers dominent la politique du monde prétendument libre, beaucoup auraient considéré que les principes de l’islam offrent le meilleur exemple pour débarrasser définitivement les peuples et les individus des dettes dues à des créanciers invisibles autant que malfaisants !

Voilà pourquoi, le massacre de Rabaa devrait être considéré comme le symbole d’une résistance qui dépasse amplement les frontières de l’Egypte.

Voilà pourquoi cet événement n’a pas bénéficié de la couverture médiatique qu’il méritait, jusqu’à aujourd’hui. A chacun de nous de prendre conscience de la chose et de transmettre cette information sans relâche.  

Voilà pourquoi Rabaa cristallise, images1N0BKJJ0.jpgsans confusion aucune et avec évidence, le heurt de deux univers qui ne se rencontreront jamais : des hommes injustes, armés, contre des hommes justes, sans armes. Une répression haineuse contre la fraternité humaine, débordante d’amour.

Et toi, quel est ton camp ?

 

Hani Ramadan

 

 

Sur RABAA :

http://haniramadan.blog.tdg.ch/archive/2013/08/18/reveill...

https://www.youtube.com/watch?v=Jf43hkweLp8&feature=y...

https://www.youtube.com/watch?v=SLr6zANDUaQ&feature=y...

RABAA est une tragédie humanitaire : https://www.youtube.com/watch?v=1m70oFYK5LI

Egypt's Rabaa Massacre A 'Crime Against Humanity', Human Rights Watch Report Finds :

https://www.youtube.com/watch?v=_uiWGeOOIxM

The Story of Rabaa  :

https://www.youtube.com/watch?v=W5ewVj5_jAg

Images de RABAA :

https://www.google.fr/search?q=rabaa&biw=1366&bih...

RABAA : corps calcinés, brûlés vifs :

https://www.youtube.com/watch?v=b_PGIeVp050

 

 

 

 

 

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Commentaires

walahi je ne peux être contre asmae el beltagy tu le c bien cher frère

Écrit par : ibn battuta | 20/08/2015

salem

le texte resume encore et encore des choses évidentes. Avec votre respect Ce qui serait plus pertinent de mon sens c 'est d intégrer la dimension religieuse du fait de rabba et la palestine
je veux dire par la que la finance n 'explique pas tout et dans ces 2 cas précis comme celui de la tunisie il n explique rien il s agit selon moi du masque pour accomplir leur projet et c'est ce même masque la finance bla bla...que nous mêmes musulmans nous prenons pour expliquer des événements qui en fait sont les bases de notre Lendemain ce Lendemain qui nous est promis par notre Createur ainsi essayons au risque de se voir pointer du doigt de dire les choses qui poussent el sissi en enlever des programmes scolaires les références a el qods et exit okba ibnou naffe ainsi que amer ibn el aas et salah eddine....

Écrit par : ALBERT | 16/10/2015

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