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27/06/2016

Perle, pièce et polémique

Publié par Le Temps

Ce qu’Hani Ramadan dit de la femme

Pour Hani Ramadan, « toute femme voilée n'est pas forcément un parangon de vertu. Pas plus qu'une femme plus ou moins habillée n'est nécessairement un démon. Il reste que la modernité ne protège plus le sentiment de la pudeur, valeur essentielle qui est aux origines de notre humanité. »

En la date du 10 juin 2016, Le Temps a publié un article intitulé La leçon controversée d’Hani Ramadan. Un passage de ce texte est à l’origine d’une vaste polémique, une mère d’élève qui déclare au Temps : « Hani Ramadan a comparé les femmes voilées à des perles protégées dans des coquillages, et les femmes non voilées à des euros qui passent d’une poche à l’autre. » Or, je n’ai parlé ni de « coquillages », ni de « poche ».


Lui emboîtant le pas, la Tribune de Genève reprend le refrain : « Une femme est comme une perle dans un coquillage. Si on la montre, elle crée des jalousies. Ici, la femme sans voile est comme une pièce de deux euros. Visible par tous, elle passe d’une main à l’autre. » Or, je n’ai jamais parlé de « jalousies ». Usant du même procédé, d’autres journalistes ont pris le relais : « La femme non voilée est présentée comme une traînée par Hani Ramadan » (TAMURT NEWS, tamurt.info, 16 juin 2016). Titre du magazine français Le Point : Hani Ramadan : « Une femme sans voile (…) passe d’une main à l’autre ». (12 juin 2016) Et encore : « (Selon Hani Ramadan) « la femme sans voile est comme une pièce de 2 euros. Visible par tous, elle passe d'une main à l'autre ». Dans l'esprit d'Hani Ramadan, l'Occidentale dévoilée est ramenée à l'état de prostituée. » (Challenges, 13 juin 2016) Il y a même eu une suite donnée par Jean Romain (Hani Ramadan et l’école, Le Temps, 14 juin 2016), où ce dernier affirme : « Cela signifie que, puisque les femmes de chez nous ne sont pas voilées, elles sont disponibles pour tous ! L’ampleur de cette injure faite non seulement aux femmes mais à toute une société a de quoi soulever des haut-le-cœur. »

L’image que je donne, je l’avais déjà exposée dans une Opinion publiée par Le Temps il y a quinze ans (!), dont voici un extrait qui vous permettra de saisir la différence qu’il y a entre ce que je dis, ce que l’on me fait dire, et les critiques qui me sont faites à propos de ce que je n’ai pas dit. J’ajoute que chaque fois que je me sers de cette parabole, je prends la précaution d’affirmer que la femme n’est pas un objet, et qu’il n’est question que d’une image :

« Il y a certes une autre vérité. Des cultures orientales nous enseignent que lorsque l'on possède une perle précieuse, il faut la conserver avec attention. Une perle précieuse, cela s'enveloppe dans du velours. Et l'écrin où soigneusement et délicatement on la pose n'a pas pour fonction de la briser, mais bien d'en protéger l'éclat et la splendeur. Plus une perle a de la valeur, plus on la tient à l'abri des regards indiscrets. Elle n'a pas de prix ; elle est inestimable. Et la maisonnée qui la possède voit en elle se refléter la jeunesse, la famille et l'avenir de la communauté. Perle.jpgElle ne se découvre que dans la stricte intimité du couple où elle brille et resplendit de mille feux. Ce qui n'est pas interdit. La pudeur favorise ainsi un réel épanouissement sur le plan sexuel, qui n'a rien à voir avec la morne lassitude de gens gavés par le grand déballage de l'érotisme contemporain…

On exhibe au contraire une pièce de cent sous sans trop y songer. Elle passe de mains en mains et l'on finit par n'en ressentir aucune gêne. Ternie par ce commerce, elle perd hélas, de façon si précoce, la grâce de l'innocence. Evidemment, toute femme voilée n'est pas forcément un parangon de vertu. Pas plus qu'une femme plus ou moins habillée n'est nécessairement un démon. Il reste que la modernité ne protège plus le sentiment de la pudeur, valeur essentielle qui est aux origines de notre humanité. » Extrait de Le voile islamique : une autre vérité, par Hani Ramadan, Le Temps, 9 avril 2001, Opinions.

 

Hani Ramadan

Le Temps, Opinion, 23 juin 2016

 

 

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Commentaires

C'est incroyable que des grands médias fassent des articles en se référant uniquement au témoignage d'une mère qui raconte ce que son fils lui a dit qu'il a entendu lors d'une conférence...

Rigueur et justesse ne sont apparemment plus nécessaire au métier de journaliste...

Ramadân karîm shaykh Hani !

Écrit par : Raphaël G | 23/06/2016

@ Raphaël,

Mais non, on ne se réfère pas uniquement au témoignage d'une mère. Il suffit de lire les propos de Hani Ramadan. A cet égard, j'ai fait l'exercice:

http://micheleroullet.blog.tdg.ch/archive/2016/06/23/la-femme-la-perle-l-homme-et-la-pomme-de-terre-277183.html

Écrit par : Michèle Roullet | 23/06/2016

Salam aleikum M. Ramadan, j'ai eu le plaisir de vous rencontrer à la Mosquée de l'union de Montpellier et j'ai decouvert un homme brillant et qui m'a beaucoup aidé à comprendre davantage la famille en Islam !

Sachez M. Ramadan que si vos ennemies sont nombreux, sachez que vos alliés le sont aussi et si vos ennemis osent s'attaquer à vous, votre frère ou même votre grand père (qu'Allah lui fasse miséricorde), sachez donc qu'ils s'attaquent à nous aussi !

Un hadith authentique nous dit que le Prophète (Prière et Salut d’Allah sur lui) a dit : "L’exemple des croyants dans leur amitié, leur miséricorde et leur compassion, est comme l’exemple d’un corps qui lorsqu’un de ses membres est affecté par une maladie, c’est tout le reste du corps qui est touché par la douleur et la fièvre " ( Boukhari, Mouslim)

Écrit par : Ismail Maabich | 25/06/2016

Merci pour l'article je ne comprends pas pourquoi cette polémique stérile

Écrit par : Ahmadi | 25/06/2016

Assalamâm anlaïkoum. j'en suis abasourdi!!! Un esprit saint dans un corps saint. J'ai eu l'occasion de vous rencontrer cher Oustadh et 2 adjectifs vous décrivent parfaitement: humble et fidel. Sachez que mon soutien envers vous est sans limite

Écrit par : Younouss | 25/06/2016

M. Raphaël je vien de lire le lien que vous avez partagé je suis dsl mais tout le contenu C des propos rapporté par tel personne, maintenant la personne concerné vous dit qu'elle n'a pas dit les choses comme sa et que les médias on remixé tout, lui seul C de qu'il a dit ou pas donc pk cherché les pb là où il y'en a pas.

Écrit par : Halima | 27/06/2016

Cher Monsieur,
Merci de votre salutaire mise au point qui démontre une fois de plus l’absence de rigueur de vos contradicteurs.
En croyant sincère et intransigeant, vous n’avez évidemment pas le pouvoir de modifier le dogme coranique concernant le rôle de la femme et son apparence. Il n’est dès pas surprenant que vous défendiez une conception traditionaliste. Je souhaiterais toutefois que vous cerniez précisément ce qui ne peut que susciter une inévitable polémique dans notre république, ici et maintenant.
Dans les sociétés occidentales, le rôle de la femme reflète le cheminement d’une lutte vieille d’un peu plus d’un siècle - conquête ou régression - ? L’avenir le dira. A cela s’ajoute que les notions de dignité et d’honneur recouvrent des réalités qui diffèrent du tout au tout en fonction des sociétés considérées.
En abordant cette problématique sous l’angle de la pudeur, vous placez une fois de plus le débat autour du corps de la femme, objet de toutes les attentions depuis des temps immémoriaux : petits pieds des Chinoises, excision, femmes-girafes…, mais peut-on oublier ce qui habite les consciences ? Amazone ou geisha, femen ou dame patronnesse, matrone ou sirène, focalisons-nous un instant sur la pensée des femmes, sur ce qu’elles proposent, sur leur contribution privée et publique à la société qui les englobe.
En assimilant automatiquement corps dénudé et sexualité débridée, on prend à mon avis un raccourci qui mériterait d’être analysé. En occultant le corps de la femme sous prétexte qu’il inspire le désir, en promulguant une société de l’interdit, on rend la sexualité beaucoup plus présente. On créé surtout des bataillons de refoulés, hantés par le corps féminin, puisque les actes les plus insignifiants deviennent haram et que la non mixité finit par peser lourd.
Cette conception archaïque châtie les femmes - car cheminer emballée de la tête aux pieds peut représenter une contrainte exaspérante, - et fait preuve d’une étrange mansuétude vis-à-vis des hommes libidineux, débordés par leurs pulsions. Pourquoi ne pas leur demander, à eux, des comptes ? Aucune fatwa n’a encore, à ma connaissance, proposé de leur crever les yeux…
Sur un plan sociétal, brider, interdire et cacher nourrit une hypocrisie sans nom, me semble-t-il plus préjudiciable à la dignité humaine que la pire des luxures. Dans bien des sociétés dites traditionnelles, les excès frénétiques nourris par l’interdit sont trop connus pour que je m’y attarde.
Sortir de sa bulle, prendre des risques, mettre en œuvre sa curiosité, se confronter à des expériences, fabuleuses ou calamiteuses, quotidiennes ou exceptionnelles, peut représenter une voie existentielle et une élévation aussi bien pour la femme que pour l’homme. Laisser la première s’aguerrir et affiner son observation, son sens critique, me semble plus propice à en faire une interlocutrice stimulante que la claquemurer chez elle sous prétexte qu’elle est un être précieux, mais fragile, qui pourrait s’altérer au contact d’autres entités humaines. Alexandra David-Neel, Freya Stark, Marie Curie ont plus laissé à l’humanité que si elles n’avaient songé qu’à leur propre préservation. Cela pour dire que la prétendue valeur de la femme ne doit pas se retourner contre elle.
Dans votre texte, un autre élément me frappe : le verbe « posséder ». Dans les couples d’aujourd’hui, personne « ne possède l’autre », deux consciences indépendantes, symétriques, bien que liées, s’épanouissent ensemble.
Hommes et femmes, nous sommes tous des êtres humains précieux par notre capacité à cheminer vers l’éveil, résultat d’une longue et systématique remise en question, véritable polissage de l’âme.
Alors, donnons-nous la main pour démontrer par des motivations positives que notre monde recèle des domaines passionnants, des problématiques incandescentes, urgentes à résoudre et plus dignes de focaliser notre attention que la sempiternelle question de la galipette - qu’il conviendrait une bonne fois de dépasser - ou du moins de ramener à de plus justes proportions.
Sur une planète bientôt empoisonnée jusqu’à l’asphyxie, dans un décor en flammes où les droits humains sont pulvérisés aux quatre points cardinaux, où des enfants sont abusés et exploités, où la dignité des travailleurs est frontalement attaquée, avant qu’il ne soit trop tard, des questions autrement plus graves que le flamboiement ou le dévoiement du désir devraient nous mobiliser.
Avec mes meilleurs messages.
Yvonne Bercher.

Écrit par : Yvonne Bercher | 29/06/2016

La perle et le coquillage

Une perle tomba un jour d'un coquillage,
Une écrevisses si tôt s'en emparra.

Reganiant le rivage à la hâte, 
Elle fit affaire avec son avocat,
Comi d'office car l'ecreuvice,
Régla la dote à son seul fils.

Une perle tomba un jour,
Dans le ventre d'un baracuda.

Pris en chasse, vendit la mèche,
Fini sa course en filet de pêche
Rendi la perle a l'air sèche
Mise à l'abri au fond d'une poche.

Une perle tomba un jour,
Dans les tréfonds d'un vieux parka.

Le pauvre pêcheur, qui pris à la gorge
Retrouva la perle en fit donation.
Le propriétaire, en haut dinitaire,
Ne pouvait plus se passer de sa contemplation.

La perle tomba un jour du coquillage,
Et s'il avait pu gravir à la nage,
Les étages qui le séparait de son héritage,
Il l'aurai fait sans hésitation.

Une perle tomba un jour,
Entre les mains d'un joaillier.

Fou allié, et prêt à tout pour rallier
La sympathie de ses convives.
Il composa une parure faite de perles esclusives.

Elles perdirent toutes de leurs éclat,
Mis en émoi par son échec.
Il la céda à la faveur d'un chèque.

Une perle tomba un jour,
Dans la vitrine d'une bijouterie.

Entourée par ses consoeurs
Elles furent la cible des plus envieux.
Au fond du sac de l'un des braqueurs,
Finir leurs courses sous la manche du baveux.

La perle tomba un jour,
dans la manche d'un avocat

Il l'offri à sa femme
Lors du voyage de noces
En plein vol, un carnage
Atterrissage précoce

Tous périr dans le crash
Dans la mer tous les débris
C'est aux fonds des océans
Que la carcasse trouva répit

Une perle tomba un jour d'un coquillage,
Et puis le ciel, d'en haut, la ramena.
Pour lui offrir pour sarcophage
Sa vraie nature ailleur et ici bas.

A toutes les perles

Écrit par : samir | 19/09/2016

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