1959

Déplorable censure au journal Le Temps

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Est-il admissible qu’un journal romand publie des propos qui déforment la réalité de l’islam, propos tenus par des personnes qui ne sont pas musulmanes, puis décline toute proposition d’éclaircissements pour ramener le débat à une approche raisonnable ?

Le Temps a consacré deux pages au « philosophe » Alain Finkielkraut, qui n’a pas hésité une nouvelle fois à faire d’une pratique musulmane (le port du voile pour les femmes) un épouvantail menaçant. Le même journal a publié également les propos d’une féministe relevant le caractère sexiste du voile, et étalant le large éventail des préjugés largement véhiculés par la presse, les médias, et les intellectuels faussaires.

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« Mais le hijab, ce n'est pas la France », c’est la « non-France »!

Le Temps lui est largement ouvert 

J’ai proposé l’article que l’on pourra lire ci-après, afin de montrer ce qu’il en est en revenant au Coran, et à un point de vue qui est celui de la large majorité des musulmanes pratiquantes à travers le monde. Frédéric Koller, responsable de la page Débats-Opinions (qui ne trouve visiblement jamais le temps de débattre), après avoir d’abord affirmé qu’un article avait déjà été publié sur le thème, a prétendu ensuite qu’il n’avait plus de place.

Que doit-on comprendre ? Est-il admissible qu’un journal romand publie des propos qui déforment la réalité de l’islam, propos tenus par des personnes qui ne sont pas musulmanes, puis décline toute proposition d’éclaircissements pour ramener le débat à une approche raisonnable ?

 C’est inadmissible. Ce journalisme-là contribue à la désinformation, et aussi à la diabolisation des pratiques musulmanes, une tendance qui malheureusement prend de l’ampleur. Il s’agit même d’une mesure discriminatoire, qui suppose que le discours sur les musulmans est plus crédible que le discours des musulmans.

 

Voici l’article proposé :

 

Guerre contre une pratique musulmane

Le Coran affirme : « Et dis aux croyantes (….) qu’elles rabattent leurs voiles (khumur, pluriel de khimâr) sur leurs poitrines. » (Coran, 24 ; 31) Pour l’ensemble des savants reconnus du monde musulman à travers les siècles, de l’Indonésie au Maroc, du Turkestan oriental (où la Chine autorise le viol des musulmanes après les avoir contraintes à boire du vin et à enlever leurs voiles), jusqu’en Afrique occidentale, en passant par l’Arabie Saoudite et l’Egypte, la prescription du voile est reconnue, tout comme elle figure dans la Bible, et entre aussi dans les enseignements du judaïsme.

Le terme arabe khimâr désigne le tissu qui se porte sur la tête. Il s’agit donc clairement de couvrir les cheveux et de ne rien laisser voir de la poitrine. Tous les témoignages historiques montrent que cette règle a été appliquée par les musulmanes, notamment en des temps où les conceptions fanatisées du totalitarisme athée et de la sécularisation outrancière n’avaient pas cours ! Le voile est pleinement une pratique religieuse, enseignée comme une évidence dans l’ensemble des grandes universités islamiques des pays musulmans, à Médine comme à Istanbul, au Caire comme à Qom. Il y a unanimité sur son caractère obligatoire dans les quatre grandes écoles juridiques[1] qui couvrent la plus grande partie du monde sunnite, et le même principe est retenu par l’islam chiite.

En parler comme du « signe ostentatoire d'une compréhension rétrograde, obscurantiste et sexiste du Coran » et affirmer de surcroît que « voiler les femmes[2], c'est stigmatiser leur présence dans l'espace public », ne peut être le fait que de personnes qui très minoritairement « ajustent » les commandements de l’islam à l’obscurantisme laïciste, remettant en cause le droit sacré de chacun de vivre selon sa conviction. C’est pourtant par ces termes qu’ont choisi de s’exprimer 101 musulmans en signant une tribune sous le titre : "Le voile est sexiste et obscurantiste" (Mariane, 22/10/2019) Il faudrait peut-être préciser que ce n’est pas le voile qui stigmatise la présence des femmes dans l’espace public, mais bien plutôt la volonté de ceux qui ont décidé de les en exclure au nom de leurs courtes vues sur la question.

La guerre contre le voile est une guerre contre la visibilité de l’islam. Et pour certains, se cache derrière cette agressivité le vœu inavoué de voir la foi musulmane fondre au soleil noir d’un laïcisme morbide.

Cette guerre est menée par les Zemmour, les Finkielkraut, les Marine/Marion Le Pen et autres ténors malheureux de l’extrême droite. Zemmour, lui, n’hésite pas à dire sur Cnews le 14 octobre : « Qu'est-ce que la France ? La France, c'est, on peut dire, 'liberté, égalité, fraternité'. Qu'est-ce que l'islam ? C'est exactement l'inverse : c'est la soumission - c'est la traduction d'islam -, c'est l'inégalité entre les musulmans et les non-musulmans, entre les hommes et les femmes, et c'est la fraternité limitée aux membres de la communauté musulmane (…). C'est pour cela qu'il y a un problème fondamental entre l'islam et la France : c'est qu'ils sont antagonistes ».

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La haine affichée de l'islam

L'homme n'est pas interdit de parole en France

Propos grossiers, caricature verbale dictée par l’aversion qui compromet un véritable dialogue de civilisations, et qui malheureusement produit des effets dévastateurs dans les milieux gagnés par l’islamophobie. Propos dont Finkielkraut – tout en se démarquant des excès zemmouriens – offrira l’expression la plus synthétique : invité dans "C à vous" le vendredi 18 octobre, il affirme : « Mais le hijab, ce n'est pas la France », c’est la « non-France » !

D’autres suivent, portés par l’élan populaire qu’ils ne peuvent ignorer, en politiciens avertis faisant passer la réalité des urnes avant tout principe. Cette campagne antimusulmane est conduite à grand bruit par la presse et les médias pour lesquels le sujet est rentable. Et nos musulmans plus laïcistes que les laïcs, qui se font piètrement l’écho de ces diatribes incendiaires, n’hésitent pas à déclarer sans la moindre modestie : « Il nous est apparu urgent à nous autres, Français de culture ou de confession musulmane, humanistes, progressistes et féministes, de prendre la parole publiquement. » (L'appel de 101 musulman(e)s de France) Quel humanisme que celui qui se traduit ainsi par une telle rage contre une conviction de foi ! Et quel féminisme que celui qui impose unilatéralement aux femmes une conception de la liberté comme étant la seule qui vaille !

Cette guerre rejoint le processus de la criminalisation progressive des pratiques musulmanes, perçues grossièrement comme des signes de radicalisation. Elle ne signifie qu’une chose en réalité : nos républiques risquent d’enfanter une nouvelle fois les monstres qui les dévoreront, en interdisant la liberté au nom de la liberté, en remettant en cause des valeurs universelles – qui seules font la grandeur de la pensée humaine – pour brandir, au nom du tribalisme le plus nauséabond, le drapeau national des identités pures…

 

Hani Ramadan

 

[1] Les écoles hanafite, mâlikite, shafi‘ite et hanbalite. Notons qu’il existe d’autres écoles.

[2] Il ne s’agit d’ailleurs pas de « voiler les femmes ». Ce sont elles – en France notamment et dans la plupart des cas – qui choisissent de respecter une injonction divine. Encore faudrait-il leur donner la parole

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