1959

Moïse et Pharaon dans le Coran

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« Et lorsque Nous vous sauvâmes des gens de Pharaon. Ils vous infligeaient le plus dur des tourments : ils massacraient en les égorgeant vos fils, et laissaient vivre vos femmes. En cela, pour vous, il y avait une grande épreuve de la part de votre Seigneur. Et lorsque Nous séparâmes la mer avec vous. Nous vous sauvâmes ainsi et noyâmes les gens de Pharaon, alors que vous regardiez. » (Coran, 2, 49-50)

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 Commentaires - Sens des expressions et explications

  1. Et lorsque Nous vous sauvâmes. Ce verset reprend l’évocation des bienfaits dont Dieu a comblé les fils d’Israël, le sens étant : Et (rappelez-vous) lorsque Nous vous sauvâmes… » (At-Tabarî) Tous les fils d’Israël sont redevables à Dieu du secours qu’Il a apporté à Moïse et à leurs ancêtres.
  2. Des gens de Pharaon. Âl: sa communauté de foi, son peuple et ses partisans. Le mot âl a pour origine le terme ahl (famille), la lettre h ayant été remplacée par un a, selon at-Tabarî. Pharaon : titre donné à celui qui exerçait le pouvoir en Egypte, tout comme les Romains appelaient leur dirigeant César, les Perses Chosroês, les Abyssins Négus, les Yéménites Tubba‘ (At-Tabarî, Ibn Kathîr) Le Pharaon qui persécutait ainsi les Egyptiens du temps de Moïse était Ramsès II, de la 19e Dynastie. Celui qui se noya était son fils, Mineptah, selon ce que rapporte le Professeur ‘Abd al-Wahhâb an-Najjâr dans son livre Histoire des Prophètes. (Makhlûf)[1]
  3. Ils vous infligeaient. Yasûmûna(kum), du verbe sâma: infliger, imposer à quelqu’un quelque chose de difficile. Du mot sawm, qui signifie : « aller sans restriction ou aller en quête de quelque chose. » (Makhlûf) Ils cherchaient ainsi à vous nuire. Ils vous faisaient goûter supplices et humiliations. Selon al-Bukhârî, « yasûmûnakum » veut dire « yûlûnakum », c’est-à-dire : « vous soumettaient, vous infligeaient forts de leur pouvoir sur vous. » (Al-Bukhârî)
  4. Le plus dur des tourments. Sû’ al-‘adhâb. Le mot sû’ englobe tout ce qui peut affliger l’homme en ce monde ou dans l’au-delà. La suite du verset montre quelle était la nature de ces supplices :
  5. Ils massacraient en les égorgeant vos fils. Yudhabbihûna, du verbe dhabbaha, forme renforcée de dhabaha: égorger. Selon Ibn Is’hâq, Pharaon tourmentait les fils d’Israël, les réduisant à l’état de domestiques et d’esclaves. Il en a fait des catégories pour attribuer à chacun des travaux : les uns pour bâtir, les autres pour cultiver. Ils travaillaient ainsi pour lui, et celui qui n’avait pas un métier devait payer un tribut. Selon as-Suddiy, il les contraignait aux tâches les plus viles. (At-Tabarî)
  6. Et laissaient vivre vos femmes. Les femmes et les nouvelles-nées. At-Tabarî rapporte dans son commentaire les explications qui lui sont parvenues selon Ibn ‘Abbâs et d’autres exégètes : Les devins dirent à Pharaon : « Un nouveau-né va naître cette année qui emportera ton royaume ». Pharaon dépêcha pour mille femmes cent hommes, et pour cent femmes dix hommes, et pour dix femmes un homme. Il déclara : « Observez chaque femme enceinte en ville. Quand elle aura mis au monde un nouveau-né, observez-le. Si c’est un garçon, égorgez-le, et si c’est une fille, laissez-la. » Selon as-Suddiy, les devins avaient fait leur prédiction à la suite d’un rêve qui avait troublé le sommeil de Pharaon : il avait vu qu’un feu venant de Jérusalem (Bayt al-Maqdis) avait touché l’ensemble des maisons d’Egypte et qu’il avait brûlé les Egyptiens (al-qibt), et épargné les fils d’Israël. Les notables égyptiens s’adressèrent à Pharaon en lui faisant remarquer que si les fils d’Israël devaient complètement disparaître, les pénibles travaux qu’ils accomplissaient devraient être assumés par les Egyptiens eux-mêmes. Pharaon ordonna alors que les enfants mâles soient égorgés une année, et épargnés une année. L’année où ils furent épargnés, Aaron naquit, et l’année où ils furent égorgés, Moïse naquit. (At-Tabarî)
  7. En cela, pour vous, il y avait une grande épreuve de la part de votre Seigneur. Balâ’: épreuve. Selon at-Tabarî, le terme doit être compris ici dans le sens du bienfait : Il y a en cela, pour vous, un immense bienfait de la part de votre Seigneur. C’est l’opinion de Mujâhid. D’autres commentateurs (Abû al-‘Âliya, Abû Mâlik, as-Suddiy…) ont rappelé cependant à juste titre que l’homme peut être éprouvé par le bien et par le mal. Le Coran affirme en effet : « Nous vous éprouverons (nablûkum, du verbe balâ) par le mal et par le bien (à titre de tentation). » (Coran, 21, 35) Et encore : « Et Nous les avons éprouvés (balawnâhum, du verbe balâ) par les bienfaits et par les maux, peut-être reviendraient-ils (au droit chemin). » (Coran, 7, 168). Autre explication : ces épreuves sont les tourments que leur a fait subir Pharaon, égorgeant les fils et laissant la vie aux femmes et aux filles, et c’est selon Ibn Kathîr l’opinion de la majorité des commentateurs.
  8. Et lorsque Nous séparâmes. Faraqnâ, du verbe faraqa: séparer, fendre, et suivi de la préposition bayna : distinguer entre (deux choses). Le Coran précise ailleurs que lorsque Moïse et son peuple se retrouvèrent devant la mer, alors que Pharaon et son armée les poursuivaient, Dieu ordonna à Moïse de frapper la mer de son bâton. Alors, la mer se redressa miraculeusement en ouvrant, selon les commentateurs, douze couloirs entre lesquels l’eau s’élevait, laissant passer les douze tribus des fils d’Israël : « Et Nous révélâmes à Moïse : "Frappe la mer de ton bâton ". Elle se fendit alors, et chaque partie séparée (firq) fut comme une énorme montagne. Nous fîmes approcher les autres [Pharaon et son peuple]. Et Nous sauvâmes Moïse et tous ceux qui étaient avec lui. » (Coran, 26, 63-65)
  9. Avec vous. Bikum, dans le sens : nous fendîmes la mer alors que vous vous y trouviez. On peut comprendre aussi : « nous fendîmes la mer pour vous ». (Commentaire d’al-Jalâlayn, Makhlûf)
  10. La mer. Selon toute vraisemblance, la mer rouge, appelée aussi bahr al-qulzum. (Makhlûf) Mais Dieu est plus Savant.
  11. Nous vous sauvâmes ainsi et noyâmes les gens de Pharaon. Il a été rapporté que le jour où cet événement se produisit était le jour de ‘âshûrâ’, le 10 du mois d’al-muharram. D’après Ibn ‘Abbâs, lorsque le Messager de Dieu (Dieu le couvre de bénédictions et de paix) arriva à Médine, il observa que les juifs jeûnaient ce jour. Il les interrogea à ce sujet. Ils répondirent : « C’est un jour de bien. C’est le jour où Dieu – à Lui la Puissance et la Majesté – sauva les fils d’Israël de leur ennemi, si bien que Moïse – paix sur lui – jeûna pendant ce jour. Le Messager de Dieu déclara alors : « Je suis plus en droit (de me réclamer) de Moïse que vous. » Il jeûna ce jour et ordonna que l’on y jeûnât. » (Ahmad, al-Bukhârî, Muslim) Notons que cette prescription a été abrogée et que seul le mois de ramadan est resté une obligation. Le jeûne commémorant la sortie des fils d’Israël est toutefois fortement recommandé, le 10 du mois d’al-muharram.
  12. Alors que vous regardiez. La mer se refermant sur Pharaon et son armée.

 

Quelques enseignements :

 

  • Le « pharaonisme » se caractérise par une volonté de réduire « l’étranger » au statut d’esclave que l’on martyrise et exploite sans aucun respect pour la dignité et la vie humaine.
  • Le Coran dénonce avec véhémence les persécutions subies par le peuple d’Israël.
  • Le Coran évoque plus d’une fois le miracle qui sauva les fils d’Israël. On en retire une leçon magistrale : il n’existe pas d’impasse pour qui s’en remet à Dieu, même lorsque tout semble perdu !
  • L’Exode et la sortie d’Egypte sont célébrés par les musulmans comme la victoire de la foi sur la tyrannie aveugle.
  • La soumission à Dieu finit par l’emporter sur la force des armes.

 

(Extrait du commentaire de la sourate La Vache,

par Hani Ramadan, à paraître in shâ Allah)

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Mineptah, le Pharaon de l'Exode

 

 

[1] Il s’agit de Mineptah (ou Mérenptah, Merneptah). Comme d’autres auteurs, Le Dr Maurice Bucaille soutient dans son livre La Bible, le Coran et la science, que c’est bien Mineptah qui s’est opposé à Moïse. Bien plus, les analyses médicales qu’il a pu faire directement sur le corps de la momie ont révélé des éléments qui correspondent au récit de sa noyade : « Au cours de cet examen de la momie en juin 1975, des investigations particulières furent entreprises sur mon initiative. Une excellente étude radiographique fut effectuée par les docteurs El Meligy et Ramsiys tandis que le docteur Mustapha Manialawiy pratiquait, par une perte de substance au niveau de la paroi du thorax, l'examen de l'intérieur de la cage thoracique et de l'abdomen, réalisant la première endoscopie appliquée à une momie. On put ainsi voir et photographier certains détails très importants de l'intérieur du corps. Avec l'examen au microscope de certains petits fragments tombés spontanément du corps de la momie, examen qui sera effectué à Paris par le professeur Mignot et le docteur Durigon, sera complétée une étude générale médico-légale effectuée avec le professeur Ceccaldi. Ce qui peut d'ores et déjà être retiré de cette étude est la constatation de lésions osseuses multiples avec des pertes de substances importantes — dont partie aurait pu être mortelle — sans qu'il soit encore possible d'affirmer si certaines se sont produites avant ou après la mort du pharaon. Celui-ci dut le plus vraisemblablement mourir ou de noyade, d'après les récits des Écritures, ou de traumatismes très violents ayant précédé son engloutissement dans la mer, ou les deux simultanément. » Notons que le Coran affirme que Dieu s’adressa ainsi à Pharaon après qu’il fut noyé : « Et Nous fîmes traverser la mer aux fils d'Israël. Pharaon et ses armées les poursuivirent avec acharnement et hostilité. Puis, quand la noyade l'eut atteint, il dit : "Je crois qu'il n'y a d'autre dieu que Celui en qui ont cru les fils d'Israël. Et je suis du nombre des soumis ". [Dieu dit]: Maintenant? Alors qu'auparavant tu as désobéi et que tu as été du nombre des corrupteurs ! Nous allons aujourd'hui épargner ton corps, afin que tu deviennes un signe pour tes successeurs (pour qui viendra après toi). Cependant beaucoup de gens ne prêtent aucune attention à Nos signes. » (Coran, 10, 90-92)

 

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