1959

Général

  • Islam, Suisse et espoir de dialogue

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    Comme beaucoup de lecteurs de la Tribune de Genève (18 mars 2008), j’ai eu l’agréable surprise ce matin de voir Madame Micheline Calmy-Rey en compagnie du Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. C’est un nouvel exemple de lucidité politique qui nous est offert par notre Conseillère et ex-Présidente. Je ne pense pas que Madame Micheline Calmy-Rey se soit rendue en Iran seulement pour une question d’argent. Certes, le facteur économique est déterminant pour notre petit pays (petit par la taille, mais grand – in sha Allah – par les idées). Toutefois, elle a certainement fait savoir au Président le point de vue qui pouvait être le sien sur les questions relatives aux droits de l’homme. On applique la shari‘a dans la République d’Iran ? Très bien. Mais qui prend la peine d’engager un réel dialogue de civilisations, plutôt que de fustiger la culture que l’on ne connaît pas ? On voudrait que le martyre évident des victimes de la Shoah ne soit pas à ce point relativisé et minimisé ? Soit. Mais pourquoi ne pas opposer à la négation injustifiée les arguments historiques incontournables ?
    Car il ne suffit plus aujourd’hui de prononcer les mots « lapidation » , « amputation » ou « négationnisme »  pour dire ce qu’est un pays comme l’Iran, et ce que représente la culture musulmane dans son ensemble.
    Le contact entre cultures devrait nous permettre d’adoucir nos mœurs, de nous comprendre et – je le dis en écho à la parole de nos amis chrétiens – de nous aimer. Seules les âmes mesquines continueront à entretenir la flamme de la haine et de la division.
    Quant aux Etats-Unis qui considèrent que Berne viole l’esprit des sanctions décidées contre l’Iran, il serait préférable qu’ils relisent les différentes résolutions de l’ONU jamais appliquées par leur allié : l’Etat d’Israël.
    Quelle que soit la teneur de ses discours provocateurs, Monsieur Mahmoud Ahmadinejad n’a pas encore envahi un pays pour y semer le meurtre, le vol et la persécution. Il ne s’est pas illustré par l’action infâme qui consiste à affamer une population entière sous prétexte qu’elle a élu un gouvernement de terroristes ( entendre : de résistants). Il ne s’est pas moqué ouvertement de la figure de Moïse ou de Jésus pour blesser gratuitement le cœur des croyants juifs ou chrétiens.
    Je le répète : notre pays a trouvé dans ses représentants, Micheline Calmy-Rey et aussi Pascal Couchepin, des politiciens qui n’ont pas à recevoir de leçons et qui n’ont pas de sang sur les mains.

  • Spiritualité musulmane : Le chant de l'oiseau

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    Existe-t-il une plus belle vérité ?
    Je revenais ce matin de la mosquée après avoir accompli la prière du matin. En me rendant au bord du quai, j’ai été frappé par la beauté mélodieuse du chant d’un oiseau haut perché quelque part dans les arbres. Trop souvent, le bruit de l’agitation journalière nous empêche d’être sensibles à la beauté des choses naturelles. Mais à l’aube, avant que le soleil ne se lève, il existe un moment magique où tout se révèle dans la transparence de l’être. Car tout a un sens, quand bien même ce sens nous échappe.
    Pour qui chantait cet oiseau, faisant écho à la récitation recueillie des imams ? A l’heure où beaucoup dorment encore ?
    Le Coran dit : « Nous avons accordé une grâce à David de Notre part. Ô montagnes et oiseaux, répétez avec lui (les louanges de Dieu) ! » (34,10) David récitant les Psaumes merveilleux et les prières sublimes que lui inspirait son Seigneur devait ainsi être accompagné par l’écho des montagnes et le chant des oiseaux !
    Adoration de toute la création, dont nous ne comprenons pas nous autres le langage secret : « Les sept cieux et la terre et ceux qui s’y trouvent célèbrent Sa gloire. Et il n’existe rien qui ne célèbre Sa gloire et Ses louanges. Mais vous ne comprenez pas leur façon de Le glorifier. Certes, c’est Lui qui est Indulgent et Très Pardonnant. » (Coran, 17, 44)
    Ce qui signifie que tous les êtres sont pareillement soumis à Dieu : de la plus infime particule de l’atome aux galaxies les plus éloignées, toute la création obéit à la loi divine, et rend grâce au Créateur.
    Aux êtres humains cependant a été donnée la liberté fondamentale de se soumettre ou de se rebeller : « Ne vois-tu pas que c’est devant Dieu que se prosternent tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la terre, le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les animaux, ainsi que beaucoup d’hommes ? Il y en a aussi beaucoup qui méritent le châtiment. Et quiconque Dieu avilit, personne ne peut l’honorer. Dieu fait en vérité ce qu’Il veut. » (Coran, 22, 18)
    La dignité de l’homme réside dans sa soumission à Dieu. A ceux  qui ont choisi la rébellion ou l’indifférence, rejetant la religion naturelle, nous conseillons de laisser les vains discours et les spéculations oiseuses. Qu’ils fassent  ce simple exercice : qu’ils sortent une heure avant l’aube et qu’ils prêtent seulement une oreille attentive à ce qui se dit : Voici le chant des oiseaux. Où donc résonne la voix des hommes ?

  • Ni agnosticisme, ni anthropomorphisme.

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    Le précédent billet publié entre autres sur la question de la représentation de "Dieu à l'image de l'homme dans le christianisme" a amené des commentaires riches et intéressants. La théologie négative a notamment été évoquée : on ne peut finalement dire de Dieu que ce qu'Il n'est pas. Pour moi qui suis convaincu qu'il n'existe pas une expression du divin plus claire et évidente que ce qu'énonce la parole révélée, je vous invite à considérer avec attention ce passage coranique :

    "Rien ne Lui est identique, et Il est Celui qui entend et voit absolument (textuellement : l'Oyant, le Voyant)" (Coran, 42, 11)

    Extrait essentiel qui résume en quelques mots la doctrine de l'islam sur la connaissance que nous avons de Dieu, et qui écarte deux extrêmes : l'agnosticisme et l'anthropomorphisme. Si en effet nous cachions la seconde partie de ce verset, nous lirions seulement : "Rien ne lui est identique." Ce qui signifie que nous ne pourrions rien connaître de Lui. La connaissance humaine procède en effet par comparaison, classification des genres, distinction. Mais l'Un échappe à ce processus. Ce qui nous conduirait à l'agnosticisme. De Dieu, on ne peut rien dire. Point.

    Si à présent nous cachions la première partie, nous lirions seulement : "Il est Celui qui entend et voit absolument." Nous pourrions alors nous imaginer que Dieu voit et entend comme nous, avec un appareil visuel ou auditif semblable au nôtre. Ce serait tomber dans une forme d'anthropomorphisme.

    Mais notez le bien, le verset avance ensemble les deux propositions : de Dieu, je peux connaître les noms et les qualités suprêmes, et cependant, rien de cela n'est comparable aux éléments de la création.

    Ce verset, à mon sens, dépasse tout ce que la théologie négative a pu mettre en avant, par sa concision et le juste milieu qu'il définit.

    Songeons qu'il nous a été ainsi transmis par un homme illetré qui vécut au VIIe siècle, et qui n'est autre que le Prophète Muhammad.

  • Micheline Calmy-Rey, à l'image d'une Suisse neutre, mais lucide

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    On peut ne pas toujours être d’accord avec les prises de position de Madame Micheline Calmy-Rey, mais il faut reconnaître que cette dame est impressionnante par la lucidité politique dont elle fait preuve, et dont bien des dirigeants “ masculins ” feraient bien de s’inspirer !

     

    Lucidité politique lorsque l’on apprend que Berne n’a pas cessé de maintenir des liens discrets avec les élus palestiniens à Gaza. Or, depuis, les analyses des observateurs les plus crédibles se rejoignent pour dire que la situation de crise au Moyen Orient ne pourra jamais être résolue si l’on prétend réduire le Hamas à une organisation terroriste qu’il faut ignorer.

     

    Les choses sont plus ambiguës du côté de nos voisins français. Alors que Nicolas Sarkozy répète qu’il ne parlera pas “ avec des gens qui assassinent ”, Bernard Kouchner dit exactement le contraire : “ Bien sûr qu’il faut discuter avec le Hamas ! ” (Voir l’excellente analyse du célèbre journaliste Georges Malbrunot : Faut-il parler au Hamas ? La diplomatie française s’interroge, Le Figaro, 16-17 février 2008).

     

    Madame Micheline Calmy-Rey a également devancé tout le monde, lorsque depuis 2002, elle a clairement fait connaître son opinion sur l’indépendance nécessaire du Kosovo. Rappelons que c’est la Serbie de Milosevic qui a agressé cette région d’une manière catastrophique, entraînant le martyre des populations albanaises (une histoire récente que nous avons trop vite oubliée : 200 000 morts au moins, sans compter les viols et les violations répétées des droits humains). André Naef affirme avec raison : “ Quant à la Serbie, elle paie de l’amputation d’une partie de son territoire le prix d’une guerre dont elle est en très grande partie responsable. ” (L’indépendance, la moins mauvaise des solutions, Tribune de Genève, courrier des lecteurs, 28 février 2008).

     

    Le pas décisif de la reconnaissance du Kosovo a été franchi en Suisse, sous l’impulsion de Madame Micheline Calmy-Rey. Seule cette reconnaissance peut assurer la stabilité des Balkans, et notre ex-Présidente l’avait pressenti bien avant ses collègues.

     

    Lire à ce sujet le billet intitulé La Suisse doit reconnaître le Kosovo 

  • Islam et Christianisme: l'homme à l'image de Dieu?

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    Grandes leçons que celles que l’on tire d’un dialogue authentique avec tous ceux qui estiment que l’homme ne peut être réduit à son animalité, mais qu’il est habité par un secret qui le rattache nécessairement à la transcendance. Par l’esprit on va à Dieu.

    Les musulmans sont particulièrement sensibles à l’idée que le Créateur ne peut être représenté par une image, en se servant des éléments de sa création. Toute image voilerait et trahirait ce que précisément elle voudrait indiquer au-delà d’elle-même. L’interdiction de représenter Dieu est d’ailleurs une injonction que l’on trouve dans la Bible et dans le Coran.

    Le Prophète Muhammad affirme cependant : “ Dieu a créé Adam à son image. ” Parole rapportée par Al-Bukhârî et Muslim, et reconnue comme étant authentique. L’imam An-Nawawî range ce hadith dans la catégorie des traditions comprenant des éléments descriptifs. Le savant Ibn Hajar Al-‘Asqalânî explique que le déterminant possessif “ son ” (en arabe le pronom hu) peut se rapporter à Adam lui-même. Ce qui signifierait que Dieu l’a créé sous une forme achevée : Adam n’a pas suivi différentes étapes de croissance, comme c’est le cas pour ses descendants.

    Mais Al-‘Asqalânî ajoute : “ Il a été dit que le pronom se rapporte à Dieu. Ceux qui l’affirment s’en tiennent à cette version : “ Dieu a créé Adam à l’image du Très Miséricordieux ”. L’image signifiant la qualité, et le sens étant que Dieu l’a créé d’après Ses qualités : connaissance, vie audition, vue, et ainsi de suite. Cela alors que rien ne peut être comparé aux qualités divines. ”

    C’est pratiquement dans les mêmes termes que Muhammad Hamidullah, érudit décédé récemment, commente cette parole après avoir remarqué que l’expression figure dans la Bible en Genèse, 1, 27 : “  Apparemment, cela signifie que Dieu possède les attributs de l’audition, de la vision, de la parole, du vouloir, du savoir, du pouvoir créateur, etc. L’homme aussi possède un reflet de tout cela, dans la même proportion, sans aucun doute, qu’il y a entre le soleil et son reflet dans l’eau, mais avec toutefois un degré qui surpasse ce qu’on trouve chez les autres créatures. ”

    Dieu est miséricordieux. L’homme est capable de miséricorde. Dieu est vivant, et à l’homme a été donnée la vie. Dieu est omniscient, et les enfants d’Adam disposent du pouvoir de connaître. Néanmoins, il serait absurde de limiter la miséricorde divine à celle des humains. De même, Dieu est le Vivant qui ne meurt pas, alors que l’homme est mortel. Et si ce dernier est capable de connaître, son savoir demeure relatif, limité et imparfait, alors que la connaissance divine est absolue, illimitée et parfaite.

    En d’autres termes, cette expression : “ Dieu a créé Adam à son image ” révèle selon l’Islam, si l’on s’en tient à cette dernière interprétation, que l’homme dispose de qualités qui lui confèrent une dignité réelle, et la possibilité de se perfectionner sur les plans moral et spirituel, sans manifester cependant une volonté de rabaisser le divin au rang de l’humain, ou d’élever l’humain au rang du divin.

    Là réside justement la différence avec l’imagerie qui s’est développée dans la tradition chrétienne, où renversant l’ordre des choses, on s’est mis à représenter Dieu à l’image de l’homme.

    Pour autant que nos diverses spiritualités se croisent, il faut savoir en reconnaître les divergences.

  • GAZA : UN ETAT-PRISON

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    Je recommande vivement la lecture d’un article récemment paru de M. Stephen Lendman. Cet homme engagé pour une juste cause vit à Chicago.
    L’article, dont voici un extrait, peut être lu intégralement sur le site de The International Solidarity Movement : http://www.ism-france.org/news/article.php?id=8253&type=temoignage&lesujet=Famine
    En anglais : http://www.counterpunch.org/lendman02022008.html
     
    « Le sort des Palestiniens ne changera pas tant que les choses passeront d'une crise à une autre, comme cela dure depuis des décennies.

    Cela ne se terminera que lorsque les dirigeants mondiaux céderont au sentiment grandissant dans le monde que ces graves injustices ne peuvent plus être tolérées. Combien de souffrances doivent être endurées, combien de morts sont acceptables, avant que la justice soit enfin accordée ?

    Les gens de conscience veulent des réponses. Il est grand temps qu’ils les obtiennent. »

     

  • À la lumière du Coran : le sens de l'adoration

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    Existe-t-il une vérité plus grande ? Je reviens de la mosquée où j’ai accompli la prière du matin, et au moment où nous étions prosternés m’est venue cette pensée qui a apaisé mon âme :  il n’est pas d’adoration qui soit plus vraie, plus authentique, que celle qui est consacrée à l’Un, au-delà de toute représentation.
    Me reviennent à l’esprit deux versets du Coran dont voici l’interprétation :
    «  Ô hommes! Adorez votre Seigneur, qui vous a créés, vous et ceux qui vous ont précédés. Peut-être craindriez-vous!
    Lui qui a fait pour vous de la terre un lit et du ciel un édifice, et qui a fait descendre du ciel une eau par laquelle Il a fait sortir des fruits pour assurer votre subsistance.

    N’attribuez donc pas à Dieu des égaux, alors que vous savez. » (Coran, 2, 21-22)

     

    Toutes les choses de la vie, toutes les images du monde sont vouées à disparaître. Mais il y a dans le cœur humain une exigence d’éternité, un amour qui déborde le cadre trop étroit de la matérialité.
    Vaut-il par conséquent la peine de se réjouir excessivement des biens que l’on possède, ou de rechercher une vaine gloire, ou de songer même au pouvoir ? Et les joies des rapports amoureux sont-elles susceptibles de donner un sens à la vie ? Certes, l’être humain a besoin, pour s’épanouir pleinement, de donner satisfaction à ses besoins naturels. Mais est-ce suffisant ?
    Comme l’affirmait en substance Ibn Al-Qayyim, il y a dans le cœur humain une pauvreté, que rien ne peut combler, sinon Dieu, à tout jamais. Il y a dans le cœur un éparpillement dans le désarroi, que rien ne peut assembler, sinon le fait d’aller à Dieu. Et il y a enfin dans le cœur une maladie que rien ne guérit, sinon le fait de rendre à Dieu un culte sincère, en n’adorant que Lui.
  • Spiritualité musulmane : Le grand voyage

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    Voici un extrait du recueil de Sagesses de Ibn ‘Atâ’i -Llâh Al-Iskandarî (1259-1309). J’en donne un bref commentaire qui permettra à tout lecteur, je l’espère, d’apprécier les profondeurs de la spiritualité musulmane :

     

    Ne voyage pas d’un être à l’autre : tu serais alors comparable à l’âne de la meule. Il va, et le lieu où il se rend est celui-là même d’où il est venu. Mais voyage des êtres vers Celui qui donne l’être. «  Et tout aboutit, en vérité, à ton Seigneur. » (Coran, 53, 42).  Et considère donc la parole du Prophète : «  Celui qui émigre pour Dieu et Son Messager, son émigration lui sera comptée comme étant accomplie pour Dieu et Son Messager. Tandis que celui dont l’émigration a pour but d’acquérir des biens de ce bas monde ou d’épouser une femme, son émigration ne sera comptée que pour ce vers quoi il a émigré. » Comprends donc sa parole, et médite sur ce point, si tu es doué de compréhension ! Et salut (wa s-salâm) ! (Sagesse No 42)

     

    Commentaire : L’homme dont la motivation essentielle est l’amour de la vie passe constamment d’un objet à l'autre, ou d’un être à l'autre. Ses désirs changent avec le temps, mais toujours il reste prisonnier de l’univers dans lequel il évolue. Ibn ‘Atâ’i -Llâh le compare ici à l’âne qui tourne en rond, actionnant la meule servant à moudre le grain, et qui n’avance pas. Le pas décisif, en effet, consiste à détourner son cœur de ce monde matériel pour l’orienter exclusivement vers Dieu, sachant qu’en tous les cas, nous serons tous ramenés à Lui.
    Le célèbre hadith cité par Ibn ‘Atâ’i -Llâh indique que « les actes ne valent que par les intentions », et le noble Prophète Muhammad illustre son propos par l’exemple de la Hijra, l’émigration à Médine. Le voyage vers Dieu ne doit avoir d’autre but que Dieu, en suivant le modèle et la voie du Prophète. Toute autre motivation ne peut que détourner l’homme de cette adoration essentielle : comme cet individu qui avait émigré par amour pour une femme qu’il comptait épouser en se rendant à Médine.
    Pour ceux qui se sont détachés de l’amour excessif des choses terrestres, cette sincérité comprend aussi différents niveaux : celui qui agit en vue de la récompense promise et pour accéder aux plus hauts degrés du Paradis, vise encore ce qui n’est pas Dieu.
    Un homme dit au sage Abû Yazîd : « Fais-moi une recommandation ! » Il lui déclara alors : « Si Dieu te donnait tout ce qui est compris entre le Trône céleste et le berceau terrestre, dis-Lui : « Non. C’est Toi que je veux. » »
    Cette sagesse se termine par un « salut », une invocation de paix qui nous invite ici, comme l’indique Ibn ‘Ajîba, à entreprendre enfin ce grand voyage du cœur, de la création au Créateur suprême.

     

     

  • Palestine occupée: la preuve par la carte

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    Observez attentivement ces trois cartes:

     

    Toute nation agressée de la sorte a droit à une résistance légitime qui ne relève aucunement du terrorisme. Demander à un peuple, et notamment aux habitants de Gaza, de reconnaître la légitimité de l’entité de leur agresseur alors que ce dernier continue sa politique d’assassinats, de destruction et de colonisation ; alors que ses frontières ne sont pas définies et qu’il défie les résolutions de l’ONU depuis un demi-siècle; alors qu’il érige sans droit le mur de la honte! - est immoral et illégal.

    Hani Ramadan

  • GAZA QU'ON ASSASSINE

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    Décidément, les déclarations du gouvernement israélien révèlent une arrogance idiote et une stupidité sans fond. Ehud Olmert affirme que “ la bande de Gaza est gouvernée par un régime assassin ”, et il veut faire comprendre à la population palestinienne qu’elle sera soumise à des pressions inhumaines tant que le Hamas restera au pouvoir. Voici donc que le seul pays qui applique prétendument la démocratie au Proche-Orient cherche à contraindre tout un peuple à renoncer à la démocratie !

    Qui sont les assassins ?

    L’armée israélienne empêche l’aide de la Croix-Rouge et l’acheminement des médicaments qui manquent dans les hôpitaux. Depuis le 15 janvier 2008, plus de 37 Palestiniens ont été tués, dont de nombreux civils.

    Et lorsque Itzak Levanon, ambassadeur d’Israël auprès des Nations Unies à Genève, contre tout bon sens et contre l’opinion des tous les observateurs indépendants dans la région, prétend que la situation est loin d’être dramatique à Gaza, il fait preuve d’une parfaite mauvaise foi ! (Voir l’interview de ce jour, Tribune de Genève, 25 janvier 2008 : Crise humanitaire à Gaza : Israël dénonce une “ mise en scène.”)

    En vérité, si la justice internationale était appliquée sans les privilèges octroyés au peuple élu, il faudrait conduire Messieurs Ehud Olmert et son ministre assassin, Ehud Barak, au Tribunal de la Haye, afin qu’ils répondent de leurs crimes odieux. Assassins, oui !… à moins que l’on considère que les Palestiniens ne sont que du bétail !

  • L'ambassadeur d'Israël n'a pas de leçons à donner à la Suisse

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    Par rapport aux problèmes du Proche-Orient, dont la complexité semble parfois décourageante, il est étonnant de voir Ilan Elgar critiquer les actions de notre gouvernement (voir Tribune de Genève du 10 décembre 2007, ATS).  Il semble que cet ambassadeur n’ait qu’un seul critère pour juger la nature des relations diplomatiques qui devraient s’imposer à notre pays : écarter tous ceux qui sont en litige avec l’Etat hébreu, et qui dénoncent sans relâche les multiples violations des droits humains perpétrées en Palestine. La Suisse ainsi ne devrait rien avoir à dire sur le dossier du nucléaire iranien. Elle devrait ignorer le Hamas palestinien, pourtant élu, et sans lequel rien ne pourra être conclu, pour autant que l’on fasse preuve d’un minimum de lucidité politique. Elle est sommée aussi de mépriser le Hezbollah libanais, parti pourtant incontournable, reconnu par la majorité des responsables chrétiens et musulmans au Pays du Cèdre. Mais tous les observateurs crédibles et les chercheurs ont conscience qu’aucun problème ne sera résolu si l’on n’engage pas toutes les parties dans la construction de la paix, aussi bien le Hamas que le Hezbollah (voir : La Suisse augmente son aide aux Palestiniens, de Gustavo Kuhn, La Tribune de Genève, 18 décembre 2007). Nous venons d’apprendre, ce vendredi 4 janvier, que la Suisse joue depuis 2006 le rôle d’intermédiaire entre le Hamas et Israël !
    Il faut ici saluer la déclaration de notre ex-présidente, Madame Micheline Calmy-Rey, qui rappelle que la tradition helvétique qui est la nôtre est de ne reconnaître à aucune nation aucun privilège, de quelque nature que ce soit. La cheffe du Département fédéral des affaires étrangères a bien fait de souligner qu’en tant qu’Etat dépositaire des Conventions de Genève, la Suisse se doit de défendre les principes du droit international humanitaire. « Nous élevons la voix lorsque ce droit est violé, a-t-elle dit à juste raison, même lorsque cela conduit à critiquer nos amis. »
    Il faut aussi rendre hommage à cette volonté très ferme de ne pas s’aligner sur la politique étasunienne manipulée par les lobbies sionistes.
    Reste à savoir si élever la voix demeure encore un acte approprié, une réponse suffisante, lorsque l’on voit le traitement dégradant réservé à des populations aujourd’hui affamées, étouffées par le mur de la honte, humiliées et livrées à une armée dont on connaît les crimes. A l’heure où ces lignes sont écrites, Gaza est bombardée et des civils meurent…

     

  • Esprit de Genève, un Pasteur dans la Mosquée du Centre Islamique

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    Il faut écouter le pasteur Henry Babel lorsqu’il nous annonce que Genève est destinée à devenir une «cité modèle, un lieu très important de la mondialisation» (voir : «Pour une Genève laboratoire de pensées», interview de Henry Babel, La Tribune de Genève, 12 décembre 2007).


    Doyen de la cathédrale Saint-Pierre, homme du dialogue interreligieux, auteur d’ouvrages qui témoignent d’une vaste culture, Henry Babel a été l’un des pionniers du débat moderne de civilisations. Dans les années soixante, il avait rencontré les responsables des diverses communautés religieuses, et il avait invité dans notre cité, devant une salle archicomble, quelques personnalités, dont le grand Rabbin Alexandre Safran, à qui la communauté juive vient de rendre un vibrant hommage ; et dont le Docteur Saïd Ramadan, mon père, qui avait fondé le Centre Islamique de Genève. Les débats étaient ouverts et animés, notamment sur le thème du particularisme national juif, en rapport avec l’universalisme de la foi commune à tous les hommes.


    Il y a quelques années, Henry Babel avait répondu à l’ invitation que nous lui faisions de venir «confronter» son point de vue au nôtre – celui des musulmans – sur une question fondamentale : «Quel Dieu adorons-nous?»


    * Première surprise, le pasteur Henry Babel commença son intervention en citant un extrait des statuts du Centre Islamique, qui datent de 1961 : «Le Centre Islamique de Genève a la conviction qu'il est temps que tous ceux qui croient en Dieu et à la responsabilité de l'homme envers Lui se rapprochent les uns des autres et réalisent un front unique pour aborder une tâche qui s'impose à tous, mus par la sincère conviction que chacun d'eux sauvegarde ainsi l'existence même de sa religion. Lorsqu'ils sont animés par cette conviction, les croyants adhérant à des religions différentes assument un devoir d'ordre religieux qui les incite à essayer de se comprendre les uns les autres au lieu de se livrer à des polémiques, et à collaborer sur ce qui leur est commun, au lieu de s'attarder sur ce qui les sépare.»
    En d’autres termes, M. Henry Babel rappelait à tous qu’il n’était pas venu pour polémiquer, mais pour rencontrer l’autre, et en l’autre, ce qu’il y a de plus humain en lui.


    *Deuxième surprise: vint le moment de la prière. Les musulmans se déplacèrent donc vers la mosquée, et nous annonçâmes une pause d’un quart d’heure avant la reprise du débat. Henry Babel nous suivit jusque dans la mosquée. Et là, sans demander une autorisation quelconque, et sans aucune réserve, il se déchaussa, entra et s’assit sur le tapis, au milieu de ses frères croyants.


    Personne, parmi notre petite communauté, ne pensa qu’il était ici de trop. Personne ne songea à lui demander de regagner la salle de conférence.


    Pour ma part, je ne me suis rendu compte de sa présence qu’au terme de notre prière. Il était là, modestement assis, au milieu de ses frères. S’était-il prosterné avec nous? Avait-il posé son front à terre? Avait-il répété le témoignage de foi : lâ ilâha illa -Llâh : Il n’y a de dieu que Dieu? Je ne saurais vous le dire, et je n’ai même pas pensé à le lui demander.

     

    Il était là chez lui, à Genève, et ce geste appréciable d’amitié entre les hommes valait à mes yeux plus que mille discours!