1959

07/05/2018

Mai 68 et la perte des repères

Mai 68 s’est caractérisé par une volonté de rupture avec les valeurs traditionnelles. Ceux qui avaient alors vingt ans sont aujourd’hui largement grands-parents, et de leur révolte juvénile, il reste des séquelles dont on peut mesurer rétrospectivement les effets considérables.

 


Il y a d’abord, au moins, trois générations qui se sont trouvées plongées dans une forme d’analphabétisme autant religieux que civique. Ce qui explique pourquoi il est si difficile de faire comprendre aux progénitures des soixante-huitards, par exemple, quelle est la pensée, a contrario, d’un Albert Camus, toute son œuvre étant habitée par une forme d’antichristianisme ! Or, on connaît le jour par la nuit.

Il y a ensuite la libération des mœurs que beaucoup saluent encore aujourd’hui, mais qui a entraîné une forte déstructuration des couples. Et il n’est pas sûr qu’un certain féminisme exacerbé ait toujours servi la femme, qui pendant des siècles était protégée par le cadre familiale. Ce qui n’ôte rien à la valeur des revendications légitimes de celles qui luttent contre les injustices qu’elles subissent du fait de leur sexe.

Mais il y a plus encore : de génération en génération, ce sont des connaissances et des valeurs millénaires qui étaient transmises. Intemporelles, on estimait qu’elles pouvaient épouser tous les contours des réalités nouvelles. Mai 68 en a voulu autrement : quand il est interdit d’interdire, la norme vole en éclat et disparaît. C’est bien entendu un état qui ne peut durer, une étincelle et une illusion de jeunesse qui n’a pas tenu la route longtemps,  car toute société humaine a besoin de limites pour assurer sa survie et sa cohésion.

Reste une perte d’idéal à la hauteur des aspirations humaines les plus nobles. Rien ne peut mieux illustrer notre propos que la pensée de Luc Ferry, quand il affirmait : « Le leader révolutionnaire maintenait, tant bien que mal, le sentiment d’incarner une mission sacrée. Dieu, la Patrie, la Révolution consacraient de grands desseins. Comment le politicien laïque et démocrate pourrait-il, en comparaison, ne pas faire figure de gestionnaire au petit pied ? » [1]Existe-t-il en effet, dans notre monde contemporain, une autorité autre que celle de la nécessité matérielle ? Un idéal autre que celui de la réussite professionnelle ? Une gloire autre que celle de la notoriété médiatique ? Un pouvoir autre que celui des lobbies argentés ?

Il existe pourtant une autre sagesse qui voit de haut nos agitations d’insectes au cœur d’un cosmos qui n’a pas fini de nous livrer ses secrets. Elle nous invite à aimer Dieu de tout notre cœur. À aimer nos semblables. À respecter nos aînés et surtout nos mères et nos pères. À voir en l’amour conjugal une bénédiction et une promesse d’avenir. À regarder vers le ciel, parce qu’il est écrit que nos âmes ne peuvent, oui, se contenter de terre et de poussière…

Hani Ramadan

L'invité

Tribune de Genève, 30 avril 2018

 

 

[1] Luc Ferry, L’homme-Dieu, ou le Sens de la vie, éditions Grasset, Paris 1996

 

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Commentaires

Effectivement, le monde est ordonné et a ses lois naturelles. Tout interagit avec tout alors que l'individualisme d'aujourd'hui laisse supposer que nous sommes séparés les uns des autres, comme des pièces de puzzle se détachent facilement alors qu'un organisme vivant n'est pas constitué de pièces détachées, comme on nous le fait croire avec les dons d'organes.
Vous écrivez: "toute société humaine a besoin de limites pour assurer sa survie et sa cohésion." . On peut dire aussi que toute existence a ses propres limites inhérentes à sa nature. Il est juste de les reconnaître et d'en tenir compte, ce qui n'est pas le cas quand on se prend pour un surhomme et que le transhumanisme amène des éléments en ce sens.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 07/05/2018

Le début de la fin

Écrit par : Djamila | 09/05/2018

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