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La France et Charlie en crise (14/11/2020)

Cet article a été proposé aux journaux Le Monde (France) et Le Temps (Suisse). Il s’est heurté à une censure délibérée. Rien d’étonnant à cela : nous savons qu’une grande partie de notre presse et de nos médias est dominée par des lobbies argentés. Charlie a droit au dessin et à la parole. Pas les musulmans engagés. Or, la liberté d'expression à sens unique est un non-sens…

La France et Charlie en crise

Comme cela était prévisible, le climat en France se détériore à la vitesse grand V. On a vu la chose venir, mais on n’ose pas encore imaginer comment cela va finir. Comme beaucoup de citoyens européens, les idées se bousculent en moi, et je suis à peu près sûr que l’Occident, ou du moins certaines de ses régions, sont prêtes à sombrer de nouveau dans la barbarie qui consiste à s’acharner sur l’une de leurs minorités.

Une barbarie qui peut prendre le visage le plus avenant, notamment celui de Marion Maréchal LE PEN. Suite à la dernière agression survenue à Nice le jeudi 20 octobre 2020 dans la basilique de Notre-Dame,  et qui a été suivie par un autre acte de violence à Avignon le même jour, on a vu la petite-fille de Jean-Marie s’insurger sur sa page Facebook, en faisant des déclarations guerrières : « Après l’attentat de ce matin à Nice à la basilique où trois personnes sont mortes et où il y a eu plusieurs blessés, il y a eu une autre attaque au couteau au cri de Allahou Akbar à Avignon », croyait-elle pouvoir dire. Malheureusement pour elle, vendredi matin, Philippe Guémas, le procureur d’Avignon, a déclaré dans 20 Minutes que l’homme abattu par les forces de l’ordre faisait partie de la mouvance identitaire. « Il était notamment porteur d’une doudoune bleue aux couleurs du mouvement Génération identitaire ».  Or, on a vu Marine Le Pen à Nice en février 2017, au côté de Philippe Vardon, cofondateur du Bloc identitaire. C’est d’ailleurs ouvertement, depuis, que le RN et Génération identitaire font bon ménage. Tout cela pour dire que ce n’est pas l’objectivité qui anime aujourd’hui encore les Le Pen, mais la haine. Haine dont Marine et Marion nourrissent leur mouvance pour asseoir leur influence néfaste. 

 

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L'idéologie ultranationaliste primitive : hier contre les juifs, aujourd'hui contre les musulmans

Nous ne pouvons que condamner avec la plus ferme détermination ces actes atroces, d’où qu’ils émanent, et particulièrement celui qui vise des chrétiens dans leur église à Nice. Mais nous rappelons que dans un Etat de droit, il est essentiel que des enquêtes soient menées pour désigner les coupables et déterminer les circonstances exactes d’un crime. Cela ne relève pas de la compétence des médias et d’une certaine presse qui vendent de l’information à tout prix, ni des politiques qui se servent des émotions populaires dans une perspective purement électoraliste.

Macron, pas meilleur que Marine et Marion

Macron reprend aujourd’hui à son compte la rhétorique nauséabonde de l’extrême droite qui consiste à faire des déclarations de guerre désignant un ennemi commun : un bouc émissaire permettant de reconstituer un semblant d’union nationale. Ces basses manœuvres sont si visibles aujourd’hui qu’elles déshonorent la classe dirigeante française.

Certes on comprend que le président des Français ait le souci de protéger les lieux de culte et les écoles après le drame qui s’est déroulé à Nice, mais avant toute enquête qui nous conduirait plutôt à confirmer les agissements de personnes déséquilibrées, dans un extrême ou dans l’autre, la piste « islamiste » est présentée comme une évidence une nouvelle fois. Or, « l’islamisme », c’est « l’Islam politique », ce sont donc les « Frères musulmans » et les « Salafistes » qui seraient responsables de toutes ces violences. Et Gérard Darmanin d’affirmer après l’agression niçoise : « Nous sommes en guerre » contre « l'idéologie islamiste », qui pour lui est « une forme de fascisme du XXIe siècle ». Autant de raccourcis grossiers et dangereux, que l’on ne devrait pas entendre dans la bouche d’un ministre. Autre dérapage de Darmanin hors des limites de l’Etat de droit : à la suite de l’assassinat odieux de Samuel Paty, il lance des opérations de police dans le but non pas de découvrir des coupables, mais de s’en prendre arbitrairement à « des dizaines d’individus, pas en lien forcément avec l’enquête mais avec l’envie de faire passer un message ». Ce sont ses propos ! Le seul message que vous faites passer ainsi, Monsieur le ministre, c’est qu’il vous manque singulièrement le sens de ce qui est légal et de ce qui ne l’est pas. Mais avec les musulmans, on peut désormais tout se permettre, n’est-ce pas ?

Erdogan et Macron

Cette opposition entre deux mondes qui s’affrontent est visible entre Macron et Erdogan, l’un présenté comme le défenseur des Lumières, et l’autre comme le représentant du danger qui vient de « l’Islam politique ». En réalité, là où la tension est la plus forte entre les deux dirigeants, turc et français, force est de constater que Macron est toujours dans le mauvais camp.

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Les droits humains avant le coffre-fort

En Egypte d’abord, où Erdogan a clairement dénoncé le coup d’Etat de juillet 2013 conduit contre le processus démocratique, alors que la France n’a cessé de prendre le parti des militaires, c’est-à-dire très clairement le parti des armes contre celui des urnes. Il est vrai que le gouvernement illégitime égyptien achète à grands frais les Rafale qui représentent un enjeu économique important.

Tout comme, ensuite, une prise de position de la France en faveur de la Grèce et de Chypre a permis de vendre, là encore, 18 avions Rafale à Athènes. Ce n’est pas pour rien que Macron est issu des milieux d’affaires.

En Libye également. En accord avec le droit international, Erdogan a défendu le gouvernement de Tripoli, reconnu par l’ONU ; alors que Macron, aux côtés de l’Egypte, de l’Arabie Saoudite et des Emirats, a pris le parti d’un militaire, Khalifa Haftar. Le Courrier international rapportait le 12 juin 2020 : « Dans une déclaration à la presse, Fathi Bach Agha, ministre de l’Intérieur du gouvernement d’union nationale (GNA), basé à Tripoli, dirigé par Fayez Al-Sarraj et reconnu par la communauté internationale, annonce que les rapports préliminaires prouvent que des dizaines de victimes avaient été enterrées vivantes.   L'ONU réclame une enquête. »

Comment prétendre défendre les valeurs démocratiques et républicaines, quand invariablement on s’aligne sur l’axe des régimes argentés, en Arabie Saoudite, aux Emirats, et du côté des militaires égyptiens, lesquels combattent avec la plus grande férocité l’appel au respect de la volonté populaire, et incarcèrent par milliers les opposants aux dictatures en place ?

Prenons enfin la dernière campagne menée au nom des caricatures et du droit au blasphème dont Macron s’est fait le chantre. La réalité économique, face à la menace d’un boycotte catastrophique, a révélé une hypocrisie sans fond là où certains prétendent voir de la diplomatie. Hélas, le mal était fait. Il aura appris à Macron que lorsque l’on est président, il est des provocations qui coûtent cher et qu’il convient d’éviter. Il ne faut pas confondre l’insulte et la critique, le blasphème et l’art, la blessure irrespectueuse que l’on inflige à ses compatriotes et le trait artistique. Ce sont là choses différentes, quand on a du goût, et surtout quand on a le sens de la mesure. Il n’y aura jamais de liberté sans dignité. JAMAIS. Il eut été utile de comprendre ce qu’a dit avec pertinence le chef d’Etat canadien Justin Trudeau, qui a expliqué que la liberté d’expression a ses limites, et qui, évoquant les caricatures, a appelé à la prudence. Est-ce si difficile à admettre ? Quand on crache sur ce qui est cher à notre voisin, cela ne veut pas dire que l’on a l’intention de respecter les droits de voisinage. Cela signifie qu’on voudrait qu’il s’en aille. Pire : qu’il serait bon qu’il disparaisse. La sagesse vient du Canada.

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Cela vous fait rire? Ou vomir ?

Bien sûr et encore une fois, nous n’avons jamais pensé, quant à nous, que la violence et le meurtre constituent une réponse à la bêtise et aux vomissures. Non. Il faut même introduire dans l’école de la république, et pour calmer les esprits, l’enseignement indispensable de la distance critique : en expliquant aux élèves que souvent, une caricature reflète bien plus la conception réduite de celui qui la conçoit, que la réalité qu’il prétend représenter et qui lui échappe (on ne demande pas ainsi à une poule de pondre des étoiles). Quelle réalité en l’occurrence ?

- La grandeur du Prophète de l’islam, célébrée par tant d’intellectuels et de savants de tout pays, par tant de poètes et d’hommes de lettres de toute culture, de tout horizon, et en tout temps :  Goethe, Dostoïevski, Alphonse de Lamartine, Tolstoï, Napoléon Bonaparte, Victor Hugo, George Bernard Shaw, Michael Hart, Mahatma Gandhi, Bosworth Smith… 

 Parce que, n’est-ce pas, l’ombre de la crotte du chameau ne nous dit rien du soleil.

 Hani Ramadan

Entendre :

Que dit Alphonse de Lamartine

sur Muhammad ? Merci de ne pas vous attarder sur l'erreur concernant le portrait de Goethe ! : https://youtu.be/gfhfFbm0iLw

Voir (5'18) :

Ce qu’ont dit des hommes illustres sur Muhammad (Dieu le couvre de bénédictions et de paix). Merci de ne pas vous attarder sur les fautes de français en introduction et plus loin :

https://www.youtube.com/watch?v=IEmLsy27Sf0

 

 

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