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12/12/2015

Les mots de l’islam

Amalgames

Les attentats nous engagent les uns et les autres à un dialogue incontournable. Ceux qui rejettent en bloc l’Occident comme ceux qui rejettent en bloc l’islam se trompent, et adopte une posture belliqueuse, nuisible à tous sans exception.


Il ne reste qu’une seule voie, celle de l’échange et de la compréhension mutuelle. Il faut pour cela poser les conditions d’un débat authentique, qui refuse les approches superficielles.

Première condition : le Coran et la Sunna (la voie du Prophète Muhammad) sont les deux sources de l’islam. C’est sur le fondement et l’autorité de ces références que repose une saine compréhension de nos valeurs.

Hélas, beaucoup avancent des critiques sans les connaître. D’où une propension à verser dans des généralités sans cesse répétées : « discrimination à l’égard des femmes », « extrémisme de la loi islamique », etc.

Deuxième condition : il est absolument indispensable de comprendre les mots de l’islam, et d’en rejeter un usage négatif de plus en plus courant, qui trahit leur sens. Ainsi, le djihad est un terme noble qui signifie l’effort que tout musulman fait d’abord sur lui-même, pour rejeter le mal dont il est capable. La communauté des croyants exige de ceux-ci qu’ils s’encouragent au bien et qu’ils s’interdisent mutuellement le mal, qu’ils défendent l’opprimé et refusent la tyrannie : tout cela entre dans le vaste champ sémantique du mot djihad. Se l’approprier pour en faire un synonyme du terrorisme ajoute à la confusion.

Autre mot que nous sert l’actualité : salafiste. Olivier Bot, dans Le mot de l’actu du 24 novembre 2015, remarque à juste titre que ce terme «  vient de salaf, qui veut dire «ancêtres» ou «pieux prédécesseurs » »,  mais il lie ce vocable à une école juridique (le hanbalisme), ce qui est une erreur. Le salafisme, selon son sens premier, définit la position de tous les musulmans qui font référence au Coran et au modèle prophétique. Il ne convient donc pas que les mots de l’islam deviennent, dans un usage abusif désormais commun, les maux d’une foi incomprise. On nourrit ainsi des amalgames douteux.

 

 Hani Ramadan

24 Heures, 1er décembre 2015

 

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Commentaires

Merci de bien vouloir nous donner la définition de vivre en paix, droits de l'homme et démocratie qui fait cruellement défaut à certains...

Écrit par : davide | 06/12/2015

Un dialogue laïque oui. Autrement non

Écrit par : Boccard | 07/12/2015

L'islam doit vraiment abandonné son esprit de supériorité spirituelle et revenir aux valeurs essentielles qui ont fait rayonné cette religion que vous prônez si bien dans ce billet. Pas de tyrannie. Juste des propositions de vie, d'échanges culturels, de proximité d'une foi individuelle qui ne regarde que soi mais qui rayonne sur toute la communauté ou choque celle-ci... Le scandale fait parfois plus avancé que la sclérose des esprits et des coeurs. L'islam ne peut faire l'effort d'envisager un futur vraiment démocratique où chacun et chacun respecte le chemin de vie de l'autre (fût-il ce chemin de vie pas très orthodoxe en rapport à la dogmatique musulmane la plus courante). Créer des sectes, croire que sa secte est plus pure et plus véridique que celle du voisin ne fait que générer des conflits puis des guerres atroces. Vivre l'islam sans haine des Autres, ces Autres qui nous semblent trop différents pour adhérer à leur façon de faire. C'est la seule façon dont l'islam a un avenir prometteur sur cette Terre. Devenir moderne et ouvert sur les cultures et les croyances, vivre avec son temps et pas dans le temps du Prophète. Ainsi nous vaincrons le terrorisme islamiste et les pires travers de notre monde qui file à grande vitesse au suicide collectif.

Monsieur Ramadan, si je suis très direct avec vous ici et sur mon blog et aussi avec tout le monde en général, c'est que je vis notre temps comme un temps d'état d'urgence qui nous concerne tous. Ce temps d'état d'urgence n'est pas un temps policier, tyrannique, et militaire. Ce temps d'état d'urgence est celui du temps où l'amour, l'empathie, et le partage serait roi même dans l'extrême différence humaine de vivre son existence privée...

Il est temps pour les imams de se projeter dans la société civile à hauteur des gens qui vous écoutent et non au-dessus d'eux. Il est temps de faire rayonner l'amour dans les coeurs plutôt que propager la haine dans les banlieues entraînant du coup les attentats que l'on connaît. Et il est temps de montrer de l'islam son côté révolutionnaire qui peut donner goût à ce fameux djihad dont vous faites la proposition ci-dessus.

En espérant que mon commentaire sera publié, je vous souhaite de convaincre vos ouailles que notre monde doit s'éveiller à l'amour et s'écarter de toute urgence de la haine... Le combat est politique mais c'est un combat laïque et non théologique se référant à des dogmes enfermant les peuples et lavant les cerveaux de notre jeunesse qui a sa propre intelligence pour développer le futur de l'Humanité toute entière et développer des propositions audacieuses, cultivées, spirituelles.

Écrit par : pachakmac | 07/12/2015

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